Argument :

L’argument de l’imperfection est un argument qui tente de réfuter l’existence de Dieu en affirmant que si Dieu existait, le monde devrait être parfait. Si Dieu est parfait, il devrait faire parfaitement tout ce qu’il fait, l’univers étant son œuvre, celui-ci devrait être parfait. Si l’univers est imparfait, c’est que sa cause, s’il en a une, est imparfaite. Or ce monde ci n’est pas parfait, donc sa cause, s’il en a une, n’est pas parfaite. Dieu n’existe donc pas.

(1)    Par définition, Dieu est omniscient, omnipotent et bienveillant.

(2)    Si Dieu existe, il sait, peut et veut un monde parfait, celui-ci ne devrait contenir aucune imperfection.

(3)    Or le monde contient des imperfections

(4)    Donc Dieu n’existe pas.

On pourrait se demander si ce monde-ci est vraiment imparfait. Il suffit de se demander : pourrait-il avoir plus cette qualité, ou plus de cette quantité, etc. ? Par exemple, pourrait-il y avoir plus de gens heureux ? Pourrait-il y avoir moins de maladies ? Dieu aurait-il pu créer que des gens libres mais tous bons ? Il semble que oui, donc si l’on peut imaginer un monde ayant plus que qualités que celui-ci, ce monde-ci est relativement imparfait.

Néanmoins, certains athées et théistes objectent que l’idée d’un monde parfait est absurde. Imaginons un monde quelconque. On peut toujours en imaginer un autre qui ait une qualité de plus (en ajoutant par exemple une personne de plus qui soit heureuse). Et l’on peut encore en imaginer un autre qui ait plus de qualités encore (deux personnes heureuses de plus). Etc. L’idée d’un monde ayant un maximum de perfection est incohérente, car l’on pourra toujours en imaginer un autre ayant plus encore de qualités.

Si cela est vrai, alors non seulement il est absurde d’accuser Dieu d’avoir créé un monde imparfait, mais il est aussi absurde que Dieu, qui par définition est un créateur parfait, qui donc est un concept incohérent, soit pensé comme existant.

Réponse :

Affirmer qu’un monde parfait est impossible, c’est affirmer que le paradis est impossible. La philosophie chrétienne rejette donc cette idée. Il y a, d’après la philosophie chrétienne deux phases : ce monde-ci, qui est un monde libre, et le paradis, où la liberté n’existera plus (chaque être assumera son choix, il sera donc librement au paradis où il n’aura plus de liberté, sa liberté sera accomplie ; de même, dans l’homme et la femme se choisissent librement et s’engagent mutuellement, perdant ainsi leur liberté de choisir, mais accomplissant ainsi leur choix). Ce monde sera donc déterminé par les choix du monde antérieur, du monde dans lequel les hommes sont libres d’accepter ou de refuser Dieu. Le monde antérieur n’est donc pas le monde parfait en question, mais il est nécessaire au monde parfait. Ce monde est plutôt un monde ayant non pas le maximum de bonté, mais le maximum de réalité. Ce n’est pas le « meilleur des mondes possibles », mais le « plus grand des mondes possibles ». Tout individu possible existe, même ceux qui seront les plus mauvais. C’est un bien, car il faut que tous les individus puissent choisir Dieu, ou le refuser. Si ceux qui refuseront Dieu n’avaient jamais existé, ils n’auraient jamais pu refuser Dieu, ils n’auraient jamais été libres. Et même s’ils refusent Dieu, Dieu les aiment, c’est pourquoi il leur offre l’existence. Ce monde-ci est donc correspondant à la finalité que Dieu s’est donné, il est donc bon, dans la mesure où il contient le mal moral.

Revenons au problème du « maximum ». Certains disent qu’un « maximum » est impossible, car il est toujours possible de penser davantage que toute quantité finie. Si l’on considère une donnée isolée, c’est vrai. On peut imaginer que les voitures aient des réservoirs toujours plus grands, des moteurs toujours plus puissants, etc. Si l’on considère de manière isolée chacune de ces données, il n’y a pas de difficulté. Mais si nous les considérons les unes relativement aux autres, nous nous rendons compte qu’il existe certaines limites. Un réservoir toujours plus grand n’est pas souhaitable, un moteur toujours plus puissant non plus, pour des raisons de place, de prix, d’utilité, de sécurité, etc. De la même manière, l’univers est un système, où chaque variable à une implication systémique. Dieu a pensé un univers contenant le maximum de personne possible, qui soit viable. On peut toujours imaginer un plus grand nombre de personnes, mais cela a des implications : comment les nourrir ? S’il faut plus de nourriture, il faut plus d’agriculture. S’il faut plus d’agriculture, il faut plus de place, donc une terre plus grande. Or une terre plus grande engendrerait des problèmes astronomiques, relativement à sa proximité du soleil, sa vitesse de rotation, ses conséquences climatiques, etc. … Si l’on considère chaque paramètre isolément, on peut facilement s’imaginer des quantités supérieures, un plus grand nombre de qualités, mais si on les considère de manière systémique, on s’aperçoit que les choses deviennent rapidement plus complexes, que très peu de mondes viables sont possibles, et que le critère du maximum de personne, et contenant le moins grand nombre de maux naturels, rend intelligible l’idée qu’il y ait bien un monde qui soit le meilleur des mondes possibles parmi tous ceux qui ne sont pas le paradis. Ce monde est donc réellement parfait, non pas au sens où l’entendent les athées, qui seraient un monde imparfait sans amour, mais au sens où l’entendent les chrétiens, un monde d’amour et de liberté.

Les commentaires sont clos.