« Si l’on peut utiliser à peu près correctement le mot « Dieu », c’est que l’on peut se faire une idée plus ou moins précise de ce qu’il est. Néanmoins, on dit qu’il est très différent de nous, il est le créateur, nous les sommes créatures. En quel sens pouvons-nous le décrire ? »

« Il existe trois possibilités de regard sur les qualités que l’on attribue à Dieu : soit elles sont univoques, équivoques ou analogiques. Univoque : les qualités sont entendues dans le même sens qu’il s’agisse de Dieu ou des créatures. Equivoque : les qualités sont entendues dans un sens différent selon qu’il s’agisse de Dieu ou des créatures. Analogique : les qualités sont entendues dans un sens équivoque, bien qu’il existe une certaine ressemblance ou similitude entre Dieu et les créatures. »

« On doit entendre toutes les qualités dans le même sens ? »

« Non, il y a les qualités dont il apparaît clairement qu’elles sont analogiques : Dieu est un « père », un « rocher », un « berger » ou une « fontaine ». Mais il y a d’autres qualités dont il est plus difficile de dire en quelle sens doivent-elles être entendues : la personnalité, la bonté, l’omniscience, l’omniprésence, le créateur… »

« Comment parvient-on alors à déterminer quelle description lui convient le mieux ? »

« Il faut le décrire selon ce qui convient à sa nature. Dieu est « l’être tel qu’on ne peut en concevoir de plus grand » comme le définissait Anselme, c’est donc selon ce principe qu’il faut le décrire, qui est une production de la raison et non de l’imagination. En effet, le concept est tellement élevé qu’il dépasse alors les capacités de la représentation. Nous pouvons comprendre l’infini, mais non nous le représenter. Nous prenons alors toutes les qualités existantes et les attribuons au niveau le plus élevé. Par exemple, L’homme est connaissant, Dieu est suprêmement connaissant, sans les limitations relatives à l’homme, ni le risque d’erreur. A partir de là, il faut rendre sa description cohérente relativement aux autres attributs : par exemple, concernant l’omniscience et l’éternité, Dieu n’apprend rien, dans la mesure où il est éternel. Etc. A la fin de ce travail, nous parvenons à la description de l’être suprême, le plus haut que puisse concevoir la raison (rappelons que le Christianisme est un rationalisme). »

« Dieu tel qu’il est décrit par la raison n’est-il pas un peu trop abstrait ? »

« Suite au travail de la raison, qui affirme ce qui convient équivoquement à Dieu (selon le critère de la perfection), nous atteignons un concept pur de Dieu, néanmoins impossible à se représenter. Pour se le représenter, nous pouvons utiliser l’imagination en admettant toutefois qu’il s’agit d’une représentation analogique seulement de Dieu. Par exemple, lorsque nous nous représentons Dieu comme un géant dont le bras invisible interviendrait dans le cours de la nature, il s’agit d’un anthropomorphisme, c’est-à-dire que nous nous imaginons un homme tel que l’imagination peut s’en produire une représentation la plus élevée. La raison néanmoins corrige l’erreur anthropomorphiste lorsque celle-ci oublie qu’elle décrit analogiquement Dieu. Concernant par exemple l’intervention de Dieu, nous savons que Dieu est intemporel et inétendu (il n’est pas conditionné par le temps et l’espace dont il est le créateur), il n’agit donc pas proprement dit comme une créature agit. »

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