01. La notion de « création » est-elle absurde ?

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Dans son pamphlet contre le christianisme, Les douze preuves de l’inexistence de Dieu, Sébastien Faure affirme que la notion de création est absurde. Pour le démontrer, il distingue, d’autre part, la notion de « fabrication », qui consiste à produire un objet à partir d’éléments préexistant ; et d’autre part, la notion de « création », qui consiste à produire un objet à partir de rien. Or du néant, on ne peut pas en faire quelque chose. Par conséquent, dire que l’univers a été créé par Dieu est une absurdité. En réalité, Sébastien Faure se trompe dans sa compréhension de la notion de « création ». Pour s’en convaincre, il suffit de lire le livre de la Genèse. Il y est écrit non seulement que Dieu à créé l’univers à partir de sa parole, mais qu’il a également créé l’homme, à partir de son souffle et de la terre, qu’il avait préalablement créée. « Créer », ce n’est donc pas produire quelque chose à partir de rien, ce qui serait effectivement absurde, mais à partir de rien d’autre que soi. C’est à partir de sa parole, de son souffle, que Dieu a créé toute chose, sans avoir besoin d’aucun autre élément préexistant. Sébastien Faure a donc mal compris la notion de « création ex-nihilo », et c’est à cause de cela qu’il l’a rejeté. Dans la prochaine émission nous étudierons une autre de ses objections.

Voyez : Genèse 1-2 ; Psaumes 33.6 ; Proverbes 8.22-26 ; Jean 1.3 ; Hébreux 3.4 ; Apocalypse 4.1.

02. Un esprit peut-il déterminer quelque chose de matériel ?

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Dans Les douze preuves de l’inexistence de Dieu, Sébastien Faure tente de démontrer que l’idée d’un Dieu créateur est incohérente. Cette idée impliquerait que Dieu, qui est esprit, soit capable de déterminer l’univers, qui est matériel. Or, d’après Sébastien Faure, l’esprit et la matière sont deux choses de natures radicalement différentes. Pour reprendre l’expression de Descartes, ce sont deux « substances », deux ordres de réalité irréductibles l’un à l’autre. Il ne peut donc y avoir aucun lien de causalité entre les deux. Il est impossible que Dieu soit le créateur de l’univers. En réalité, ce dualisme n’est pas biblique. Tout d’abord, les termes nephesh et rouah, que l’on traduit par « âme » et « esprit », signifient plutôt la « vie » et le « souffle ». Ce sont des termes biologiques. Ensuite, d’après la Bible, le monde matériel est le produit de la parole, du souffle, de Dieu, et toute chose subsiste en lui. Dieu contient toutes réalités, y compris matérielles. Si elles étaient hors de lui, elles le limiteraient, et Dieu ne serait plus infini. On pourrait se représenter la réalité comme étant la pensée de Dieu, c’est la parole de Dieu qui lui donne sa substance. Il n’y a donc pas d’opposition entre l’esprit et la matière. Sébastien Faure cherche une contradiction là où il n’y en a pas. Dieu peut tout à fait déterminer le monde matériel. Dans la prochaine émission, nous étudierons une autre objection.

Voyez : Actes 17.28 ; Colossiens 1.16-17.

03. Comment Dieu, s’il est parfait, peut-il être la cause d’un univers imparfait ?

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C’est l’une des objections de Sébastien Faure, dans Les douze preuves de l’inexistence de Dieu, contre l’idée du Dieu créateur. Si Dieu est parfait, ses œuvres sont nécessairement parfaites ; or notre univers est imparfait ; par conséquent, Dieu ne peut pas en être le créateur. Que répondre à cette objection ? Il faudrait examiner ce qu’est un monde parfait. Un tel monde est tel qu’on ne peut en concevoir de meilleur. C’est le « paradis », un monde où règne le bien. Mais dans un tel monde, ou bien le mal est impossible, ou bien nul ne le fait. Si le mal est impossible, nul n’est libre de choisir entre le bien et le mal. C’est un monde sans liberté. Et si, au contraire, tous sont libres, mais qu’aucun ne fait le mal, cela signifie que les êtres ont été sélectionnés pour ce qu’ils feraient, plutôt que pour eux-mêmes. C’est un monde sans amour. Comme tel, le paradis est sans liberté, ou sans amour. Le paradis ne peut être parfait que s’il y a un monde antérieur, où des êtres bons et mauvais, peuvent le choisir librement. Ce premier monde pourrait être dit « parfait », précisément au sens où il correspondrait à ce que Dieu attend de lui. Un tel monde pourrait être le notre. L’argument de Sébastien Faure n’est donc pas valide. Dans la prochaine émission, nous étudierons une autre objection.

Voyez : Genèse 1-2 ; Genèse 2.17 ; 4.7 ; Deutéronome 30.15-20 …

04. Dieu était-il vraiment « Dieu » avant la Création ?

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C’est l’une des questions que pose Sébastien Faure dans Les douze preuves de l’inexistence de Dieu. Qu’est-ce que Dieu ? C’est un être éternel qui a créé l’univers. Dieu est éternel, cela signifie qu’il a toujours existé. Il n’y a pas un temps où il n’existait pas. Dieu est aussi le créateur. C’est en effet ce qui fait qu’il est Dieu, il est la cause de toute chose. Il y a d’une part les créatures et d’autre part le Créateur. C’est ce qui le caractérise parmi toutes les autres choses. Mais alors, qu’était Dieu avant la Création ? Car Dieu existait déjà avant que la moindre chose ne soit créée. Et à ce moment là, il n’était pas encore le « Créateur ». Alors était-il vraiment Dieu avant d’avoir créé l’univers ? La question que pose Sébastien Faure repose sur une double erreur. Tout d’abord, l’éternité n’est pas une durée infinie. L’éternité, c’est être hors du temps. Dieu est le créateur du temps, il n’est donc pas lui-même temporel. Ensuite, Dieu n’est pas créateur par nature. L’acte de la création est un acte libre. Même si Dieu n’avait pas créé l’univers, il serait toujours Dieu. Ce qui fait que Dieu est Dieu, c’est qu’il est un être Absolu, totalement inconditionnel. Dieu est Dieu, qu’il créé ou non. Il était donc bien déjà « Dieu » avant de créer. Dans la prochaine émission, nous étudierons une autre objection.

Voyez : Genèse 1 (Dieu est « avant » le commencement du temps et de la création).

05. Si Dieu est immuable, comment a-t-il pu créer l’univers ?

[podcast]http://www.radioarcenciel.com/99344879.sam.mp3[/podcast]

C’est l’une des objections de Sébastien Faure, dans Les douze preuves de l’inexistence de Dieu, contre l’idée du Dieu créateur. Dieu est immuable, cela signifie qu’il ne change pas. En effet, un changement ne peut avoir lieu que dans le temps, or Dieu est hors du temps, puisqu’il l’a créé. Etant intemporel, Dieu est immuable. Le problème, c’est que la notion de Création semble impliquer un changement. La Création commence à un moment précis, le moment où Dieu créer l’univers. Comment Dieu peut-il à la fois être immuable et agir à un moment précis ? Cette question résulte d’une confusion de perspective entre l’éternité et la temporalité. Dieu est éternel, par conséquent, il perçoit et agit sur l’univers d’un point de vue éternel. C’est un peu comme s’il avait face à lui une pellicule vidéo, où chaque vignette raconterait chaque instant de l’univers. Toutes les époques sont présentes face à Dieu. Au contraire, pour nous qui sommes dans ce film, nous vivons la succession des instants de l’univers, comme si le film était lu. Nous avons l’impression, de notre point de vue, que le commencement de la pellicule vidéo a eu lieu dans le temps, alors qu’en réalité, c’est sa lecture qui commence dans le temps. De même, Dieu créé l’univers hors du temps, même si nous, nous avons l’impression qu’il commence à un moment donné. Dans la prochaine émission, nous étudierons une autre objection.

Voyez : Jérémie 1.5 (Dieu connaît et agit sur l’histoire « avant » qu’elle ne se produise).

06. Pourquoi Dieu a-t-il créé l’univers ?

[podcast]http://www.radioarcenciel.com/30750042.sam.mp3[/podcast]

C’est l’une des questions posées par Sébastien Faure dans Les douze preuves de l’inexistence de Dieu. D’après lui, on ne peut trouver aucune raison pour laquelle Dieu a créé l’univers. En effet, Dieu est parfait. Il est parfaitement sage, parfaitement heureux, parfaitement autosuffisant. Dieu est infini, or l’infini est insensible aux additions et aux soustractions. Dieu ne peut rien gagner ni rien perdre. Dieu ne manque de rien, il n’a aucun besoin. Il n’a aucun désir, puisque le désir est un sentiment d’attirance envers quelque chose que l’on n’a pas, or Dieu ne manque de rien. Dieu est parfait, infini, il n’a ni besoin, ni désir. Mais alors pourquoi a-t-il créé l’univers ? Il lui fallait bien un intérêt, un motif. S’il a agit sans motif, c’est un acte dément, or Dieu est sage. Nous semblons être face à contradiction insurmontable. En réalité, Sébastien Faure confond deux notions très distinctes : l’intérêt et le motif. Il est vrai que le motif de la création divine n’est pas intéressé, car Dieu n’avait rien à gagner. Mais Dieu étant sage, il devait avoir un motif, et ce motif peut être désintéressé. La Création est le don gratuit de l’existence. Et le don étant un geste d’amour, nous apprenons par là que Dieu est amour. L’amour, c’est là le motif de la Création divine. Dans la prochaine émission, nous étudierons une autre objection.

Voyez : 1 Jean 4.7-21 (« Dieu est amour », ses intentions sont donc marquées par l’amour).

07. Dieu est-il incompréhensible ?

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C’est ce que les chrétiens sont parfois tentés de répondre face aux athées. Sébastien Faure l’avait lui-même anticipé dans Les douze preuves de l’inexistence de Dieu. D’après lui, l’idée de Dieu souffre de multiples contradictions. On pourrait lui répondre que Dieu est peut être incompréhensible. Selon un argument classique, Dieu est infini, or notre intelligence est finie, nous ne pouvons donc pas saisir l’infini. Les chrétiens qui empruntent ce chemin tombent inévitablement dans l’agnosticisme : si Dieu est incompréhensible, cela veut dire qu’il est indescriptible, que l’objet de notre foi est indéterminé. L’incompréhensibilité de Dieu revient à détruire la foi. Sébastien Faure l’avait bien compris. Mais Dieu est-il vraiment incompréhensible ? Dieu se comprend au moins lui-même ; et, dans la mesure où il a créé l’univers par son intelligence, et que nous pouvons comprendre l’univers, cela signifie que notre intelligence est commune avec celle de Dieu, et que nous pouvons donc comprendre Dieu lui-même. Dieu est infini, c’est vrai, mais l’idée de Dieu elle ne l’est pas. Attention, l’idée d’infini n’est pas infinie, de même que l’idée de lourdeur n’est pas lourde. Le concept de Dieu est brièvement descriptible, c’est l’« Être Absolu », et cela nous pouvons parfaitement le comprendre. Sa volonté est probablement plus difficile à connaître, parce qu’elle prend en compte de nombreux paramètres, mais ça c’est une autre histoire. Dans la prochaine émission, nous étudierons une autre objection.

Voyez : Job 38-42 (la volonté de Dieu est complexe) ; Romains 1.18-21 (sa nature est connaissable).

08. L’univers a-t-il une cause ?

[podcast]http://www.radioarcenciel.com/38779920.sam.mp3[/podcast]

Pour défendre l’existence de Dieu, certains chrétiens avancent la preuve cosmologique. D’après cette preuve, tout chose à une raison qui explique son existence et sa manière d’être. Si elle dépend d’une cause extrinsèque, la chose en question ne s’explique pas par elle-même. Si elle est intrinsèque, c’est que la chose est nécessaire, elle existe par elle-même. Or pour qu’une chose soit nécessaire, elle doit être éternelle (car si elle naît, elle doit avoir une cause), elle doit être simple (sinon elle dépendrait de la composition de ses parties), elle doit être infinie (sinon la raison de sa limitation devrait résider dans ce qui la limite) et elle doit être unique (car s’il y en avait plusieurs, une caractéristique contingente permettrait de les distinguer, ce qui est contraire à la nécessité). Une telle chose, que nous appelons « Dieu », ne ressemble pas à l’univers, et elle en est donc sa cause. Sébastien Faure, dans Les douze preuves de l’inexistence de Dieu, formule une remarque intéressante : si la cause est éternelle, l’effet devrait l’être également. Il a raison, l’univers est éternel. La création est éternelle. Le temps n’est qu’une dimension interne à l’univers. Il en va de même qu’avec la pellicule d’un film : toutes les vignettes coexistent, si n’est que si nous lisons le film qu’elles se succèdent les unes après les autres. Dans la prochaine émission, nous étudierons une autre objection.

09. Si Dieu est un créateur parfait, pourquoi doit-il intervenir dans sa création ?

[podcast]http://www.radioarcenciel.com/48882681.sam.mp3[/podcast]

C’est l’une des questions que pose Sébastien Faure dans Les douze preuves de l’inexistence de Dieu. Si Dieu est parfait, et qu’il est créateur, il est nécessairement un créateur parfait. Et s’il est un créateur parfait, ses œuvres doivent être parfaites. Mais si ses œuvres sont parfaites, il ne devrait pas intervenir dans sa Création. Car s’il intervient, c’est qu’il doit opérer quelques changements, quelques corrections, des ajustements, c’est donc que sa création n’est pas parfaite. Et si sa création n’est pas parfaite, c’est qu’il n’est pas un créateur parfait. Autrement dit, il y a une contradiction à ce que Dieu soit à la fois créateur et en même temps un souverain interventionniste dans sa création. En réalité, la difficulté que soulève Sébastien Faure provient du fait qu’il pense Dieu comme s’il était temporel. Or Dieu n’est pas temporel, mais intemporel, il est éternel. Dieu ne créer donc pas l’univers dans un premier temps, puis ensuite y opère quelques ajustements dans un second temps. La création et l’intervention sont un seul et même acte, un acte éternel, hors du temps. Dans l’éternité, Dieu choisit l’existence et la manière d’être de l’univers, et il accomplit ce choix par un seul et même acte. Mais cela n’empêche pas que nous, qui vivons dans le temps, nous ayons l’impression que ce sont des actes différents. Dans la prochaine émission, nous étudierons une autre objection.

10. Pourquoi Dieu permet-il qu’il y ait une multiplicité de religions ?

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C’est l’une des objections que formule Sébastien Faure, dans Les douze preuves de l’inexistence de Dieu. Dieu est, dit-on, souverain, infiniment puissant et infiniment juste. Mais si cela est vrai, pourquoi existe-il une multiplicité de religions ? Chaque religion affirme quelque chose de particulier sur le divin, quelque chose qui la singularise vis-à-vis des autres religions, et qui bien souvent entre en contradiction avec la théologie des autres religions. Les religions sont contradictoires entre elles. Si Dieu existe, pourquoi ne nous permet-il pas de savoir laquelle est vraie ? Dieu aurait pu se révéler à l’ensemble de l’humanité, sans passer par des prophètes, dont les propos et les miracles se contredisent. Au lieu de cela, Dieu nous laisse dans la confusion. Or Dieu est sensé être juste, il devrait vouloir éviter la confusion. Il est également puissant, il devrait pouvoir l’éviter. Si la situation est telle, c’est tout simplement le signe que Dieu n’existe pas. Le raisonnement de Sébastien Faure semble solide, mais en réalité, il omet une considération. Dieu ne se connaît pas seulement par la révélation, mais aussi par le raisonnement (cf. Romains 1.20). La connaissance de Dieu est donc naturellement et universellement accessible. Il laisse les hommes libres de l’accepter ou de la refuser. Par conséquent, la multiplicité des religions provient du refus d’examiner sincèrement la théologie rationnelle. Dans la prochaine émission, nous étudierons une autre objection.

Voyez : Romains 1.20

11. Si Dieu est bon, pourquoi envoie-t-il des personnes en enfer ?

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C’est l’une des questions que pose Sébastien Faure, dans Les douze preuves de l’inexistence de Dieu. D’après lui, l’existence de l’enfer contredit la bonté de Dieu. Si Dieu est bon, il pourrait accueillir tous les hommes aux paradis. Mais Sébastien Faure semble prendre immédiatement conscience des problèmes posés par cette hypothèse : Dieu rétribuerait aussi bien ceux qui sont bons que ceux qui sont mauvais, ce qui reviendrait à dire que Dieu est injuste. Aussi modère t-il son hypothèse : si Dieu est bon et juste, même s’il n’accueille que les bons au paradis, au moins pourrait-il anéantir les mauvais, plutôt que de les envoyer en enfer. Mais même modérée, cette hypothèse est insatisfaisante. Si Dieu anéanti les injustes, plutôt que de les punir, cela revient à dire que l’injuste n’aura jamais à rendre compte de ces actes. Si mourir revient simplement à cesser d’exister, c’est-à-dire sans qu’il y ait le moindre jugement ou la moindre peine, alors l’injuste n’a rien à craindre, tant qu’il parvient à échapper à la justice temporelle. Il n’y a pas d’effet dissuasif, et il n’aura pas à rendre compte de ses actes, ce qui revient à encourager le mal. C’est pourquoi Socrate, dans le dialogue platonicien du Gorgias, affirme la nécessité de l’existence d’un enfer, comme moyen de dissuasion et d’accomplissement d’une justice parfaite. Dans la prochaine émission nous étudierons un autre argument de Sébastien Faure.

12. Si Dieu est bon et tout-puissant, pourquoi permet-il le mal ?

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C’est une question tout à fait classique que pose Sébastien Faure dans ses Douze preuves de l’inexistence de Dieu. L’existence de Dieu semble incompatible avec celle du mal. En effet, si Dieu existe, dans la mesure où il est bon et tout-puissant, il ne veut pas du mal et peut le supprimer. L’existence du mal semble donc contredire l’existence de Dieu. L’une des réponses classiques consiste à dire que Dieu a voulu les hommes libres, car la liberté est un bien, mais qui implique aussi la capacité à faire le mal. Sébastien Faure écarte cette réponse, car, d’après lui, elle n’explique en rien le mal physique, qui ne dépend pas de l’homme. Mais peut-on vraiment isoler les actions personnelles des événements naturels ? Si l’on pense le réel comme étant un système, où tous les éléments sont en interaction, il devient plus difficile d’isoler complètement le mal physique du mal moral. Pour reprendre la célèbre image de l’horloger, c’est un peu comme si Dieu avait créé une montre parfaite, mais dont les ressorts seraient libres de lui désobéir, capables de dérégler ainsi tout le mécanisme minutieux de la montre. Dans ce cas de figure, le mal ne serait plus incompatible avec l’existence de Dieu, il s’expliquerait par la liberté des créatures, et ce pourrait être une image du « péché originel ». Dans la prochaine émission, nous étudierons une autre objection.

13. Dieu est-il responsable des pensées et des actes des hommes ?

[podcast]http://www.radioarcenciel.com/77121537.sam.mp3[/podcast]

C’est l’une des questions que pose Sébastien Faure dans ses Douze preuves de l’inexistence de Dieu. D’après lui, les hommes sont irresponsables de leurs actes. En effet, c’est Dieu qui leur a donné l’existence, qui leur a attribué leurs capacités et qui a déterminé leur environnement. Dieu a donc déterminé les hommes et c’est donc lui qui est responsable. L’argument de Sébastien Faure est que le déterminisme exclu la liberté. Mais trois siècles auparavant, le philosophe Thomas Hobbes avait déjà répondu à ces arguments. L’idée d’une liberté indéterminée reviendrait à dire qu’elle est involontaire. En effet, l’homme est responsable dans la mesure où il délibère, et cette délibération ne peut s’accomplir que s’il y a détermination envers une alternative plutôt qu’une autre. C’est la détermination qui fait la volonté, ce n’est donc pas une contrainte, puisque la volonté se l’approprie. Par exemple, un fils de musicien a de forte de chance de vouloir devenir lui-même musicien. Même s’il y a eu des déterminations sociologiques, il est pleinement responsable de son choix, puisqu’il est volontaire. Le père, quant à lui, n’est responsable que de cette possibilité, mais non de son accomplissement, puisque ce n’est pas lui qui effectue le choix. Il en va de même en ce qui nous concerne : c’est bien nous-mêmes qui effectuons volontairement nos choix, et nous en sommes donc responsables. Dans la prochaine émission, nous étudierons une autre objection.

14. Le paradis et l’enfer sont-ils injustes ?

[podcast]http://www.radioarcenciel.com/15265440.sam.mp3[/podcast]

C’est l’une des questions que pose Sébastien Faure dans ses Douze preuves de l’inexistence de Dieu. D’après lui, le paradis et l’enfer sont injustes. En effet, ce qui est juste respecte la proportion entre, d’une part, les fautes ou les mérites, et, d’autre part, la peine ou la récompense. Or, en ce qui concerne le paradis et l’enfer, c’est du « tout ou rien ». Petite faute ou grande faute, c’est la même chose. Petit mérite ou grand mérite, c’est aussi la même chose. De plus, le paradis et l’enfer sont éternels, alors que les fautes ou les mérites sont très limités dans le temps. Il semble donc que le paradis et l’enfer soient injustes. Par ces objections, Sébastien Faure manifeste son ignorance concernant l’objet de sa critique : ne sait-il pas, par exemple, que Jésus affirme que certains sont jugés plus sévèrement à cause de leurs plus grande responsabilité (cf. Matthieu 10.15 ; Luc 12.47-48) ; ne sait-il pas non plus que Paul affirme que les mérites dépendront des œuvres (cf. 1 Corinthiens 3-4) ? Dieu est juste, il va donc de soi qu’il respectera la proportion entre les œuvres et les rétributions. Enfin, Sébastien Faure confond la sempiternité, qui est une durée infinie, et l’éternité, qui est l’absence de temps. La seconde critique est donc, comme la première, infondée. Dans la prochaine émission, nous étudierons une dernière objection.

15. Le Dieu des philosophes est-il différent de celui des chrétiens ?

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L’expression pascalienne qui consiste à distinguer d’une part « le Dieu des philosophes » et d’autre part « le Dieu des croyants » est très étrange. En effet, les philosophes et les chrétiens s’accordent sur la description de Dieu. Il ne s’agit pas de deux dieux différents, mais bien d’un même et unique Dieu. Si Pascal distinguait d’une part « le Dieu des philosophes » et d’autre part « le Dieu des croyants », c’était non pas pour distinguer deux dieux différents, mais deux relations différentes au même Dieu. Les philosophes ont besoin de Dieu pour comprendre le monde, tandis que les croyants veulent lui remettre leur vie. Mais la formule de Pascal est exagérée, car certains hommes ont été à la fois philosophes et croyants. Saint Augustin, par exemple, est devenu chrétien à la suite d’une révélation, dont il témoigne dans ses Confessions, et il est devenu un des plus grands philosophes chrétiens. Non seulement cette distinction est exagérée, mais elle sert bien souvent une stratégie de dénaturation de la foi chrétienne, dont Sébastien Faure se fait l’exemple dans ses Douze preuves de l’inexistence de Dieu. En distinguant l’intelligence de la foi, il ne lui reste plus qu’à tailler en pièce une conception simpliste de Dieu. Loin de servir une foi authentique, la distinction entre le Dieu des philosophes et des croyants nourrit en réalité les idées reçues des athées et des agnostiques.

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