Argument :

Le mal moral désigne le type de mal provoqué par des agents moraux libres (par opposition à des agents naturels non-autonomes, autrement dit, la nature). Le mal moral peut être un meurtre, un vol, le mensonge, etc. Dieu étant omniscient, omnipotent et bienveillant, il ne peut pas ignorer le mal moral, au contraire il peut et veut l’empêcher. Si donc Dieu existe, le mal moral ne peut pas exister, car l’un et l’autre sont incompatibles. Or le mal moral existe, donc Dieu n’existe pas.

(1)    Par définition, Dieu est omniscient, omnipotent et bienveillant.

(2)    Si Dieu existe, il ne peut ignorer le mal moral, il peut et veut l’empêcher.

(3)    Or les maux moraux existent.

(4)    Donc Dieu n’existe pas.

Réponse :

Le mal moral est nécessairement possible (autrement dit, non-impossible), car c’est lui qui permet la liberté. Si l’homme ne pouvait pas désobéir à Dieu, il ne serait pas libre, il ne pourrait ni être bon, ni être mauvais, il serait donc irresponsable. D’autre part Dieu, Dieu étant amour, il veut une relation libre avec l’homme, l’homme doit avoir la capacité de consentir ou de refuser cette relation. C’est donc un bien que l’homme puisse causer des maux moraux. Dieu étant bon, il permet ce type de mal. Si Dieu empêchait ce type de mal, le monde ne serait pas bon. (Attention : il ne s’agit pas de l’argument de la relativité du bien et du mal, selon lequel il y a un équilibre entre les deux, si l’un existe, l’autre doit exister, mais c’est ici la question de la possibilité : pour être bon ou mauvais, il faut avoir le choix, il faut donc que le mal et le bien soient possibles). Le mal étant causé par des agents libres, Dieu n’en est pas responsable.

(1)    Par définition, Dieu est omniscient, omnipotent et bienveillant (amour).

(2)    Si Dieu existe, il ne peut ignorer le mal moral, il peut l’empêcher, mais ne veut pas l’empêcher (ce qui ne veut pas dire qu’il ne veuille pas le limiter), car l’amour implique la liberté.

(3)    Le mal moral existe.

(4)    L’existence de Dieu est donc compatible avec les faits.

Objections et Réponses engendrées par la question :

Objection (1) :

Dieu n’est-il pas quand même indirectement responsable ? Il a créé le monde sachant ce qui adviendrait, même s’il ne commet pas directement le mal.

Réponse (1) :

Dieu est responsable de la possibilité du mal mais non de la réalisation même du mal. Et cette possibilité est, encore une fois, un bien.

Objection (2) :

Est-ce vraiment un bien de laisser les hommes libres ? N’aurait-il pas mieux valu que Dieu ne créé tout simplement pas l’univers ? L’histoire récente montre que la liberté humaine était un risque beaucoup trop lourd.

Réponse (2) :

L’amour et la bonté de Dieu le conduisent à créer l’univers, à connaître une relation d’amour avec des créatures. L’amour étant libre et gratuit, désintéressé, Dieu ne regarde ni au bien ni au mal engendré par une telle relation, mais à la relation elle-même. Une bonne image est celle du mariage, on épouse l’autre pour le meilleur et le pire, on sait parfaitement qu’il y aura des moments difficiles, mais aussi des bons moments, pourtant ce ni pour le meilleur ni pour le pire qu’on se mari (sinon on pourrait aussi se marier avec quelqu’un qu’on n’aime pas), mais par amour pour l’autre. Donc, même si le prix de la création est lourd, Dieu est près à prendre le risque.

Objection (3) :

Dieu ne pourrait-il pas permettre le mal moral sans permettre le mal physique qu’il engendre (par exemple, l’envie et la tentative de meurtre, sans que la mort ni la souffrance ne soient possibles) ?

Réponse (3) :

Le mal moral prend sens dans la mesure où il est le désir d’un mal physique (l’homme mauvais veut faire mal), si le mal physique est donc impossible (poignarder sans souffrance, ni mort), il ne peut plus y avoir de mal moral (il n’aurait plus aucun sens). Un exemple : imaginons qu’une caresse puisse tuer. Les tueurs en série se mettraient alors à désirer caresser leur victime. Imaginons que le fait de poignarder entraîne une jouissance plutôt qu’une douleur, les amoureux passeraient leur temps à se poignarder. Ce que l’homme mauvais désir, ce n’est pas poignarder comme tel, mais faire du mal, un mal physique. Il faut donc que le mal physique soit possible pour que le mal moral soit possible.

Objection (4) :

Dieu ne pouvait-il pas créé que des hommes libres voulant le bien, sans créer ceux qui voudraient le mal ?

Réponse (4) :

L’amour est désintéressé, il ne sélectionne pas en fonction des qualités et des défauts de l’autre. Imaginons une mère enceinte de jumeaux, une voyante lui indique que l’un sera riche, l’autre voleur. Doit-elle choisir de laisser vivre le premier et d’avorter le second ? Si elle agissait ainsi, elle n’agirait pas par amour, car elle choisirait en fonction d’un critère, non l’être vivant en lui-même. Le fait qu’il existe des hommes mauvais est une preuve que Dieu, s’il existe, est réellement amour. Il aurait pu choisir un monde où tout homme l’adore et le glorifie, Dieu aurait alors été égoïste, imbu de lui-même, et donc mauvais, mais ce n’est pas le cas.

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