« La Trinité est l’une des doctrines spécifiquement chrétiennes. Mais pour le commun des mortels, y compris pour beaucoup d’entre les chrétiens, c’est une notion un peu mystérieuse. Pourrait-on commencer par la définir, afin de saisir un peu mieux en quoi elle consiste ? »

Alexis : La Trinité, c’est trois personnes (Père, Fils, Saint-Esprit) en un être (Dieu). Il n’y a qu’un seul Dieu, Dieu est unique, mais il y a trois personnes divines qui sont égales mais distinctes. Ainsi, le Père n’est pas le Fils, le Père n’est pas l’Esprit et le Fils n’est pas l’Esprit, pourtant tous les trois sont le même et unique Dieu. Aucun n’est l’être divin en lui-même, mais tous sont Dieu en tant qu’ils sont des personnes en Dieu. Il ne faut pas confondre la doctrine de la Trinité avec les deux erreurs principales suivantes : le trithéisme (dire qu’il y a trois dieux) et le modalisme (réduire les trois personnes divines à la simple manifestation variée d’une seule et même personne divine).

« D’où vient la Trinité ? Lorsque nous lisons la Bible, nous ne trouvons ce mot nulle part. Et le concept de Trinité n’apparaît jamais clairement non plus. »

Alexis : Le mot « Trinité » n’est pas dans la Bible. Il n’apparaît qu’à la fin du IIe siècle chez Théophile d’Antioche et Tertullien. Mais l’idée n’y est-elle pas déjà, au moins implicitement, énoncée ? Le fait qu’il n’y ait qu’un seul et unique Dieu est affirmé en Esaïe 45.21, où YHWH dit : « Il n’y a point d’autre dieu que moi ». La distinction des trois personnes apparait le plus clairement en Jean 16 : Jésus affirme qu’il va revenir vers celui qui l’a envoyé, son Père, et que cela est nécessaire afin que lui-même envoie le consolateur, l’Esprit de vérité (le Saint-Esprit). Le Père, le Fils et le Saint-Esprit ont des rôles différents, qui assignent à chacun une place spécifique et un ordre d’intervention. De là, suit l’ordre Père, Fils, Saint-Esprit ; ordre qu’utilise Jésus lorsqu’il ordonne à ses disciples de baptiser « aux noms du Père, du Fils et du Saint-Esprit »  (Matthieu 28.19). La divinité du Père et du Saint-Esprit sont évidentes. La divinité du Fils est plus contestée, notamment pour des raisons de traduction ou d’interprétation ; néanmoins, il y a deux textes fondamentaux : Jean 1.1 (« Au commencement était le Logos, le Logos était avec Dieu et le Logos était Dieu. », le verset 14 nous indique qu’il s’agit de Jésus, au verset 18 « Dieu le Fils unique »), et Hébreux 1, où il est dit qu’il est supérieur aux anges (v.4) et qu’il est appelé Dieu par Dieu lui-même (vv.8-9). Ainsi, la Bible énonce qu’il n’y a qu’un seul Dieu, qu’il y a au moins trois personnes distinctes et que chacune de ces personnes est Dieu. La seule chose, finalement, que la Bible n’énonce pas clairement par rapport à la doctrine de la Trinité, c’est qu’il n’y ait que trois personnes. On ne peut pas bibliquement exclure qu’il n’y ait pas d’autre personnes dont on ne nous parlerait pas.

« Dans les précédentes émissions, nous avons vu qu’il y avait des preuves de l’existence de Dieu. La raison peut naturellement connaître Dieu (Romains 1.19-21). En est-il de même pour la Trinité ? »

Alexis : « Des philosophes et des théologiens tels que Richard saint Victor et Hegel ont proposés des preuves de la Trinité. C’est notamment en m’appuyant sur le dernier cité, Hegel, que je vais essayer d’expliquer pourquoi la Trinité est nécessaire. La Trinité est nécessaire, parce que sans elle, Dieu ne peut avoir conscience de soi. Pour commencer, il ne faut pas confondre la conscience et la conscience de soi. La conscience, c’est simplement avoir des idées ou des perceptions, c’est quelque chose d’objectif : « il y a ». C’est ce que nous appelons l’intentionnalité de la conscience : la conscience est par définition conscience « de quelque chose ». Par exemple, j’ai conscience qu’il y a dans ce studio de radio, des micros, des ordinateurs, du mobilier d’enregistrement, une certaine température, il y a aussi des corps et des pensées, etc. C’est purement objectif et impersonnel. La conscience de soi ajoute quelque chose, c’est la subjectivité. Ce que je vois, ce n’est qu’un point de vue, c’est-à-dire que moi-même je suis un objet que l’on peut observer, je ne suis pas seulement un sujet, c’est-à-dire un observateur. C’est ainsi que je prends conscience que la réalité n’est pas une série de perception, comme si nous étions au cinéma, nous faisons partie de la réalité, nous-mêmes nous sommes perceptibles. La conscience de soi suppose donc je me sache observable, c’est-à-dire qu’il y au moins une autre personne que moi qui m’observe, par rapport à laquelle je peux me définir comme « Moi », « Moi » est une chose différentes des autres choses et notamment de l’autre, le « Toi ». Cela peut paraître évident, parce nous sommes adultes et nous n’avons pas eu la difficulté qu’on tous les humains à connaître ce que l’on appelle l’intersubjectivité. Si nous regardons les enfants, néanmoins, nous voyons qu’ils n’ont pas avant 4 ou 5 ans une pleine conscience d’eux-mêmes. Par exemple, pour se cacher certains ferment leur yeux, parce qu’ils confondent leur perception et la réalité, ils ne déduisent pas qu’ils sont eux-mêmes des objets que l’on peut observer. Un autre exemple, c’est le fait de cacher un objet dans sa main, l’enfant comprend le jeu lorsqu’il s’agit de déterminer dans laquelle de nos mains l’objet est caché, mais lorsque c’est à son tour de cacher l’objet, il est maladroit parce qu’il il ne comprends pas bien l’idée, pour lui, s’il sait ce n’est pas un secret, il a des difficultés à se mettre à votre place, vous qui devez où se trouve l’objet, parce que pour lui, sa perception est objective, il ne se connaît pas encore comme objet relatif à d’autres sujets. Ce n’est que lorsqu’il comprendra que lui-même comme objet pour d’autres sujets, qu’il aura conscience de lui-même. Si vous n’avez rien compris, je vais prendre un exemple très simple : une conscience c’est comme un crayon, il ne peut pas écrire sur lui-même, il faut pour cela un autre crayon, pour la conscience il lui faut une autre conscience qui lui indique qu’elle est aussi un objet pour ce sujet, elle est donc un « Moi ». La conscience de soi suppose d’être un objet pour un autre sujet, il faut donc qu’en Dieu il y ait au moins deux personnes pour prendre conscience de lui-même, l’une étant objet de l’autre et vice-versa. Mais contrairement à l’homme, il va de soi qu’en Dieu ce n’est pas un apprentissage, c’est une connaissance immédiate et éternelle des personnes. Mais cela ne suffit pas, car il n’y a là que conscience de soi, les personnes doivent aussi savoir ce qu’elles sont, de quelle est leur propre nature. Il faut encore une troisième conscience, pour que les consciences puissent se connaître non plus seulement comme sujet, mais dans leur nature même. Car on ne reconnaît les choses que par la comparaison des qualités. Ce que nous voyons pour la première fois nous semble irréductible, tandis que nous voyons les qualités partagées par différentes choses, et ainsi nous distinguons ce qui appartient à sa nature et ce qui lui appartient en propre, en tant qu’individu. Ainsi, chaque conscience ayant deux consciences face à elle, elle peut les informer de leur identité de nature, et ainsi toutes les consciences se connaissent, ont consciences de soi et de leur nature. Il faut donc au moins trois consciences. Mais comme il n’y a qu’un seul Dieu, puisque Dieu est inconditionné, sans quoi il serait conditionné par l’altérité, ces trois personnes sont les personnes de Dieu, non pas comme étant Dieu en lui-même, la nature divine elle-même, mais comme personnes de Dieu, c’est pourquoi aussi nous les appelons chacune Dieu, car la personne désigne l’être, de la même manière que lorsque quelqu’un pointe du doigt notre corps, nous savons qu’elle nous vise aussi en tant que personne. Il y a donc un seul être, Dieu, ayant trois personnes.

« Et pourquoi pas plus que trois consciences ? »

Alexis : « Tout simplement parce que tous les attributs dans la nature divine sont nécessaires. « Nécessaire », cela signifie qu’ils sont ainsi et ne peuvent être autrement. Par exemple, Dieu est nécessairement éternel, il ne peut ni naître ni mourir, cela lui est impossible. (Je rappelle juste que Jésus connaît la naissance et la mort, non en tant que Dieu, mais en tant qu’homme, nous en reparlerons lors de l’émission sur l’Incarnation). Or comme nous l’avons montré, Dieu a nécessairement trois personnes afin qu’il ait conscience de lui-même. Mais une quatrième, ou cinquième, sinon un nombre plus grand de personnes, ne sont pas nécessaires, parce cela n’apporte rien à la cohérence de l’idée de Dieu, si ce sont des choses que l’on peut à son amusement ajouter ou retirer sans que la cohérence de l’idée de Dieu ne soit touchée, cela signifie qu’ils ne sont pas nécessaires. Et dans la mesure où la nature divine est nécessaire, il ne peut y avoir autant de personne que cela est nécessaire, c’est-à-dire trois, ni une de plus, ni une de moins. En conclusion, nous pouvons dire que la doctrine de la Trinité en tant qu’il s’agit de trois personnes (ni plus ni moins) en Dieu, celle-ci est plus assurée en philosophie qu’en théologie.

« N’est-ce pas appliquer un raisonnement à Dieu qui ne devrait s’appliquer qu’à l’homme ? Et ne dit-on pas que la Trinité est un mystère incompréhensible ? »

Alexis : La Bible nous dit que nous pouvons rationnellement connaître Dieu (Romains 1.19-21). Par conséquent, il y a des concepts communs à la nature et à Dieu. Ne serait-ce que le concept de l’existence. Si Dieu était radicalement impensable et différent, ce serait mentir que de dire que Dieu existe, car l’existence est un concept que nous avons. Même le fait de dire le mot « Dieu » serait une erreur. Certains pensent protéger Dieu en le rendant impensable, ils font une grave erreur. Dieu est compréhensible, d’ailleurs la Bible dit qu’un jour nous le connaîtrons comme il nous connaît (1 Corinthiens 13). S’il était incompréhensible, nous serions à jamais incapables de le connaître. Dieu est donc compréhensible en lui-même, même si nous ne le connaissons pas encore totalement, nous ne devons pas rejeter ce que Dieu nous laisse connaître de lui. Le problème ne vient pas de la possibilité de parler de Dieu, mais d’en parler correctement. Et pour cela, il faut prendre en compte ce que nous savons de lui : il est intemporel, incorporel, etc. par conséquent, nous devons pensons les personnalités divines dans ces cadres là. S’il n’y a pas de contradiction, si l’idée de Trinité est ainsi cohérente, il n’y a pas de problème, sans que nous ayons bien entendu la prétention d’épuiser totalement l’idée du divin.

« Cela confirme donc la vérité du Christianisme est vrai ? Qu’un Dieu qui n’est qu’une seule personne n’est pas possible, et pourtant qu’il n’y a qu’un seul Dieu ? »

Alexis : « Tout à fait. Sans la Trinité, Dieu n’a pas conscience de lui-même, ce qui est assez problématique pour un Dieu. Car étant à la base le seul être existant, s’il n’a pas conscience de lui-même et sachant que la conscience est conscience de quelque chose, il n’a donc aucun objet de pensée, et donc il n’a jamais pu avoir l’idée de créer (car comme nous l’avons déjà démontré dans une précédente émission, c’est en pensant les choses que Dieu les fait advenir), c’est-à-dire que…  nous ne devrions pas exister ! La Trinité est un véritable plaidoyer en faveur du Christianisme. »

2 Réponses pour “Qu’est-ce que la Trinité ?”

  1. nilamitp dit:

    lorsque tu cites Matthieu 28, 19, c’est :

    « …les baptisant AU NOM (singulier) du Père et du Fils et du Saint Esprit. »

    Tu as mis « auX nomS ».

    Amicalement.

  2. Masson Alexis dit:

    La remarque est utile, car ce n’est pas dans les noms d’une personne, mais dans le nom de plusieurs personnes. Par conséquent, « nom » doit être un singulier, car c’est le nom de chacune des personnes.