01. Qu’est-ce que la preuve téléologique ?

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La preuve téléologique est une preuve de l’existence de Dieu qui repose sur la finalité et l’ordre dans l’univers. Le nom de cette preuve vient du grec telos, qui désigne la « finalité » ou l’« intention ». En réalité, il n’y a pas une mais des preuves téléologiques. La preuve téléologique classique repose sur l’analogie entre l’existence d’un montre impliquant l’existence d’un horloger, et l’existence d’un univers organisé et fonctionnel impliquant l’existence d’une intelligence surnaturelle. Plus contemporaine, la preuve par la régularité pose la question de l’existence contingente des lois physiques, c’est-à-dire que l’univers aurait très bien pu être chaotique, pour en déduire l’existence d’une intelligence surnaturelle, dans la mesure où on ne peut pas expliquer scientifiquement l’existence des lois. La preuve par le bon réglage prolonge la précédente, elle constate le fait que les lois et les constantes physiques sont précisément ajustées pour permettre la vie, ce qui rend très probable la réalité d’une intention en faveur de la vie, plutôt que d’un univers sans vie. Enfin, la preuve par la complexité irréductible affirme que certains organismes sont trop complexes pour être le résultat de processus physiques aveugles. Tous ces arguments ne sont pas d’égale valeur, certains sont plus convaincants que d’autres. Nous les étudierons plus en détail, avec les objections auxquelles ils ont du faire face, dans les prochaines émissions.

02. Qu’est-ce que la preuve téléologique par l’analogie ?

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C’est l’une des preuves les plus anciennes et les plus répandues de l’existence de Dieu. On la retrouve aussi bien chez les philosophes grecs que dans la philosophie indienne, dans la Bible que chez Voltaire. Thomas d’Aquin est l’un des premiers philosophes chrétiens à la décrire, mais c’est William Paley qui, dans sa Théologie Naturelle (1802), en fait l’exposé le plus complet. Comme toutes les preuves téléologiques, celle-ci s’appuie sur la finalité et l’ordre de l’univers pour en déduire l’existence de Dieu, mais sa particularité réside dans sa méthode analogique. Si nous observons une montre, nous dit Paley, nous remarquons un ensemble d’éléments agencés de manière complexe afin d’atteindre une certaine finalité. L’existence de la montre répond à un objectif, et s’il y a un objectif, c’est qu’il y a une intention et donc une intelligence à son origine. Nul ne pense raisonnablement que les montres apparaissent par hasard. Il n’y a pas de montre sans horloger. De la même manière, l’univers contient de nombreux cas d’intentions apparentes, semblables aux artefacts humains, mais souvent beaucoup plus complexes. Par exemple, les ailes des oiseaux sont faites de telle sorte qu’ils puissent voler. Paley conclu que, de la même manière qu’une montre implique un horloger, le monde doit impliquer un concepteur, une intelligence suprême, à savoir Dieu. Dans les prochaines émissions, nous étudierons d’autres preuves téléologiques, ainsi que leurs critiques.

03. Qu’est-ce que la preuve téléologique par la régularité ?

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C’est une preuve de l’existence de Dieu, qui s’appuie la contingence de l’ordre de l’univers, pour en déduire l’existence d’une intelligence suprême. L’un de ses principaux défenseur est Richard Swinburne, un philosophe contemporain, qui l’expose dans son ouvrage The Existence of God (2004, chap. 8). Il appelle cette preuve : « argument téléologique à partir de l’ordre temporel dans le monde ». Ce qu’il entend par là, c’est le fait qu’il y a des régularités de succession, c’est-à-dire de causes à effets, que l’on peut exprimer sous forme de lois mathématiques, permettant de comprendre et de prédire le comportement des objets physiques, chimiques, ou biologiques. L’univers est régit par des lois, c’est un fait évident, alors qu’il aurait très bien pu être chaotique. Ce fait requiert une explication : pourquoi est-il ordonné ? Il n’existe que deux types d’explications : celles qui sont scientifiques (exprimées en termes de lois) et celles qui sont personnelles (exprimées en termes de choix). Or dans la mesure où l’on veut expliquer l’existence même des lois, on ne peut pas faire appel à des lois. Il faut donc expliquer l’ordre de l’univers par quelque chose de semblable à l’intelligence humaine, à savoir Dieu. D’après Swinburne, la beauté d’un univers ordonné pourrait être un exemple de motif pour que Dieu le veuille ainsi. Dans la prochaine émission, nous étudierons un prolongement de cette preuve.

04. Qu’est-ce que la preuve téléologique du bon réglage ?

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C’est un type de preuve de l’existence de Dieu, défendu notamment par le philosophe contemporain Robin Collins. Comme toutes les preuves téléologiques, elle part de l’ordre ou de la finalité de l’univers pour en déduire l’existence de Dieu. Sa particularité est qu’elle insiste sur le fait que les lois et les constantes physiques semblent avoir été précisément ajustées afin de permettre la vie. Si les lois et les constantes physiques avaient été très légèrement différentes, la vie aurait été impossible. Prenons, par exemple, la constante cosmologique, c’est-à-dire la vitesse de l’expansion de l’univers. Un peu plus lente, le Big Bang aurait été suivit d’un Big Crunch. Un peu plus rapide, la matière se serait dispersée trop vite pour que les galaxies puissent se former. Bien d’autres lois et constantes physiques impliquent le même genre de considérations. Alors comment expliquer le fait que l’univers soit précisément bien ajusté pour permettre la vie ? De deux choses l’une : ou bien c’est un heureux hasard, ou bien c’est l’effet d’un dessein intelligent. Mais les conditions nécessaires à la vie sont si nombreuses, que cela rend d’autant moins probable le fait que l’univers réponde à ces exigences par hasard. Il est donc beaucoup plus probable qu’il y ait une intention divine à son origine. Cet argument, notons-le bien, n’est que probabiliste. Dans la prochaine émission, nous étudierons un dernier argument de type téléologique.

05. Qu’est-ce que la preuve téléologique par la complexité irréductible ?

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C’est un type de preuve de l’existence de Dieu, défendu notamment par le philosophe William Dembski et le scientifique Michael Behe. D’après cette preuve, certaines réalités naturelles sont trop complexes pour qu’elles puissent résulter du hasard, elles doivent donc être l’effet d’une intention. Pour les identifier, Dembski a développé un filtre d’explication : si un objet n’est ni nécessaire (ce qu’une loi explique), ni simple (ce qu’une combinaison explique), ni générique, alors c’est une « complexité spécifique », quelque chose qui ne peut pas être expliqué par un processus aléatoire. D’après Behe, ce type d’objet est une « complexité irréductible » : un système composé de parties en interactions, dont chacune est essentielle au fonctionnement du système. Il faut bien avouer que les prétentions de cet argument sont exagérées. Il est impossible de démontrer logiquement qu’un processus aléatoire ne peut pas produire un objet irréductiblement complexe. Si les éléments existent, toutes les combinaisons sont possibles, y compris les plus complexes, même si elles sont peu probables. Il serait donc préférable d’interpréter cet argument d’un point de vue probabiliste : plus une chose est complexe, plus il y a de chance qu’elle soit le produit d’une intention, or il y a des choses très complexes dans la nature, donc il est très probable qu’il y ait une intention à leur origine. Dès la prochaine émission, nous étudierons les principales objections aux arguments téléologiques.

06. La preuve téléologique respecte-elle le principe de proportionnalité ?

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La preuve téléologique affirme que ce qui est ordonné et qui a une finalité est le produit d’une intelligence. Une montre, par exemple, est l’œuvre d’un horloger. Le fait qu’il y est de l’ordre et de la finalité dans l’univers implique qu’il y ait une intelligence surnaturelle, que l’on peut identifier à Dieu. Mais c’est justement cette identification que David Hume remet en question, dans son Enquête sur l’Entendement Humain (1748, Section XI). D’après lui, il doit y avoir une proposition entre la cause et l’effet. On ne peut déduire de l’effet que ce qui est nécessaire pour l’expliquer. Or justement, si l’argument téléologique est valide, il ne prouve que l’existence d’un Grand Architecte, mais rien ne prouve que celui-ci ait tous les attributs qui caractérisent Dieu, à savoir qu’il soit libre, bon, omnipotent ou omniscient. Mais d’après Brian Davies, dans An Introduction to the Philosophy of Religion (2004, chap. 4), la cause de l’ordre de l’univers doit être très intelligente pour penser cet ordre, très puissante pour la mettre en œuvre, et elle doit être incorporelle, puisqu’elle doit résider hors des dimensions du temps et de l’espace qui ordonnent l’univers. D’après Davies, ces caractéristiques sont suffisamment proches de Dieu, pour que la preuve téléologique puisse être considérée comme un argument non-négligeable en faveur de son existence. Dans la prochaine émission, nous étudierons une autre objection à la preuve téléologique.

07. L’univers étant unique peut-on en déduire une cause particulière ?

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C’est l’une des objections de David Hume contre la preuve téléologique, dans ses Dialogues sur la Religion Naturelle (1779). D’après cette preuve, tout ce qui contient de l’ordre ou de la finalité est le produit d’une intelligence. Tel est le cas, par exemple, des montres qui sont l’œuvre des horlogers. Par analogie, l’univers contenant de l’ordre et de la finalité, on peut en déduire qu’il est le produit d’une intelligence. Mais d’après Hume, cet argument n’est pas valide, car l’univers étant unique on ne peut pas le comparer à un autre, et l’on n’a jamais expérimenté la formation d’un univers. On ne peut donc rien en déduire. D’une part, Richard Swinburne, dans The Existence of God (2004), répond qu’il n’est pourtant pas rare que l’on raisonne sur l’origine d’objets unique en sciences : tel est le cas par exemple de l’origine de l’univers, ou encore de l’espèce humaine. D’autre part, lorsqu’on observe une relation entre deux éléments d’un certain type, on peut penser qu’elle s’applique également à des éléments relativement similaires. Et comme le note Brian Davies, dans An Introduction to Philosophy of Religion (2004), bien que l’univers soit unique, il partage certaines similarités avec ses parties : il est physique, changeant, il contient de la régularité et des finalités. Le fait qu’il soit unique n’invalide donc pas la preuve téléologique. Dans la prochaine émission, nous étudierons une autre objection.

08. Si l’univers a été conçu par Dieu, alors qui a conçu Dieu ?

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C’est l’une des objections de David Hume contre la preuve téléologique, dans ses Dialogues sur la Religion Naturelle (1779). D’après cette preuve, ce qui est complexe est le produit d’une intelligence, or l’univers est complexe, il est donc le produit d’une intelligence, à savoir Dieu. Mais, demande Hume, si l’univers a été conçu par Dieu, alors qui a conçu Dieu ? Dans The God Delusion (2006), Richard Dawkins a repris l’objection à son compte : vouloir expliquer quelque chose de complexe, l’univers, par quelque chose d’infiniment plus complexe, Dieu, revient à obscurcir les choses plutôt qu’à les expliquer. On explique ce qui est complexe par ce qui est simple. Mais justement, Dieu n’est pas complexe, il est simple. Dieu n’est pas un être composé de parties, c’est un être « un ». S’il avait des parties, il en dépendrait, il ne serait plus nécessaire, ni absolu. Comme le fait remarquer William Lane Craig, Dieu est hors de l’espace et du temps où les compositions sont possibles, Dieu est un être indivisible. Il peut penser la complexité de l’univers, parce que les qualités de l’objet pensé ne sont pas celles de la pensée elle-même. Si je pense à une couleur, ma pensée n’est pas pour autant colorée. Dieu étant un être simple et nécessaire, il se suffit à sa propre explication. Dans la prochaine émission, nous étudierons une autre objection.

09. La preuve téléologique n’implique-t-elle pas un Dieu anthropomorphique ?

[podcast]http://www.radioarcenciel.com/15006160.sam.mp3[/podcast]

La preuve téléologique repose sur une analogie classique entre une montre et l’univers. Une montre contient des pièces ordonnées et agencées en vue d’atteindre une certaine fin. Elle doit cette disposition au fait qu’elle soit l’œuvre d’un horloger. En ce qui concerne l’univers, lui aussi est ordonné et contient des finalités. Si l’analogie est correcte, on devrait en conclure que l’univers est également l’œuvre d’une intelligence. Mais, objecte David Hume, dans ses Dialogues sur la Religion Naturelle (1779), si cette analogie est correcte, il faut l’appliquer jusqu’au bout. Les horlogers sont des hommes, ils ont des corps. Alors pourquoi Dieu ne serait-il pas lui aussi corporel ? Pourquoi ne serait-il pas anthropomorphique, c’est-à-dire ayant une forme humaine ? Richard Swinburne, dans The Existence of God (2004), répond à cette question. Les analogies ne concernent pas toutes les qualités entre des objets similaires, mais seulement celles qui sont nécessaires à une explication. Pour expliquer les régularités de l’univers, Dieu doit être très intelligent et très puissant. Mais il n’est pas nécessaire qu’il soit corporel. Au contraire, s’il avait un corps, il serait limité par celui-ci à n’agir que sur une partie de l’univers à la fois, plutôt que d’agir sur l’univers entier par des lois scientifiques. Et la preuve téléologique cherche à expliquer ces lois scientifiques. Il faut donc que Dieu soit incorporel. Dans la prochaine émission, nous étudierons une autre objection.

10. Dieu peut-il avoir abandonné l’univers à son sort ?

[podcast]http://www.radioarcenciel.com/49419027.sam.mp3[/podcast]

C’est un problème soulevé par David Hume, dans ses Dialogues sur la Religion Naturelle (1779), concernant la preuve téléologique. D’après cette preuve, tout ce qui contient de l’ordre ou de la finalité est le produit d’une intelligence. L’univers contenant de l’ordre et de la finalité, il doit être l’œuvre d’une intelligence. C’est possible, répond Hume, mais qu’est-ce qui prouve que cette intelligence n’a pas depuis abandonné l’univers ? Cette objection n’a de valeur que si l’on conçoit Dieu comme étant dans le temps. Si Dieu est temporel, il peut changer, et il peut alors à un moment donné organiser l’univers, puis ensuite l’abandonner. Mais si Dieu est hors du temps, il ne peut pas changer, il ne peut donc pas abandonner l’univers. Or la conception temporelle de Dieu est absurde, si l’on admet que Dieu est la cause du temps. Cela reviendrait à dire que le temps préexiste à sa propre création. Et le temps est justement ce que cherche à expliquer la preuve téléologique, puisque le temps est une dimension qui ordonne les événements entre eux. En l’expliquant par Dieu, la preuve téléologique implique que Dieu soit intemporel. Et si Dieu est intemporel, il est immuable, il ne peut pas changer. Il ne peut donc pas abandonner l’univers à son sort. L’objection de Hume est donc absurde. Dans la prochaine émission, nous étudierons une autre objection.

11. La preuve téléologique n’implique-t-elle pas le polythéisme ?

[podcast]http://www.radioarcenciel.com/53480231.sam.mp3[/podcast]

C’est l’une des objections de David Hume, dans ses Dialogues sur la Religion Naturelle (1779). D’après la preuve téléologique, tout ce qui contient de l’ordre et de la finalité est l’œuvre d’une intelligence. L’exemple classique est celui d’une montre, cet objet complexe est l’œuvre d’un horloger. Or, de la même manière, l’univers est complexe, contient de l’ordre et de la finalité. Par analogie, il doit être l’œuvre d’une intelligence surnaturelle, identifiée à Dieu. Mais, réplique Hume, ne devrait-on pas appliquer l’analogie jusqu’au bout ? Lorsque les hommes construisent des choses complexes, ils sont souvent en groupe. Alors pourquoi l’univers n’aurait-il pas été créé par plusieurs dieux ? On pourrait répondre en invoquant le principe d’Ockham : « les entités ne doivent pas être multipliées au-delà de ce qui est nécessaire ». Si un seul Dieu suffit à explique l’univers, alors on ne doit pas affirmer inutilement le polythéisme. Mais Hume pense que ce principe ne s’applique pas à son objection, parce que nous ne savons pas si un seul Dieu aurait assez de puissance pour ordonner l’univers tout entier. Richard Swinburne, dans The Existence of God (2004), répond que s’il y avait plusieurs divinités, alors on devrait s’attendre à voir les traits caractéristiques de l’ouvrage des différentes divinités dans les différentes parties de l’univers. Or les lois physiques semblent identiques partout dans l’univers. Dans la prochaine émission, nous étudierons une autre objection.

12. Et si l’univers ressemblait davantage à un organisme qu’à une machine ?

[podcast]http://www.radioarcenciel.com/26646959.sam.mp3[/podcast]

C’est l’une des objections de David Hume, dans ses Dialogues sur la Religion Naturelle (1779), contre la preuve téléologique. D’après cette preuve, tout ce qui contient de l’ordre et de la finalité est l’œuvre d’une intelligence. Tel est le cas d’une montre, par exemple, où l’agencement des pièces permettant d’indiquer l’heure est l’œuvre d’un horloger. Or l’univers lui-même ressemble à une machine complexe, et on peut en déduire, par analogie, qu’il est lui aussi l’œuvre d’une intelligence. Mais d’après Hume, l’analogie de la machine implique un concepteur, mais si l’on compare l’univers à un organisme, disons une plante, alors on pourrait se dispenser de faire appel à un concepteur. En effet, les plantes sont des êtres vivants, organisés, mais qui n’ont pas de concepteur apparent, comme il y en a derrière chaque machine. L’objection semble valide contre l’argument analogique de William Paley, mais non pas contre l’argument de la régularité de Richard Swinburne, exposé dans The Existence of God (2004). En effet, l’ordre de l’univers est contingent, il aurait pu être chaotique. Il faut donc l’expliquer. De même, il existe des organismes vivants, mais cette existence dépend de l’ordre, qui est contingent. On peut être tenté d’invoquer les lois physiques, mais c’est elles-mêmes qu’il faut expliquer. La réponse la plus plausible, selon Swinburne, reste donc que l’univers est l’œuvre d’une intelligence. Dans la prochaine émission, nous étudierons une autre objection.

13. L’ordre ne peut-il pas résulter du hasard ?

[podcast]http://www.radioarcenciel.com/49244141.sam.mp3[/podcast]

C’est l’une des objections classiques contre la preuve téléologique. D’après cette preuve, tout ce qui contient de l’ordre et de la finalité est le produit d’une intelligence. Une montre, par exemple, est l’œuvre d’un horloger. De même, l’univers contient de l’ordre et de la finalité, il est donc le produit d’une intelligence. Mais si l’ordre peut résulter du hasard, comme le pense David Hume dans ses Dialogues sur la Religion Naturelle (1779), alors il n’est plus nécessaire de postuler l’existence d’une intelligence surnaturelle. Richard Swinburne étudie cette objection dans The Existence of God (2004). Si le hasard peut produire de l’ordre, cela signifie qu’il y a des périodes de chaos et des périodes d’ordre, l’ordre étant un état émergeant du chaos. Mais cela n’explique pas pourquoi l’univers n’est pas actuellement dans un état chaotique. Et en réalité, une explication par le hasard s’amoindrie avec le temps. Si l’on explique l’état de l’univers aujourd’hui par le hasard, alors demain la probabilité que l’univers soit ordonné sera amoindrie, et après-demain plus encore. En effet, il est peu probable que la régularité persévère dans le temps si elle n’est que le produit du hasard. Par conséquent, selon Swinburne, il est moins raisonnable de faire appel au hasard plutôt qu’à Dieu pour expliquer l’ordre dans l’univers. La preuve téléologique reste donc valide. Dans la prochaine émission, nous étudierons une autre objection.

14. La théorie de l’évolution réfute-elle la preuve téléologique ?

[podcast]http://www.radioarcenciel.com/04986941.sam.mp3[/podcast]

La théorie de l’évolution est inspirée de l’Origine des Espèces (1859) de Charles Darwin. D’après lui, on peut expliquer la diversité des espèces sans faire appel à la moindre intention divine. L’évolution des espèces serait le fruit d’un processus de complexification progressive des organismes vivants, par mutations successives lors de la reproduction. L’adaptation des organismes à leur environnement viendrait de la sélection naturelle, les moins adaptés, incapables de survivre, étant progressivement éliminés. Dans la mesure où une explication naturelle semble suffisante, certains athées, tels que Richard Dawkins dans The God Delusion (2006), pensent que la théorie de l’évolution réfute la preuve téléologique de l’existence de Dieu. Néanmoins, on ne peut pas exclure que l’évolution des espèces puisse être l’instrument par lequel Dieu réalise ses intentions. Ensuite, comme le fait remarquer Peter Geach, l’évolution des espèces présuppose la reproduction, suffisamment étroite pour qu’il y ait perpétuation de l’espèce, mais non trop étroite pour qu’il y ait des mutations. Cela peut fournir un argument en faveur de l’existence d’une intention minutieuse. Enfin, l’évolution des espèces n’est qu’un ordre biologique particulier, au sein de l’ordre physique plus général. Or cet ordre est contingent, l’univers aurait pu être chaotique. L’explication de son existence, comme le suggère Richard Swinburne, implique l’existence d’une intention divine. La preuve téléologique n’est donc pas réfutée par la théorie de l’évolution. Dans la prochaine émission, nous étudierons une autre objection.

15. Les désordres dans l’univers ne réfutent-ils pas la preuve téléologique ?

[podcast]http://www.radioarcenciel.com/27985620.sam.mp3[/podcast]

D’après la preuve téléologique, tout ce qui contient de l’ordre et de la finalité est le produit d’une intelligence. C’est le cas par exemple d’une montre, qui contient de l’ordre et de la finalité, elle est l’œuvre d’un horloger. La preuve téléologique affirme que cela vaut également pour l’univers : il contient de l’ordre et de la finalité, il doit donc être le produit d’une intelligence. Mais, réplique David Hume dans ses Dialogues sur la Religion Naturelle (1779), l’univers contient également de nombreux désordres, de nombreux maux. Cela, on ne peut pas le contester. Cela veut-il donc dire, comme le pensait Epicure, que Dieu n’est pas totalement bon, ou qu’il n’est pas totalement omnipotent ? Il faut remarquer deux choses sur ce point. D’une part, comme le remarque Swinburne, dans The Existence of God (2004), cette objection n’affecte pas la preuve téléologique. En effet, elle n’a pas pour but de démonter que Dieu est bon ou omnipotent, mais seulement qu’il y a une intention à l’origine de l’univers. D’autre part, il faut remarquer que même les choses mauvaises peuvent avoir été conçues. Une montre, même imparfaite, reste l’œuvre d’un horloger. Les partisans de la preuve téléologique n’affirment pas que toute chose doit être parfaite, mais seulement qu’il y a de l’ordre et qu’il faut l’expliquer. La preuve téléologique reste donc valide. Dans la prochaine émission, nous étudierons une autre objection.

16. Tous les univers possibles ne sont-ils pas tous aussi peu probables ?

[podcast]http://www.radioarcenciel.com/55279088.sam.mp3[/podcast]

Généralement, on pense que plus une chose est complexe, moins elle est probable. C’est l’une des raisons pour lesquelles la complexité est le signe de l’intelligence, plutôt que du hasard. Or notre univers est lui-même très complexe, selon les partisans de la preuve téléologique. Il est ordonné et permet la vie, alors qu’il aurait pu être chaotique ou hostile à la vie. Par conséquent, il doit y avoir une intention divine à son origine. L’objection statistique affirme que parmi plusieurs options, toutes sont d’égale valeur. Par exemple, à la loterie, toutes les combinaisons sont d’égale valeur, bien que seule l’une d’elle sera tirée. Si l’on applique cette objection à l’univers, il n’y a plus aucune raison de penser qu’il était improbable et qu’il doit donc être l’œuvre de Dieu. En réalité, c’est un sophisme qui réduit les catégories aux individus. Tous les univers possibles ont autant de chance de se produire, mais s’il y a peu d’univers complexes possibles, alors un univers de type complexe sera peu probable. Enfin, de même qu’il faut une machine pour qu’une combinaison possible soit tirée à la loterie ; il faut qu’il existe un être nécessaire afin qu’il réalise l’un des univers possibles, ce qui conduit à la preuve cosmologique. L’objection statistique ne réfute donc pas les arguments en faveur de l’existence de Dieu. Dans la prochaine émission, nous étudierons une autre objection.

17. L’hypothèse des multivers réfute-elle la preuve téléologique ?

[podcast]http://www.radioarcenciel.com/33715522.sam.mp3[/podcast]

Pour comprendre cette question, rappelons ce qu’est la preuve téléologique. D’après celle-ci, plus une chose est complexe, plus il est probable qu’elle soit l’œuvre d’une intelligence. Or notre univers est très complexe, ces lois et ces constantes physiques sont très précisément ajustées pour permettre la vie. Une moindre différence aurait suffit à rendre la vie impossible. Notre univers est l’un des seuls, parmi tous les univers possibles, à supporter la vie. La complexité étant le signe de l’intelligence, il est très probable que notre univers soit l’œuvre de Dieu. Mais l’hypothèse des multivers, c’est-à-dire de l’existence de multiples univers, semble contredire cette conclusion. Si tous les univers possibles existaient réellement, alors un univers complexe ne serait pas moins probable qu’un univers chaotique, il n’y aurait donc plus besoin de postuler l’existence d’une intelligence pour expliquer la complexité. Toutefois, on reproche à cette hypothèse de manquer de fondement scientifique, et d’autre part, de violer le principe de parcimonie d’après lequel il ne faut pas multiplier les entités inutilement. Certains, tels que Robin Collins, pensent qu’elle renforce la preuve téléologique, puisque qu’un multivers serait plus complexe qu’un univers unique. Enfin, un multivers ne serait pas moins contingent qu’un univers unique, il faudrait donc faire appel à une cause nécessaire pour l’expliquer, et nous reviendrions à la preuve cosmologique. Dans les prochaines émissions, nous étudierons les preuves morales en faveur de l’existence de Dieu.

18. Le principe anthropique faible réfute-il la preuve téléologique ?

[podcast]http://www.radioarcenciel.com/58888161.sam.mp3[/podcast]

Le principe anthropique faible, comme son nom l’indique, est relatif aux hommes. En effet, anthropos signifie « homme » en grec. D’après ce principe, l’homme ne peut observer l’univers que si les lois et les constantes physiques permettent l’apparition de l’homme. Il va de soi que si l’univers était hostile à la vie, nous ne pourrions pas l’observer, puisque nous n’existerions pas. Si nous pouvons observer l’univers, c’est qu’il est favorable à la vie. Par conséquent, ainsi va l’argument, il ne faut pas s’étonner de ce que l’univers soit favorable à la vie, et il est donc inutile de recourir à l’idée d’une intention divine pour l’expliquer. Il faut bien l’avouer, cette objection contre la preuve téléologique est un grossier sophisme. Pour le comprendre, le philosophe John Leslie a proposé une analogie. Si vous êtes sur un peloton d’exécution et que tous les tireurs vous manquent, il n’est pas étonnant que vous puissiez constater que vous avez survécu. En revanche, ce qui est étonnant, c’est que tous les tireurs vont aient manqué, car ils auraient pu ne pas vous manquer. Il en va de même concernant l’univers, si les lois ou les constantes physiques avaient été légèrement différentes, la vie serait impossible, et nous ne serions pas là pour l’observer. La preuve téléologique qui s’étonne de ce fait conserve donc toute sa pertinence. Dans la prochaine émission, nous conclurons sur la preuve téléologique.

19. Que valent les preuves téléologiques ?

[podcast]http://www.radioarcenciel.com/56269407.sam.mp3[/podcast]

Au cours des vingt dernières émissions, nous avons étudié les différentes preuves téléologiques, ainsi que leurs objections. De toutes les versions existantes de la preuve téléologique, de celles qui ont le mieux résisté aux objections, nous pouvons en retenir deux : la preuve par la régularité et la preuve par le bon réglage. La première part de la contingence de l’existence d’un ordre pour en déduire l’existence de Dieu ; la seconde part de la contingence d’un ordre qui permet la vie, pour en déduire l’existence de Dieu. Dans les deux cas, la contingence joue un rôle fondamental. La contingence, c’est le fait que les faits auraient pu être autrement, que la réalité, telle qu’elle est, est une possibilité parmi d’autres, et qu’il doit y avoir une raison expliquant pourquoi est-ce cette possibilité qui est réalisée plutôt qu’une autre. L’univers aurait pu être hostile à la vie, il aurait même pu être chaotique. Alors pourquoi est-il ordonné ? La science empirique ne peut l’expliquer, puisqu’elle repose sur les lois et les constantes physiques dont on interroge justement la raison de l’existence. Le hasard, étant l’absence de raison, ne peut pas être une explication. Il faut donc faire appel à une intention divine, qui a organisé l’univers de telle sorte qu’il soit favorable à la vie. Ce raisonnement est proche de celui de la preuve cosmologique, comme nous le verrons dans la prochaine émission.

20. Quel bilan peut-on tirer des preuves classiques de l’existence de Dieu ?

[podcast]http://www.radioarcenciel.com/29161047.sam.mp3[/podcast]

Nous avons étudié les preuves classiques de l’existence de Dieu, ainsi que les objections auxquelles elles ont du faire face. Parmi ces preuves, deux nous ont paru convaincantes : la preuve cosmologique, qui s’appuie sur l’existence du monde, et la preuve téléologique, qui s’appuie sur l’ordre du monde. Nous avons remarqué une structure argumentative commune entre ces deux preuves, selon la version en question. Dans les deux cas, l’essentiel de l’argumentation s’appuie sur la contingence des faits. À chaque fois, nous pouvons nous interroger sur la raison de l’existence ou de la manière d’être de ces choses. L’univers est favorable à la vie, mais il aurait pu y être hostile. Cela dépendait des lois et des constantes physiques. Mais pourquoi sont-elles ainsi plutôt qu’autrement ? Elles auraient pu être différentes, voir même ne pas exister. L’univers aurait pu être chaotique. On peut même s’interroger sur l’existence de l’univers. Pourquoi existe-il ? Et pourquoi est-il ainsi plutôt qu’autrement ? Si, comme le postule le rationalisme, toute chose a une raison, une explication, à son existence et à sa manière d’être, il doit y avoir quelque chose de nécessaire. Or le concept d’une telle chose, lorsqu’on l’analyse, correspond à celui de Dieu. Il n’y a que deux alternatives à l’idée de Dieu : douter de la raison, comme le fit Kant ; ou nier la raison, comme le firent Nietzsche et Sartre.

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