Socrate (Ve s. av. J.-C.)

Posted on: mai 2, 2009
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C.K. : « Socrate est connu pour avoir été condamné à mort… »

Alexis Masson : « Tout à fait, il a été condamné à boire la cigüe. Il avait été accusé de détourner les jeunes des dieux d’Athènes, et d’introduire de nouvelles divinités. Sa condamnation ressemble à celle qu’avait vécue Anaxagore, bannit d’Athènes parce qu’il avait déclaré que le soleil n’était pas une divinité. Socrate avait probablement eu la main aussi lourde que Xénophane contre le polythéisme grec, influençant son disciple Platon dans la même direction. Dans la République, Platon estime que les mythes d’Homère et d’Hésiode sont scandaleux : les dieux sont trompeurs, mauvais, adultères, voleur, etc. On devrait même les censurer, parce qu’ils encouragent un mauvais comportement chez leurs lecteurs. Le véritable Dieu ne peut être que bon, c’est lui qui est la cause de ton bonté de nos vies, et lorsqu’il punit les hommes, c’est pour leur propre bien. Socrate se disait lui-même inspiré par un esprit le gardant de faire de mauvaises actions. »

C.K. : « Socrate est a jeté un doute sur la pratique religieuse : il disait ignorer ce qu’est la piété… »

A.M. : « Socrate définit la méthodologie philosophique par le doute. Il veut mieux savoir que l’on ignore, plutôt que d’ignorer que l’on ignorer. Le but de la pratique du doute, est de vérifier la véracité de ce que l’on croit. En ayant des croyances fausses, nous agissons mal. Le doute est donc une vérité morale. Le but n’est pas de douter pour douter, mais d’examiner pour ne rien admettre de faux. Il y a le même principe dans le Christianisme : « examinez toutes choses et retenez celles qui sont bonnes » dit Paul (1 Thessaloniciens 5:21). Il n’y a donc pas de contradiction formelle entre la réflexion critique et la réflexion théologique, d’autant plus que Socrate se disait lui-même inspiré, ce que les premiers chrétiens tels que Justin le Martyr ne manqueront pas de souligner. Concernant la notion de « piété » précisément, il s’agit d’un exercice de réflexion, de même qu’il a pu remettre en question la notion de « beauté ». Dans Euthyphron, il est demandé : Qu’est-ce qu’aiment les dieux ? Ils aiment ce qui est saint. Mais pourquoi ? Est-ce parce que c’est saint qu’il l’aime (dans cas : qu’est-ce qui fait que quelque chose est saint ?) ; ou parce qu’ils aiment que ce qui est saint est saint (dans ce cas, en fonction de quel critère un dieu l’aime ? Il y a un risque de redondance) ? Socrate ne trouve pas de solution au problème, c’est un discours aporétique. Le Christianisme, me semble-t-il, répond à la question grâce à un cadre différent : Dieu a une intention originelle et globale (l’amour) qui est postulée par lui-même comme fondement moral. Rien n’est donc bon en soit, mais parce que cela répond à la volonté divine primordiale. Dieu n’est donc pas soumis à une norme éthique, c’est lui qui la pose selon la finalité voulue pour la création, la question se pose différemment. L’éthique n’est pas à elle-même son propre fondement. »

C.K. : « Il a également remis en question l’utilité de la prière… »

A.M. : « Ce n’est pas tout à fait exact. C’est une question qui abordé toujours dans Euthyphron, mais également dans le Second Alcibiade. Pour Socrate, il est clair que nous ne pouvons pas marchander avec les dieux. Faire un sacrifice pour les dieux ne leur apportera rien : ils n’en n’ont pas besoin, ils ont déjà tout ce qui leur faut. Ce serait ridicule de penser qu’ils ont besoin de sacrifices. Même dans le Judaïsme, puis dans le Christianisme, les sacrifices d’animaux n’ont pas de valeur de marchandage. Les sacrifices de l’Ancien Testament sont l’ombre des choses à venir en Christ. Ils n’ont pas de valeur en eux-mêmes, mais plutôt une valeur pédagogique. Quand à Christ, il se donne pour l’humanité, non pour Dieu… D’autre part, ajoute Socrate, Dieu sait et veux ce qui est bon, il apparaît donc inutile de prier. Cela pourrait même conduire à des catastrophes, si Dieu répondait à des prières qui demandent de mauvaises choses. Socrate conclu donc qu’on ne peut prier que le bien s’accomplisse, ce qui fait écho à l’enseignement de Jésus sur la prière : « Que ta volonté soit faite ».

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