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La foi s’oppose-t-elle à la raison ?

Alexis : « Si ce n’est pas le cas, en tout cas c’est de cette manière que les choses sont souvent présentées. On nous présente, à tord, la foi comme étant une simple croyance, c’est-à-dire l’adhésion à une idée sur la base d’aucun fondement, et à partir de là, d’une manière très simpliste, on l’oppose à la raison. Présenté ainsi, cela donne un avantage certain à l’athéisme. »

Qu’est-ce que la foi alors ?

Alexis : « Le mot traduit l’hébreu emouna, qui désigne la « confiance » et la « fidélité ». La foi en Dieu désigne l’attitude qui consiste à s’en remettre à lui et à s’engager pour lui. La foi est donc une question d’éthique et d’action, en un mot c’est un « mode de vie ». La foi est donc clairement distincte de la croyance. Je peux tout à fait croire que Dieu existe sans aucunement avoir foi en lui. La croyance est une question intellectuelle, qui porte sur les choses en elles-mêmes, tandis que la foi regarde plutôt la disposition de notre cœur vis-à-vis d’autre chose, c’est une question de relation personnelle. Je peux dire que je crois que les extraterrestres existent, mais je ne peux pas dire que j’ai foi en eux parce que je n’ai pas de relation avec eux. D’une certaine manière, l’athéisme consiste à dire que toute foi est un mensonge, qu’il n’y a que croyance, c’est pour cela qu’il y a un glissement trompeur de la signification de la foi, de la confiance à la croyance. »

Mais pour avoir foi en Dieu, ne faut-il pas croire préalablement que Dieu existe ? Même si la foi est distincte de la croyance, ne la présuppose-t-elle pas ?

Alexis : « Non, il n’est pas nécessaire que la foi soit précédée par la croyance. Si la foi est définie par la confiance, je peux avoir confiance en la raison, en la science, etc. Heureusement d’ailleurs, si je n’avais pas confiance en la raison, je ne considérerais aucun raisonnement pour vrai, il me deviendrait impossible de vivre. La foi peut aussi bien s’appuyer sur la croyance que sur un raisonnement. Imaginons un instant que la foi repose uniquement sur la croyance : alors devons-nous dire que Jésus n’avais pas foi, parce qu’il savait que Dieu existe ? Si on oppose la foi et le savoir, alors Jésus n’avait aucune foi. Théologiquement parlant, un tel énoncé est insoutenable. Jésus n’avais aucune croyance, c’est vrai, puisqu’il savait tout, mais de plus il avait foi en son Père. La plupart des chrétiens croient que Dieu existe, mais il est possible également de le savoir grâce aux preuves de l’existence de Dieu, il suffit de lire Paul dans son Epître aux Romains 1.19-21. Je peux savoir que Dieu existe et avoir foi en lui. »

Donc la foi peut s’appuyer sur la raison, la raison peut conduire à la foi. Mais le contenu de la foi en lui-même ne s’oppose-t-il pas à la raison ?

Alexis : « Il y a tout un mouvement de pensée, dont les principaux représentants sont Tertullien et Kierkegaard, selon lesquels la foi c’est admettre pour vrai ce qui est absurde, la foi est objectivement une folie. Leur lecture de la Bible est pourtant complètement erronée parce qu’elle est trop partielle. Lorsque Paul parle de la sagesse humaine, c’est le fait de vouloir se sauver soi-même. Il l’explique dans son Épitre aux Colossiens,  au chapitre 2 et il faut lire tout le chapitre. Or le Christianisme affirme que Dieu offre un salut immérité, c’est une folie pour un grec, et le mode d’action par le sacrifice du Fils de Dieu est un scandale pour un juif. Pourtant, dans tout cela il n’y a rien d’inintelligible, puisque Paul l’explique, seulement il constate l’opposition de d’autres formes de pensées qui refuse ce mode de salut. Ce n’est donc pas une question de raison mais d’idéologie. »

On a pourtant souvent donné Abraham en exemple de la folie de la foi…

Alexis : « Et pourtant ! Abraham est le parfait exemple de la rationalité de la foi. Dieu lui demande de sacrifier son fils. Nous, si nous lisons d’une manière simpliste nous nous disons qu’il est fou ! Et pourtant, l’Epître aux Hébreux montre combien son acte était rationnel (Hébreux 11.17-19) : Isaac était le fils de la promesse, Dieu ne pouvait donc pas le laisser mourir, au moins l’aurait-il ressuscité. Abraham a montré sa foi en Dieu en allant sacrifiant Isaac, parce qu’il savait que Isaac ne pouvait pas mourir, que Dieu interviendrait, c’est en cela qu’Abraham montra qu’il avait foi en Dieu et qu’il n’eut pas de peur dans l’épreuve. »

2 Réponses pour “La foi s’oppose-t-elle à la raison ?”

  1. Jerry Mauricin dit:

    Je juge adéquat l’analyse que vous avez posé sur la rationalité de la foi d’Abraham. Mon exposé qui suit poursuit l’analyse. Considérant le sacrifice d’Isaac, demandé par Dieu, deux théologies peuvent expliquer la rationalité du geste. Premièrement, il y a la « théorie christologique » et la la « théorie rationnelle ». La « théorie christologique » stipule que le sacrifice représente une symbolisation du sacrifice de Jésus-Christ. Je m’explique. Lors du péché originel, Dieu a promis à Adam (l’être humain) la rédemption, le salut, la grâce. Or, ceci se réaliserait par l’incarnation du « Soi divin », c’est-à-dire, une autre forme d’essence où s’enchevêtre le divin et l’humain (Ésaïe 7:14, Matthieu 1:23). Or, cette incarnation est un prolongement de sa nature. Dans le cas d’Abraham, ce sacrifice expliquait une christologie du prolongement du « Soi divin ». Abraham dut comprendre par ce geste, ce même geste qu’effectuerait Dieu par l’entremise de Jésus-Christ (Jacques 11:17). onc,cette symbolisation fut aussi une révélation. J’irai pas plus loin… La « théorie rationnelle » stipule qu’il a du extrapoler une doctrine pour répondre au dilemme que lui inposait ce sacrifice : doit-il obéir et rendre Dieu menteur (la promesse de Genèse 17:1-8) ou désobéir à Dieu sous l’immuabilité de la loi (le commandement d’Exode 20:13) ? En d’autre terme, si il obéit à Dieu et sacrifie son fils, il tue, ce qui constitue une contradiction de la loi divin et Dieu renie son alliance. Si il désobéit à Dieu, il sera en rebellion à l’autorité divine, ce qui constitue un manque de foi. En allant rendre son fils au pays de Morija, la foi d’Abraham l’inspira une profonde réfléxion théologique: Si j’offre en sacrifice à Dieu mon fils unique qui doit lui-même être en vie pour être le canal générationel, alors il doit être en mesure de « revivre ». Par là, la notion de résurrection et la toute-puissance de Dieu fut au coeur de la solution au dilemme (Hébreux 11:19, Matthieu 19:26). C’est pourquoi, avant même qu’Abraham sacrifia son fils, il dit: « Restez ici avec l’âne; moi et le jeune homme, nous irons jusque-là poûr adorer, et NOUS REVIENDRONS auprès de vous. (…) Mon fils, Dieu se pourvoira lui-même de l’agneau (Jean 1:29) pour l’holocauste. » Genèse 22:5,8

  2. mimajo dit:

    Sauf que le sacrifice d’Isaac peut être lu différemment : il s’agirait d’avantage pour Abraham de sacrifier sa toute puissance de père et patriarche pour permettre à Isaac d’advenir en tant que sujet, et non plus considéré comme objet de la possession du père, soumis à son autorité toute puissante, avec droit de vie et de mort, comme celà existait aux époques archaïques, ensuite en droit latin , transmis jusqu’à nos jours. On est toujours sidéré en lisant ce texte par l’horreur du geste possible : comment Dieu peut-il demander une chose pareille ? Or, Dieu, en bon pédagogue, veut faire comprendre à Abraham que son fils n’est pas son bien, sa propriété, et il lui fait faire ce chemin initiatique pour qu’il tranche avec le couteau du sacrifice le lien de subordination qui retient le fils et l’attache à son père, afin que le fils advienne à la pleine conscience de son être, à la plénitude de son existence.