01. Quelle est la conception hébraïque de la foi ?

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Le mot « foi » traduit l’hébreu emunah, qui désigne la « confiance », l’« engagement » et la « fidélité ». La foi n’est pas quelque chose de théorique mais de pratique. Il ne s’agit pas de croire que Dieu existe, mais plutôt d’avoir une relation avec lui. Pour illustrer cette relation, la Bible emploie souvent l’image du mariage. En effet, dans le mariage, comme dans la foi, il est question de confiance, d’engagement, et de fidélité. La question de l’existence de Dieu, pas davantage d’ailleurs que celle de notre propre conjoint, n’est une question de foi, mais c’est une question de raison. Le roi David l’exprime très clairement : pour lui, la création manifeste l’existence de Dieu, il faut être insensé pour ne pas admettre son existence (cf. Psaumes 14.1 ; 19.2). La foi, ce n’est donc pas le fait d’admettre l’existence de Dieu, qui peut être connue par la raison, mais c’est le fait d’avoir une relation avec Dieu, de « marcher » et de « faire alliance » avec lui. Le contraire de la foi, c’est l’« infidélité ». On peut admettre que Dieu existe, ne commettre aucune idolâtrie, et pourtant être infidèle, tout simplement parce que l’on lui désobéi, on viole notre engagement et notre fidélité envers lui (cf. Josué 7.1). La foi, ainsi comprise, n’est pas incompatible avec la raison, elle peut même être pleinement rationnelle. Dans la prochaine émission nous nous demanderons quelle est la conception hébraïque de la raison.

02. Quelle est la conception hébraïque de la raison ?

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La « raison », ou l’« intelligence », se dit tabunah en hébreu. Les Hébreux avaient une perception plus large que les Grecs de l’intelligence. Les grecs restreignaient l’intelligence aux activités abstraites, tandis que les hébreux l’élargissaient aux activités concrètes, notamment à l’artisanat. Les Grecs avaient tendance à faire preuve de racisme intellectuel envers les peuples voisins, qu’ils appelaient « barbares ». Pour les Hébreux, au contraire, la raison est un don de Dieu universelle au genre humain. On dit parfois que la raison hébraïque était plus sensible, plus intuitive, moins abstraite que la raison grecque, faisant davantage usage de la parabole. Ceux qui disent cela n’ont certainement jamais lu Platon, et doivent se laisser tromper par un problème de traduction. En effet, la Bible insiste sur le cœur, qui se dit en hébreu leb. Or, dans la représentation anatomique hébraïque, le cœur correspondrait aujourd’hui au cerveau. Pour un hébreux, le siège de toute pensée, qu’elle soit rationnelle ou sentimentale, est dans le cœur. On ne peut donc pas opposer le cœur et la raison, cette distinction est moderne. La raison humaine est donc universelle. Elle est même dans une certaine mesure commune à Dieu, puisque nous comprenons l’univers qu’il a créé selon sa propre sagesse. C’est d’ailleurs ce qui permet une communication entre l’homme et Dieu. La raison est également la source du choix et donc de la moralité. La foi juive attache donc une très grande importance à la raison.

03. La foi d’Abraham était-elle une folie ?

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Un jour, Dieu mis Abraham a l’épreuve. Il lui demanda de sacrifier Isaac, son fils, et Abraham accepta. Mais au moment où il s’apprêtait à passer à l’acte, Dieu, reconnaissant sa foi, l’en empêcha. Finalement, Isaac fut épargné. La foi d’Abraham était-elle une folie ? Abraham pensait-il réellement qu’Isaac devait mourir ? C’est l’interprétation commune. Mais en réalité, le livre de la Genèse (Chap. 22) et l’Epitre aux Hébreux (chap. 11) disent plutôt le contraire. La foi d’Abraham ne consistait pas dans le fait d’accepter de sacrifier son fils, mais dans le fait de savoir, au contraire, que Dieu ne le voulait pas réellement. En effet, Dieu avait promis à Abraham une descendance par son fils Isaac. Par conséquent, si Isaac mourrait, Abraham n’aurait pas eu de descendance par celui-ci, et Dieu n’aurait pas tenu sa promesse. Si Abraham avait cru cela, cela signifie qu’il aurait crû que Dieu est un menteur, il n’aurait donc pas eu foi en Dieu. Au contraire, Abraham eu foi en Dieu, parce qu’il savait que Dieu n’était pas un menteur et que par conséquent, il était impossible qu’Isaac meurt. La foi d’Abraham était rationnelle. Partant du principe que Dieu ne peut pas mentir, il en déduisit qu’Isaac ne mourrait pas, et que donc Dieu pourvoirait lui-même au sacrifice et qu’il reviendrait avec son fils (Genèse 22.5, 8). La foi d’Abraham n’était donc pas une folie, mais au contraire, d’une rationalité paisible tout à fait étonnante.

04. La foi d’Israël était-elle infondée ?

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On pense souvent que la foi exclu les preuves, mais cette idée s’oppose radicalement à la conception hébraïque de la foi. La foi du peuple d’Israël reposait sur des preuves. Dans le livre de l’Exode (chap. 4), Dieu envoie Moïse délivrer son peuple, et Moïse lui répond : « Ils ne me croiront pas, ils diront que Dieu ne m’est point apparu ». Alors Dieu lui montra quelques miracles et lui dit : « Tu feras cela, afin qu’ils croient que Dieu t’est apparu ». Autrement dit, la foi du peuple sera fondée sur des preuves. Face à celles-ci, le peuple commence effectivement à croire (Exode 4.31), il eut « foi en Dieu et en Moïse » (Exode 14.31). Mais, comme le constate Maïmonide dans son traité sur les Principes fondamentaux de la Torah (chap. 8), les miracles ne suffisaient pas, parce que les Egyptiens eux aussi en faisant. Le peuple eut la preuve définitive, lorsqu’il vit et entendit Dieu parler à Moïse, au mont Sinaï. C’est sur cette révélation, dont tout le peuple est témoin, qu’est fondée l’alliance, véritable expression de la foi. La loi révélée interdit de croire sans preuve, lorsqu’un prophète se présente, il doit faire des miracles et être fidèle à la loi (Deutéronome 13 et 18). Avoir foi sans exiger de preuve, c’est commettre un péché. Évidement, se pose la question de la valeur de ces preuves, ce que nous verrons une autre fois.

05. Pourquoi Salomon condamne-t-il le manque d’intelligence ?

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Les athées s’imaginent parfois que la religion valorise la simplicité et la crédulité. Mais Salomon, dans son livre des Proverbes, montre que c’est exactement le contraire. Tout d’abord, parce que l’intelligence vient de Dieu, elle conduit à la connaissance de Dieu et à la piété (Proverbes 2.1-6). La raison conduit à la foi, tandis que l’athéisme est irrationnel (Psaume 14). Evidemment, il est possible d’avoir la foi sans être intelligent. Mais c’est quelque de mal, car cela revient à tenter Dieu. En effet, celui qui est simple ou crédule, se laisse facilement séduire, il ne voit pas le mal et croit tout ce qu’on lui dit (Proverbes 1.32 ; 7.7 ; 9.13-18 ; 14.15 ; 22.3 ; 27.12). Dieu est alors sans cesse obligé de lui venir en aide (Psaume 116.6). Salomon juge que la simplicité est une forme de négligence dont on est responsable, le simple doit se repentir de sa simplicité et devenir intelligent, afin de vivre (Psaumes 19.7 ; 119.30 ; Proverbes 1.4 ; 1.22 ; 8.5 ; 9.4-6). L’intelligence est donc un devoir. La simplicité n’excuse rien, on est responsable et l’on n’échappera pas à la condamnation (Proverbes 1.32 ; 7.7 ; 22.3 ; 27.12). Salomon est très clair : celui qui se moque de l’intelligence, il faut le punir (Proverbes 19.25 ; 21.11). L’inintelligence est donc un péché, c’est une erreur de croire que la religion la valorise.

06. Quel est le rapport entre foi et raison dans le Nouveau Testament ?

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Dans l’Ancien Testament, la « foi », qui se disait emunah en hébreu, désignant la « confiance », l’« engagement » et la « fidélité » envers Dieu. Il ne s’agissait pas de croire que Dieu existe, l’existence de Dieu étant connaissable par la raison, mais plutôt de faire alliance avec Dieu. Le rapport entre la foi et la raison était parfaitement complémentaire et harmonieux. Dans le Nouveau Testament, l’hébreu est traduit par le grec pistis, mais il conserve sa signification originale. L’Epître aux Hébreux (11.1) tente de donner une définition de la foi. Elle est rationnelle et métaphysique, c’est « une démonstration des choses que l’on ne voit pas », choses invisibles dont l’existence peut être déduite à partir des réalités visibles. C’est ce qu’affirme Paul : « les perfections invisibles de Dieu, sa puissance éternelle et sa divinité, se voient comme à l’œil nu, depuis la création du monde, quand on les considère dans ses ouvrages » (Romains 1.20). Mais savoir que Dieu existe ne suffit pas, car en effet, comme le souligne Jacques (2.19), les démons eux aussi le croient. La foi est donc surtout « une ferme assurance des choses qu’on espère ». Elle est de l’ordre de la confiance, mais aussi de l’engagement, et de la fidélité envers Dieu, comme les montre les exemples cités, qui sont tirés de l’Ancien Testament. Il y a continuité entre le judaïsme et le christianisme. Dans la prochaine émission, nous étudierons les enseignements de Jésus sur cette question.

07. Quel est le rapport entre la foi et la raison dans l’enseignement de Jésus ?

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L’enseignement de Jésus s’inscrit dans le cadre du Judaïsme. Pour lui, la raison et la foi sont inextricablement liées. Jésus se fait appeler « Maître » (par exemple : Matthieu 26.18). Il se donne un statut d’intellectuel, de docteur, ayant des disciples. Et si le disciple ne peut pas dépasser son maître, enseigne Jésus, il doit néanmoins l’égaler (Luc 6.40). Les disciples ont le devoir d’être aussi intelligents que Jésus lui-même. Rappelons que c’est un devoir d’aimer Dieu de toute son intelligence (Matthieu 22.37). Jésus ne cesse de reprocher à ses disciples leur manque d’intelligence (Matthieu 13.51 ; 15.16 ; 16.11 ; Marc 7.18 ; 8.17). Sans intelligence, la foi serait trop fragile, voir impossible. Le manque d’intelligence peut conduire à la perdition (Matthieu 13.18-23 ; 25). C’est pour cela que Jésus s’inquiète constamment de leur compréhension et s’attarde à leur expliquer ce qu’ils ne comprennent pas (Matthieu 13.51 ; Luc 24.45 ; etc.). L’absence d’intelligence est souvent corrélative avec l’absence de foi, on le voit chez les disciples (Matthieu 16.9 ; Marc 6.52 ; 8.17). On le voit aussi chez les pharisiens. Jésus ne cesse de démontrer et de réfuter, et fini par désespérer de leur ignorance (Jean 3.10) et de leur hypocrisie (Matthieu 11.25 ; 23). Ils ne sont intelligents qu’à leurs yeux et c’est insuffisant pour répondre aux exigences de la foi. Dans la prochaine émission, nous étudierons les paroles de Jésus qui semblent être en contradiction avec cette analyse.

08. Jésus ne loue-t-il pas les pauvres en esprit, les enfantins et les crédules ?

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Dans la précédente émission, nous avons dit que l’intelligence tenait une place très importante dans l’enseignement de Jésus. Mais certains versets semblent dire le contraire. En réalité, c’est une question de contexte. Lorsque Jésus dit : « Heureux les pauvres en esprits » (Matthieu 5.3), il ne parle pas des « imbéciles heureux », mais de ceux qui n’ont pas une très grande spiritualité, qui sont loin de Dieu. Jésus leur annonce le réconfort. Tout le discours de Jésus est basé sur une structure identique. Lorsque Jésus dit : « Si vous ne devenez pas comme les petits enfants, vous n’entrerez pas dans le Royaume des Cieux » (Matthieu 11.25), il ne parle pas des personnes « infantiles », mais il répond à ses disciples orgueilleux qui voulaient savoir quel était le plus grand. Pour Jésus, l’enfant est humble (v.4), il sait qu’il est petit. Lorsque Jésus dit à Thomas : « Heureux ceux qui n’ont pas vu, et qui ont cru ! » (Jean 20.29), il ne parle pas des « crédules ». D’ailleurs, Jésus a fournit des preuves à ses autres disciples (v.20, cf. Matthieu 13.16). Mais lui, Thomas, était absent, et il refusait le témoignage des autres, il voulait un nombre de preuves excessifs (v.25). Thomas refusait la vérité, c’est cela que lui reproche Jésus (v.27). Jésus n’a donc jamais loué les imbéciles heureux, les enfantins et les crédules ! Dans la prochaine émission, nous nous demanderons sur quoi se fonde la foi chrétienne.

09. La foi chrétienne est-elle infondée ?

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« Soyez toujours prêts à rendre raison de l’espérance qui est en vous », disait Pierre (1 Pierre 3.15). Cette espérance, c’est le salut, et plus particulièrement la résurrection. D’après Paul, le fondement de cette espérance repose sur la résurrection du Christ lui-même (1 Corinthiens 15.12-19). Le fait que le Christ ait été ressuscité rend possible notre propre résurrection. Les Evangiles s’efforcent de témoigner de ce fait empirique. Certains des disciples ont vu le Christ mourir, puis le tombeau vide, et enfin tous ont vu le Christ réapparaître en chair et en os (Jean 20). Le salut repose sur Jésus, et Jésus est attesté par le Père, notamment lors de son baptême (Matthieu 3.13-17), mais aussi par ses œuvres et par les Ecritures (Jean 5.32-47). Mais le témoignage des Apôtres remonte à plusieurs siècles. Certains doutent même que Jésus ait existé. Quant aux arguments basés sur les Ecritures, ils ne valent que pour ceux qui les admettent. Pour nos contemporains, les Ecritures ne valent guère plus que l’Iliade et l’Odyssée. Il faut donc une troisième voie, qui n’exige pas d’admettre  préalablement le témoignage des Apôtres et les Ecritures. Sinon, la valeur de vérité du Christianisme ne dépasse pas celle des autres religions. Cette troisième voie, c’est Paul qui l’indique : c’est la raison. La raison peut connaître Dieu (Romains 1.20), la foi elle-même est démonstrative (Hébreux 11.1). Une philosophie chrétienne doit donc être possible. C’est ce que nous étudierons dans la prochaine émission.

10. Quel est le rapport entre la raison et la foi selon l’Apôtre Paul ?

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Paul est un ardent défenseur du rationalisme. Il affirme que nous pouvons connaître rationnellement l’existence et la nature de Dieu (Romains 1.19-20). Ce n’est pas une affaire de croyance, mais de savoir : « nous savons… qu’il n’y a qu’un seul Dieu » (1 Corinthiens 8.4, cf. Jean 4.42). Le refus du Christianisme est une folie qui contredit la raison (Romains 1.20-21 ; 2 Corinthiens 3.14 ; 4.4). C’est en philosophe que Paul s’adresse aux Athéniens pour les convaincre, et malgré la mauvaise foi de ceux qui lui coupent la parole, quelques uns acceptent de le suivre (Actes 17.15-34). Les autres, comme beaucoup, « se vantent d’être sages », mais en réalité « ils sont fous » (Romains 1.22). Et pour eux, qui sont fous, la Croix est une folie, mais non pour les Chrétiens, pour qui c’est la véritable sagesse (1 Corinthiens 1.17-25). Grâce à l’intelligence, nous pouvons discerner la volonté de Dieu (Romains 12.2). A ce titre, il faut se méfier des fausses philosophies, en vogue à l’époque, qui ne sont pas des systèmes rationalistes, mais de simples rêveries mystérieuses, qui consistent à croire que l’on peut plaire à Dieu en méprisant son corps (Colossiens 2.8-23). Il est nécessaire d’examiner toute prophétie (1 Thessaloniciens 5.21). Paul est donc un rationaliste, au sens où, d’après lui, le Christianisme peut être rationnellement démontré. Mais alors, la foi est-elle encore un don de Dieu ? C’est la question que nous étudierons dans la prochaine émission.

11. Comment la foi peut-elle être à la fois un don de Dieu et rationnelle ?

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L’Apôtre Paul soutient à la fois que la foi est un don de Dieu (Ephésiens 2.8) et que l’on peut naturellement connaître l’existence et la nature de Dieu (Romains 1.19-20). La connaissance n’est pas la foi, c’est vrai, mais elle peut y conduire (Proverbes 2.2-5). En effet, si nous pouvons naturellement savoir que Dieu est juste et bon, nous savons que nous pouvons lui faire confiance, avoir foi en lui. Mais la foi est-elle encore un don alors ? Oui, car l’intelligence est elle-même un don de Dieu (Proverbes 2.6) ! Donc même si nous pouvons accéder naturellement à la foi, nous ne le pouvons que parce que Dieu nous a fait don de notre intelligence. C’est Dieu lui-même qui se manifeste à toute intelligence (Romains 1.19), il ne peut donc n’y avoir aucun mérite, au contraire, c’est l’absence de foi qui devient inexcusable (Romains 1.20-21). Illustrons cela par un exemple. Si je joue au loto, je prends un risque, je suis donc méritant si je gagne. Si un scientifique me donnait une formule mathématique permettant de connaître les résultats à l’avance, il me ferait don de quelque chose de rationnel. Alors, je n’aurais plus qu’à suivre la raison pour indiquer les bons chiffres, sans prendre le moindre risque. Je n’aurais donc aucun mérite. Mais si je ne suivais pas la raison, alors je serais inexcusable. De même, la foi est un don, elle est rationnelle et naturellement accessible, il est donc inexcusable de ne pas l’accepter. Dans la prochaine émission nous verrons en quoi la conception chrétienne de la foi diffère de la conception grecque.

12. En quoi la conception chrétienne de la foi diffère-t-elle de la conception grecque ?

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Les chrétiens héritent de la conception hébraïque de la foi. La foi, emunah en hébreu, désigne la confiance, l’engagement et la fidélité envers Dieu. Pour annoncer la Bonne Nouvelle aux peuples non-juifs, ils ont dût traduire emunah par le grec pistis. Dans leur usage commun, les deux termes se ressemblent plus ou moins. Mais dans son usage philosophique, la pistis avait déjà été très travaillée par Platon et Aristote. La pistis recevait alors un sens différent. Pour Platon, la pistis est une croyance, le fait d’adhérer à une opinion sans qu’elle ne soit suffisamment fondée. C’est ce qui fait la différence entre la connaissance et la croyance (République VI). De son côté, Aristote concevait plutôt la pistis comme étant l’adhésion aux vérités premières (par exemple, le principe de non-contradiction), qui sont en elles-mêmes indémontrables, mais qui sont à la base de toute démonstration. Ces deux conceptions ne s’accordent pas avec la conception chrétienne, car pour les chrétiens l’objet de foi peut être démontré et elle peut-être en elle-même rationnelle (cf. Romains 1.19-20 ; Hébreux 11.1). Il faut donc se garder de vouloir réinterpréter la foi chrétienne avec une conception grecque. En son sens premier, étymologique, la foi n’est pas en elle-même dans le domaine de la connaissance, mais plutôt dans le domaine pratique, celui de la confiance. Mais la foi peut, en tant qu’elle est confiance en Dieu, devenir alors à son tour une source de connaissance. C’est ce que nous verrons dans la prochaine émission.

13. Comment la foi peut-elle être une source de connaissance ?

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Lorsque nous parlons de « source de connaissance », nous désignons généralement la raison et nos cinq sens. Notre raison et notre sensibilité nous informent sur le monde. En général, nous n’admettons pas que le témoignage soit aussi une source de connaissance. En effet, tandis que la raison repose sur des règles objectives et la sensibilité sur l’expérience du monde, le témoignage n’est pas vérifiable en lui-même. Un témoin peut mentir ou se tromper. Mais il en va autrement en ce qui concerne la foi. En effet, Dieu est parfait, et s’il est parfait, non seulement il est infaillible, mais il ne peut pas mentir, le mensonge étant une imperfection. Ainsi, si Dieu affirme quelque chose, je sais que cela est vrai avec une certitude objective, c’est donc une connaissance. Ainsi, bien que la foi n’appartienne pas originellement au domaine de la connaissance, mais plutôt de la confiance interpersonnelle, cette confiance devient connaissance lorsque Dieu me témoigne de ses pensées. Mais préalablement, il faut que l’existence de Dieu soit prouvée et que sa parole puisse être identifiée. Il se peut en effet que l’existence de Dieu soit prouvée, mais que l’on ne puisse pas identifier sa parole avec certitude. Et en effet, beaucoup de religions prétendent parler au nom de Dieu. Pour que la foi soit une source de connaissance, il faut donc que l’existence et la nature de Dieu soient précisément connaissables et que sa parole soit par là identifiable. Dans la prochaine émission nous nous demanderons si la foi est une vertu.

14. La foi est-elle une vertu ?

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La vertu est une disposition qui porte vers le bien. Traditionnellement, les chrétiens considèrent la foi comme étant l’une des trois vertus théologales, avec l’espérance et l’amour (cf. 1 Corinthiens 13.13). Cette idée a scandalisé des athées tels que Harris et Dawkins. D’après eux, la foi est une conviction sans fondement, ce qui conduit inévitablement à des comportements immoraux. Si la foi est une conviction sans fondement, alors il est possible croire tout et n’importe quoi, y compris que c’est un devoir et que c’est agréable à Dieu que de se faire exploser afin de tuer le maximum de personne. La foi est un mal en soi, y compris la foi modérée, parce qu’elle peut potentiellement légitimer n’importe quelle conviction. Toute personne croyante est un terroriste potentiel. Harris et Dawkins ont partiellement raison. Oui, tout croyant est dangereux, car la croyance sans fondement peut conduire à croire tout et n’importe quoi. Croire est effectivement un mal en soi. Mais la croyance n’est pas la foi. Nous l’avons déjà démontré dans des émissions précédentes, la foi n’est pas une croyance, mais le fait de faire confiance en Dieu, de s’engager envers lui et de lui être fidèle. En soi, l’existence de Dieu est une question de raison (cf. Romains 1.19-20). Pour les chrétiens, la foi est une vertu, parce que Dieu est la source de la morale, la foi consistant à lui obéir, elle consiste à accomplir ce que la morale ordonne. Dans la prochaine émission, nous nous demanderons si la foi implique un risque.

15. La foi implique-t-elle un risque ?

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L’idée que la foi soit un risque trouve un écho particulier chez Kierkegaard. Pour lui, la foi est un « saut » dans le paradoxe, l’absurde, l’irrationnel. C’est le cas par exemple, d’après Kierkegaard, de la doctrine chrétienne de l’Incarnation, Jésus étant à la fois homme et Dieu. Et de ce fait, la foi implique un doute. Si la raison apporte la certitude, la foi implique le doute. Le doute tiraille l’homme au plus profond de lui-même. On ne peut pas prouver l’existence de Dieu, on ne peut pas savoir s’il existe. L’engagement dans la foi acquiert sa valeur par la confrontation au doute. Nul ne s’engage, dit à tord Kierkegaard, pour des questions de mathématiques, mais là où il y a doute, il peut y avoir un engagement passionné. La foi est une mise en danger, un effort, qui fait de la foi… un mérite. Et oui, derrière la pensée de la foi comme étant un risque, une incertitude, il y a l’idée d’un mérite. La foi devient alors une œuvre, parce qu’elle implique un effort. Tout cela est radicalement contraire à l’enseignement biblique. Dans la Bible, la foi est une certitude démontrable (Romains 1.19-20 ; Hébreux 11.1). Elle exclu le doute (Matthieu 14.31 ; 21.21 ; Marc 11.23 ; Romains 4.20). Elle apporte la paix plutôt que le trouble. L’objet de la foi est démontrable, sans risque, je ne peux donc en tirer aucun mérite, mais au contraire, je suis radicalement coupable si je ne l’accepte pas. Dans la prochaine émission, nous étudierons la preuve ontologique de l’existence de Dieu.

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