Platon (Ve-IVe s. av. J.-C.)

Posted on: mai 2, 2009
2 Commentaire(s)

C.K. : « Platon est un philosophe dont la conception de Dieu a beaucoup évolué… »

Alexis Masson : « C’est assez vrai. Au début Platon a une conception assez impersonnelle. Dieu est ce qu’il appelle une « Idée ». Attention, dans la métaphysique platonicienne, une Idée n’est pas juste une représentation ou un concept mental. Les Idées sont réelles, ce sont des Modèles qui structurent les choses concrètes, qui n’en sont que des exemplaires. Par exemple, il y a une Idée de la chaise qui est réelle et parfaite, et qui est manifesté dans toutes les chaises sensibles qui n’en sont que des pâles copies. Pour Platon, les Idées sont plus parfaites et plus réelles que les choses sensibles qu’elles structurent. L’idée la plus haute, qui est divine, est le Bien, ou le Beau. Platon hésite entre la République et le Banquet. Dieu n’est alors qu’un principe impersonnel qui organise l’univers. Mais à partir de l’écriture du Timée, il évolue vers un Dieu personnel. »

C.K. : « Comment Platon en vient-il justement à penser ce Dieu personnel ? »

A.M. : « Pour Platon, le monde sensible est en devenir, en constante modification. Même si la matière a toujours été, les formes n’ont probablement pas toujours été dans le monde. Elles ont dût y être mise un jour. Le monde originel devait être chaotique et l’ordre est venu l’organisé. Platon imagine un être semblable à un Artisan. De la même manière qu’un artisan travaille la matière et lui donne forme, le Démiurge à dût en faire de même. Jusque là, Platon tient un discours assez semblable à celui d’Anaxagore d’après lequel une Intelligence forme l’univers. Mais Platon va plus loin, non seulement il explique le comment, mais aussi le pourquoi. Le Démiurge est fondamentalement bon, et dans la mesure où il est bon, il n’a pas de jalousie en lui. Il voulait donc que l’univers lui ressemble autant que possible, lui qui est bon. Et voyant que l’ordre est meilleur que le désordre, il décide de mettre de l’ordre dans l’univers en l’organisant rationnellement. Même si Platon ne pense pas l’idée de création, il explique la formation de l’univers d’une manière qui est très proche du récit biblique : Dieu est amour, il forme une création bonne, à son image. »

C.K. : « En même temps qu’il affirme la bonté de Dieu, Platon accuse également les athées d’être mauvais. »

A.M. : « Effectivement, Platon est très sévère envers les athées, notamment dans le livre des Lois. Le problème n’est pas que les athées soient mauvais, mais plutôt qu’ils sont susceptibles d’être mauvais. Car quelqu’un qui sait que Dieu existe ne peut pas être mauvais dans la mesure où il sait qu’il sera jugé ; sauf si bien entendu il se met à lui-même… Mais si l’on ne sait pas que Dieu existe, il n’y a aucune raison de ne pas commettre le mal, surtout si cela entre de nos propres intérêts. C’est pourquoi Platon va jusqu’à proposer la peine de mort pour les cas d’athéisme aggravé. »

C.K. : « Il faut donc admettre l’existence de Dieu sinon c’est le bâton… »

A.M. : « Non, ce n’est pas tout à fait cela. Pour Platon, l’athéisme est une erreur qui peut se soigner par l’argumentation, il n’y a donc pas forcément besoin du bâton. Plutôt que de faire appelle à l’ordre de l’univers, ou au consentement des peuples, ce à quoi les athées ont des objections, il préfère s’appuyer sur le mouvement. Tout effet à une cause, de même tout mouvement produit à une origine. Il faut donc qu’une chose ait le mouvement en elle-même, ce qui correspond à la définition d’un être vivant, qui transmette ce mouvement au reste de l’univers, pour simplifier les choses. Les corps en eux-mêmes sont inertes, c’est donc quelque chose de l’ordre d’une âme qui produit le mouvement, qui n’est pas corporel. De plus, Dieu n’est pas indifférent aux affaires humaines, dans la mesure où il est bon et puissant, il nous juge. Ceux qui sont bon iront dans une sorte de Paradis, tandis que les autres iront en enfer. Ainsi, même si la justice n’est pas actuellement réalisée, elle le sera d’une manière ou d’une autre. »

2 Réponses pour “Platon (Ve-IVe s. av. J.-C.)”

  1. Maxime dit:

    Salut Alexis,

    Je viens de faire un dossier sur la théologie platonicienne. J’ai travaillé à partir du livre « les dieux de Platon », édité par Jerôme Laurent. D’après ce que j’ai lu, le démiurge platonicien est loin du Dieu de la Bible. Il ne crée pas la matière, ni les Idées. Il compose et fabrique les autres dieux avec la matière, leur donne une âme et un corps. Il se nourrit des idées, qui existent de toute éternité. Platon ne précise pas si le démiurge a un corps ou non. Mais il n’est pas ontologiquement premier, ni créateur. Platon était, selon Laurent, un authentique polythéiste. Il divinisait l’Univers, les astres, il a repris les dieux grecs (en leur enlevant leur caractéristiques humaines) et il a ajouté le démiurge. J’ai bien l’impression que le plus important chez Platon, ce sont les Idées, les Formes. Les dieux (démiurge compris) se nourrissent d’elles, en les contemplant, et tirent leur perfection de cette contemplation. Fin bon, c’est vrai que l’introduction du démiurge dans la théologie platonicienne est un élément théiste. Mais j’ai l’impression que c’est juste un élément. Ya un autre truc qui complique les choses: les Idées sont divines. Mais ce ne sont pas des dieux. Du coup, j’ai du mal à catégoriser Platon. Sa théologie est un vrai bordel, ^^

  2. Masson Alexis dit:

    En effet, dans la théologie platonicienne la matière n’est pas créée, mais seulement organisée. Les Idées semblent toutefois dérivées de l’Idée du Bien, source de toutes les idées (Plotin tentera une explication de cela). Dire que Platon est polythéiste est délicat, tout dépend du nombre de principes. Dans le Christianisme, les anges et les démons sont aussi parfois appelés « dieux », on peut difficilement en déduire que le Christianisme est polythéiste. J’avais tendance à identifier l’idée du Bien et Dieu, mais il semble que chez Platon ce ne soit pas le cas (alors que chez Plotin, l’identification de Dieu et de l’Un est plus explicite). Le démiurge également à un statut ambigu. Vous avez raison : on peut tenter de rendre cohérente et systématique la théologie platonicienne, mais Platon en lui-même n’est pas très clair. N’hésitez pas à regarder du côté des études anglo-saxonnes sur la théologie de Platon, qui accordent généralement plus de cohérence à Platon (mais finalement peut-être trop…). Une systématisation de Platon est peut-être finalement artificielle.