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sur le site de la Boston Collaborative Encyclopedia of Western Theology
Auteur : Julian GOTOBED | Traducteur : Alexis MASSON (Epistheo.com)

« THE EXISTENCE OF GOD » (1979)

Swinburne - The Existence of GodDans la deuxième édition de The Existence of God, Richard Swinburne déclare que le second volume de sa trilogie sur la philosophie du théisme « est le livre central de tout ce que j’ai écris sur la philosophie de la religion » (Swinburne, 1979, [Seconde Edition 2004, v]). The Existence of God pèse les arguments pour et contre l’affirmation selon laquelle il y a un Dieu. Swinburne soutient que l’affirmation de l’existence de Dieu, ou le théisme, est centrale au Christianisme, au Judaïsme et à l’Islam. Par conséquent, il est tentant de défendre ce qu’il considère comme étant une vérité commune aux trois religions. Le livre considère essentiellement les arguments en faveur de l’existence de Dieu, mais il ne consacre qu’un seul chapitre à l’argument le plus sérieux contre sa thèse, selon Swinburne, à savoir le problème du mal. Pourquoi croire que Dieu existe ? Swinburne répond à cette question en affirmant que Dieu est la meilleure hypothèse pour expliquer la plupart des expériences que font les êtres humains. L’existence de Dieu est l’explication la plus satisfaisante à l’existence de Dieu, à l’opération de lois générales de la nature, à l’évolution des êtres humains, à l’opportunité de développer la personnalité humaine, au témoignage historiquement fiable de la vie, de la mort et de la résurrection de Jésus, et aux affirmations de nombreuses personnes à travers l’histoire d’après lesquels ils ont rencontré Dieu et qu’il les a guidé. La preuve de l’existence de Dieu est cumulative, basée sur des phénomènes observables et des expériences humaines. Swinburne a ensuite rédigé un compte rendu plus accessible de ses arguments en faveur de l’existence de Dieu dans Is There a God ? (1996), et a publié un compte rendu encore plus simple dans The Justification of Theism (disponible sur internet).

Méthode : Un Modèle Inductif d’Argumentation

Swinburne utilise une méthode inductive d’argumentation pour justifier ses arguments en faveur de l’existence de Dieu. Historiquement, fait remarquer Swinburne, des phénomènes tels que l’existence de l’univers et l’expérience religieuse individuelle ont servi de point de départ au plaidoyer des philosophes en faveur de l’existence de Dieu. Ces arguments philosophiques ont une structure commune. Un phénomène qui peut être observé par tout le monde est examiné. Le phénomène sort de l’ordinaire et ne doit pas être attendu dans le cours normal de la vie, à moins que Dieu existe. Ce mode d’argumentation est utilisé en science, en philosophie et dans l’histoire.

Les scientifiques utilisent un modèle inductif d’argumentation pour justifier l’existence d’entités qui ne peuvent pas être observées pour expliquer des phénomènes qu’ils peuvent observer. L’étude de la science par Swinburne le persuade que les progrès importants dans la science moderne concernaient les domaines qui allaient au-delà de l’observation littérale.

L’Existence et l’Ordre de l’Univers

L’existence de l’univers est un phénomène qui fourni la preuve de l’existence de Dieu. Swinburne trouve que l’existence de l’univers est un fait frappant qui demande à être expliqué. La science peut expliquer l’occurrence d’un état de fait par un état de fait précédent. Par conséquent, elle peut expliquer pourquoi les planètes occupent leur position actuelle dans le système solaire par l’état antérieur du système, par exemple, là où étaient le soleil et les planètes l’an dernier. Cependant, la science ne peut pas expliquer pourquoi il y a des choses. La science ne peut pas expliquer pourquoi l’univers existe.

Un deuxième phénomène est l’opération de lois générales de la nature. L’univers est conforme aux lois générales de la nature. La science identifie les lois générales de la nature, mais elle ne peut pas expliquer pourquoi les lois générales de la nature existent. Le pouvoir explicatif de la science est limité. Le projet intellectuel de Swinburne s’occupe d’une question dérivée d’une catégorie d’enquête totalement différente : pourquoi de telles choses existent-elles ? Il soutient que deux types d’explication sont possibles aux être humaines pour expliquer les phénomènes : les explications scientifiques et les explications personnelles.

L’explication scientifique implique l’opération des lois générales de la nature et la référence à un état de choses ; elle n’explique pas l’existence d’un univers ordonné. Les explications personnelles des phénomènes font référence à des personnes et à des intentions. Ainsi, une personne peut causer le mouvement de sa main dans le but d’écrire sur un papier ou une tasse peut être placée sur une table afin de boire son contenu. Soit il y a une explication personnelle de l’univers, soit il n’y a aucune explication. Le théisme est une hypothèse qui propose l’existence de Dieu, ayant créé l’univers, et le maintenant par des opérations ordonnées. Dieu est la plus simple hypothèse ou théorie au fait de l’univers. Dieu est conçu (analogiquement) comme étant une personne qui agit en ayant un but. Il agit directement sur l’univers comme nous agissons directement sur notre cerveau. L’univers n’est pas le corps de Dieu, puisqu’il pourrait détruire l’univers à tout moment, agir sur un autre univers, ou s’en passer.

L’Evolution des Animaux et des Êtres Humains

Swinburne accepte la théorie de Darwin sur la sélection naturelle pour expliquer le développement des êtres humains et des animaux. La théorie de l’évolution est compatible avec le théisme. La théorie de Darwin a deux limites explicatives. Premièrement, elle ne peut pas expliquer ce qui donne lieu à l’opération des principes qui déterminent le développement des êtres humains et des animaux. L’existence et l’action créatrice de Dieu constituent la meilleure explication à ces phénomènes. Dieu a une raison évidente de créer les êtres humains. Il veut faire des créatures qui se partageront son activité créatrice en faisant des choix qui affectent l’environnement dans lequel ils vivent et sur les autres créatrices qui habitent également ce monde. Le fait qu’il y ait un processus visant à créer des êtres humains est la preuve qu’il y a un Dieu derrière le processus. Deuxièmement, la théorie de Darwin n’explique que les changements physiques. Les êtres humains ont aussi des pensées et des sentiments. Ils font l’expérience de désirs, ils formulent des croyances et font des choix. Ces événements mentaux sont différents des événements physiques qui peuvent être observés. Les objets physiques agissent sur nos sens et provoquent une activité électrique dans le cerveau. Ces événements cérébraux provoquent des sensations (couleur, douleur, odorat), des pensées, des désirs, et des croyances. Les événements mentaux sont principalement causés par les événements cérébraux, mais ils sont distincts d’eux. Swinburne pense qu’il est très peu probable que la science soit un jour capable d’expliquer pourquoi les événements cérébraux donnent lieu à des événements mentaux. La capacité de la science à sonder la conscience humaine est limitée. Le théisme, d’autre part, peut rendre compte adéquatement des corrélations entre les événements cérébraux et les événements mentaux. Dieu est responsable de certains événements cérébraux causant certains événements mentaux. Swinburne présuppose un dualisme des substances dans son argument concernant la nature des êtres humains et l’interaction de Dieu avec eux.

Miracles et Expériences Religieuses

Un miracle est une suspension temporaire ou une violation d’une loi de la nature. Certains témoignages d’événements miraculeux sont sans doute faux et certaines occurrences « miraculeuses » sont par la suite expliquées grâce à l’accroissement des connaissances humaines sur l’univers. Pourtant, certains événements sont vraiment des violations des lois de la nature. La résurrection de Jésus-Christ d’entre les morts est l’exemple suprême même du miracle. Dieu est intervenu dans l’histoire humaine et a relevé Jésus-Christ d’entre les morts. Il y a de bonnes preuves historiques qui peuvent être invoquées pour appuyer cette affirmation. Une explication scientifique ne peut pas rendre compte d’une telle violation des lois de la nature. Le théisme peut expliquer la résurrection de Jésus-Christ. Il y a de bonnes raisons de supposer que Dieu aurait relevé Jésus-Christ d’entre les morts afin d’indiquer le fait qu’il acceptait le sacrifice expiatoire du Christ. La résurrection du Christ fonctionne en tant que justification du Christ par Dieu.

Le théisme explique également l’expérience religieuse individuelle. L’histoire regorge d’exemples d’êtres humains qui ont été sensibles à la présence de Dieu et qui les a guidés. Dans sa justification du recours à l’expérience religieuse comme preuve de l’existence de Dieu, Swinburne invoque un principe de crédulité, à savoir, que nous devons faire confiance aux apparences à moins que nous ayons des raisons de ne pas le faire. Quelqu’un qui croit avoir une expérience de Dieu devrait la considérer comme tel à moins qu’il ait de bonnes raisons d’en douter.

Les arguments rassemblés par Swinburne dans la première phase de son projet philosophique de justifier le théisme, sont des arguments en faveur de l’existence d’un être divin. Le Dieu qu’il postule est une personne de qui dépend l’existence de l’univers. Une telle conception de Dieu est compatible avec les croyances traditionnelles du Christianisme, du Judaïsme et de l’Islam. Swinburne reconnaît que la conception de Dieu comme étant un être divin unique est une simplification de la doctrine chrétienne de la Trinité (Ibid., 344). Dans les publications ultérieures à sa trilogie sur la justification du théisme, Swinburne tourna son attention sur la justification et l’explication des doctrines cardinales de la théologie chrétienne.

« FAITH AND REASON » (1981)

Swinburne - Faith and ReasonSwinburne distingue la croyance et la foi dans Faith and Reason (1981). La croyance est l’assentiment cognitif d’après lequel une proposition est vraie. Le concept implique de « croire ceci-et-ceci plus probable que cela-et-cela » (Swinburne, 1981, 4). La croyance est relative à des alternatives. L’alternative normale à la croyance est sa négation. « La négation de ‘‘il y a un Dieu’’ est ‘‘il n’y a pas de Dieu’’ » (Ibid., 4). A la fois dans le Nouveau Testament et dans les écrits des premiers chrétiens, à la fois croire-que quelque chose d’un certain type [assentiment cognitif en la vérité d’une proposition] et la confiance en Dieu, impliquant d’agir sur des suppositions est ordonné » (Ibid., 121). Cependant, la plupart des mots traduits en anglais par « foi » ou « croire en » sont mieux traduit par « confiance » et « mettre sa confiance en ».  La conversion au christianisme implique que les personnes changent de croyances en lesquelles ils mettent leur assentiment cognitif et en font l’objet de leur confiance. L’Eglise n’a jamais dogmatiquement défini quelles étaient les croyances impliquées dans la foi. Swinburne conjecture que dans les premiers siècles du christianisme, les gens supposaient que « le Christianisme était en contradiction avec beaucoup d’autres religions et systèmes philosophiques » (Ibid., 123), et adoptèrent implicitement le type de croyance qui était venu à être exprimé dans les premiers crédos. La foi est la confiance personnelle en Dieu qui suppose l’assentiment à certaines propositions et implique des actions basées sur ces croyances.

« THE EVOLUTION OF THE SOUL » (1986)

Swinburne - The Evolution of the SoulSwinburne rejette les explications matérialistes qui réduisent l’homme à n’être rien d’autre qu’un objet matériel sophistiqué, dans The Evolution of the Soul (1986). Il prône une forme de dualisme des substances, une opinion qu’il trouve dans les philosophies de Platon et de Descartes. Les hommes sont composés de deux substances, deux entités : une âme (pensées et sentiments) et un corps (masse et forme). Son plaidoyer pour le dualisme des substances est basée sur son analyse de (1) la conscience humaine et (2) les limites de la science pour expliquer la conscience humaine. La conscience humaine manifeste des propriétés physiques et mentales. Les événements cérébraux, qui sont des événements physiques, interagissent avec les événements mentaux, bien qu’ils soient distincts. La science ne peut pas expliquer l’activité manifeste dans la conscience humaine. Les propriétés mentales dans la conscience humaine sont mieux expliquées par l’existence d’une âme en plus du corps physique. Le dualisme des substances décrit les êtres humains tels qu’ils sont vraiment et est compatible avec l’espérance chrétienne d’une vie après la mort :

« La théorie de l’âme humaine évoluée que j’ai défendu dans ce livre est, je crois, celle de la Bible. A la fois l’Ancien et le Nouveau Testament affirment qu’un homme est une chose de chair et d’os… Lorsque, au dernier siècle avant Jésus-Christ de nombreux juifs sont venu à croire à la vie après la mort, et lorsque la religion chrétienne est née dans le judaïsme affirmant la vie après la mort, la vie qu’ils affirmeraient n’était une immortalité naturelle, mais une résurrection – Dieu intervenant dans l’histoire pour donner au Christ ou à tout homme de nouveaux corps et par conséquence une nouvelle vie (Swinburne, 1986 [Edition révisée 1997, 311]).

Swinburne rejette l’idée platonicienne de l’âme comme étant une entité immortelle qui survit à la mort raison vertu d’une qualité intrinsèque à elle-même. Le Nouveau Testament décrit la résurrection des morts, corps et âme, causé par l’action divine. Dieu veut que les âmes humaines soient incarnées dans cette vie et dans la vie après la mort. Une âme peut survivre ou fonctionner en dehors d’un organisme uniquement par un acte spécial de Dieu.

« RESPONSABILITY AND ATONEMENT » (1989)

Swinburne - Responsibility and AtonementDans Responsibility and Atonement (1989), Swinburne articule un cadre du bien et du mal moral objectif pour décrire la nature de la relation morale entre Dieu et les êtres humains. Les enfants ont une dette de gratitude envers les parents parce qu’ils s’occupent d’eux jusqu’à ce qu’ils soient assez mûrs pour mener une vie indépendante. Dieu est un bienfaiteur pour les êtres humains à travers sa création et le soutient de l’univers. Les êtres humains doivent leur existence à la puissance créatrice de Dieu et ont une dette de gratitude, une obligation de devoir, envers lui. Ils sont totalement dépendants de Dieu et ont par Dieu une bonne vie. Les devoirs envers Dieu comprennent les devoirs fondamentaux envers les autres êtres humains. Les êtres humains sont des agents moraux responsables devant Dieu de « leurs actions intentionnelles qui ne sont pas causalement nécessaires dans tout le détail de leur causes antérieures » (Swinburne, 1989, p.63). Les êtres humains possèdent un libre arbitre libertarien, expression qui désigne la liberté telle que l’on a la puissance de choisir ou de refuser de faire quelque chose. Swinburne rejette les notions contemporaines du péché comme  aliénation, comme étant trop vagues. Le péché est une « défaillance dans le devoir envers Dieu » (1989, p.124). Le péché originel se réfère à une prédisposition de l’homme au péché. Puisque Dieu veut le bien être éternel des hommes et désir l’amitié avec eux, il accomplit l’expiation par la mort de Jésus-Christ à la croix. L’image du sacrifice dans le Nouveau Testament fournit le modèle le plus satisfaisant de ce que Dieu a accomplit dans la vie et la mort de Jésus-Christ. Le Christ offre un sacrifice que les hommes peuvent offrir à Dieu. Dans la vie et la mort de Jésus-Christ, Dieu fait une offrande à la disposition des hommes qu’ils peuvent présenter à titre de réparation et de pénitence pour leur propre compte. Nous pouvons nous servir de l’offrande du Christ pour effacer le péché en nous repentant et en faisant nos excuses à Dieu. Les bénéfices de ce que le Christ a fait pour nous, nous sont imputés par notre engagement, avant d’entrer dans l’Eglise par le baptême et avant de recevoir l’Eucharistie.

« REVELATION » (1991)

Swinburne - RevelationSwinburne pense qu’un bon plaidoyer peut être fait pour la probabilité de l’existence de Dieu en utilisant la raison humaine, un projet tenté dans sa trilogie sur la philosophie du théisme. Toutefois, la révélation est nécessaire pour les hommes, parce qu’ils ne peuvent pas déduire seuls tout ce dont ils ont besoin de savoir sur Dieu. La tradition chrétienne affirme que Dieu a révélé des vérités d’une importance vitale pour les êtres humains en leur montrant la manière dont il faut mener leur vie : « La révélation divine peut être ou bien celle de Dieu, ou bien celle par Dieu, de la vérité propositionnelle. Le christianisme a affirmé que la révélation chrétienne impliquait  les deux à la fois : Dieu s’est incarné et a été dans une certaine mesure rendu manifeste sur la terre, et à travers la vie incarné différentes vérités propositionnelles ont été annoncées » (Swinburne, 1992, p.2). Swinburne est principalement concerné par la révélation propositionnelle. Une proposition est une affirmation concernant la nature de la réalité qui peut être exprimée en différentes phrases, qui sont synonymes en signification. Il existe une distinction entre la révélation originale et le témoignage de celle-ci. L’enseignement oral dans les paroles de Jésus constitue la révélation originale, et elle était sous forme propositionnelle. C’était les mots prononcés par le Dieu incarné.

« THE CHRISTIAN GOD » (1994)

Swinburne - The Christian GodSwinburne adhère à la doctrine de la Trinité, l’affirmation selon laquelle Dieu est « trois personnes (Père, Fils et Saint-Esprit) en une seule substance », et à la doctrine de l’incarnation, la croyance que l’une des trois personnes (le Fils) est devenu incarné à un moment particulier dans le temps en un être humain, Jésus-Christ. Dans The Christian God (1994), Swinburne s’appuie sur ses travaux antérieurs justifiant le théisme pour prétendre que,

« Il existe nécessairement et éternellement une personne essentiellement incorporelle, omniprésente, créatrice et conservatrice du moindre univers qui puisse être, parfaitement libre, omnipotente, omnisciente, parfaitement bonne, et une source de l’obligation morale » (Swinburne, 1994b, 125).

Dieu est une personne au sens où il a des pensées et qu’il peut effectuer des actions intentionnelles. Parler de Dieu comme étant une personne implique une utilisation analogique du langage. Dieu est incorporel. Il peut choisir d’assumer un corps, mais il n’est en aucune façon dépendant d’un corps. Dieu est omniprésent au sens où il peut agir intentionnellement n’importe où, sans aucun intermédiaire. Dieu peut agir directement sur le monde de la même manière que nous pouvons agir directement sur notre cerveau. Il peut savoir ce qui se passe n’importe où, sans intermédiaire. L’univers existe parce que Dieu l’a créé et le maintient. Dieu est parfaitement libre au sens où rien ne peut agir sur Dieu de manière externe pour le contraindre à agir de telle ou telle manière. « Dieu est guidé par des considérations rationnelles seulement » (Ibid., 128). Swinburne pense que Dieu est omnipotent en ce qu’il réussit dans tout ce qu’il choisit de faire. Dieu ne peut pas faire ce qui est logiquement impossible. Swinburne impose des limites à l’omniscience divine. Dieu peut savoir tout ce qui s’est passé et sait tout ce qui est en train de se produire à un moment donné dans le temps. Dieu ne possède pas de préscience, sinon il ne serait pas libre dans ses actions futures. Dieu est parfaitement bon et agit de manière compatible avec sa bonté.

Swinburne propose un argument a priori en faveur de la nécessité de la doctrine de la Trinité, qui ajoute un soutien à l’argument fondé sur la révélation. Rien de l’extérieur n’affecte l’action d’un être divin. La raison seule influence la manière dont un individu divin agit. Qu’il y ait plus d’une personne divine est une possibilité s’il est nécessaire pour le premier individu divin de mener à l’existence un second individu divin. Le Christianisme a montré au monde que l’amour est un bien suprême, et l’amour implique le partage avec un autre et le don à un autre (Ibid., 177). Par conséquent, le Père fait venir à l’existence le Fils sur la base d’une « raison impérieuse » (Ibid.) fondée sur la nature divine, qui est amour par essence. L’amour implique également deux parties œuvrant ensembles au bénéfice d’une troisième partie. D’où vient le fait que l’existence d’une troisième personne divine est compatible avec le caractère d’amour. Le fait de porter à l’existence une deuxième personne divine et une troisième personne divine est interprété par Swinburne comme étant des actions inévitables ou des actions de l’essence (i.e. des actions surgissant de la nature intrinsèque de l’amour, définie en termes de partage et de coopération, qui est au cœur de la nature de Dieu).

La doctrine de la Trinité est interprétée d’une manière particulière qui découle de l’argument a priori. Historiquement, la doctrine de la Trinité affirme qu’il n’y a qu’un seul Dieu, qui existe en trois individus, chacun étant Dieu. Swinburne estime que le Concile de Constantinople en 381 a rejeté toute notion d’après laquelle il y aurait trois être divins indépendants qui pourraient exister ou agir sans les autres. « L’affirmation selon laquelle ‘‘il n’y a qu’un seul Dieu’’ doit être lue comme affirmant que la source de l’être de toutes les autres choses a ce genre d’unité indivisible » (Ibid., 181). Les Pères de l’Eglise ont appliqué le concept de création au fait de causer quelque chose par un acte de la volonté. La notion de « création » n’a pas été appliquée à la Trinité. Le Fils est « engendré » par le Père et l’Esprit est « généré » par la coopération du Père et du Fils. Les individus divins sont individués par des propriétés au-delà de celles qui sont essentielles à leur divinité. Ces propriétés sont des propriétés de relation entre les individus divins ; ce sont des relations causales. « Les individus divins devront différer de manière à ce qu’ils soient mutuellement dépendants les uns des autres » (Ibid., 177).

Dieu a-t-il besoin de s’incarner pour rendre possible la réconciliation avec les êtres humains ? Swinburne pense que Dieu peut pardonner les êtres humains pénitents sans aucune nécessité qu’il y ait un acte d’expiation. Il n’y a pas de nécessité à ce que Dieu s’incarne. Cependant, Dieu a trois raisons principales de choisir volontairement de s’incarner : fournir un moyen d’expiation en vivant une vie humaine parfaite, s’identifier à notre souffrance, et nous montrer comment vivre et nous encourager à vivre. « Un Dieu parfaitement bon jugerait que c’est une bonne chose que de partager la douleur et la souffrance à laquelle il nous soumet en vue de plus grands biens – en s’incarnant » (Ibid., 220).

« PROVIDENCE AND THE PROBLEM OF EVIL » (1998)

Swinburne - Providence and the Problem of EvilProvidence and the Problem of Evil (1998) propose une théodicée ou une explication de la souffrance humaine par rapport à Dieu. L’identification de Dieu à la souffrance humaine est une réponse au problème du mal et au fait que les hommes souffrent. La perceptive de Swinburne sur Dieu comme étant un être omnipotent signifie que Dieu est ultimement responsable du fait de rendre les hommes sujets à la douleur et à la souffrance des différents types causés par les autres êtres humains et les causes naturelles. La bonté parfaite de Dieu conduit Swinburne à conclure que Dieu n’aurait pas permis que les êtres humains soient soumis à la douleur et à la souffrance si celles-ci ne servaient pas quelques fins meilleures. Il invoque également la défense par le libre arbitre. Les êtres humains sont des agents moraux qui doivent rendre des comptes à Dieu. Ils doivent à Dieu une bonne vie, mais ils sont sujets au péché. Le péché est un tord fait à Dieu. La possibilité du péché est nécessaire si les êtres humains doivent développer un caractère, et s’ils doivent avoir l’opportunité de servir les autres dans le contexte d’un monde dangereux et imprévisible. La théodicée de Swinburne est fondée sur l’hypothèse qu’il est important d’être bon qu’heureux. Les deux états sont souhaitables, mais le premier est en fin de compte un plus grand bien.

« THE RESURRECTION OF GOD INCARNATE » (2003)

Swinburne - The Ressurection of God IncarnateDans The Resurrection of God Incarnate (2003), Richard Swinburne soutient que les preuves historiques disponibles à l’examen contemporain s’ajoutent aux arguments convaincants selon lesquels Jésus de Nazareth était le Dieu incarné et qu’il est ressuscité des morts :

« Le sujet initial de ce livre est l’examen de la preuve en faveur de l’élément de base physique de la résurrection de Jésus – entendue au sens traditionnel du terme – que Jésus est mort pendant trente-six heures, puis qu’il est revenu à la vie dans son corps crucifié (dans lequel il avait alors des pouvoirs surhumains ; par exemple, il était capable d’apparaître et de disparaître)… Le Jésus qui est mort est qui est ressuscité est Jésus-Christ, Messie et Parole de Dieu, la seconde personne de la Trinité. Sa résurrection constitue l’admission par Dieu le Père du sacrifice de Jésus à la Croix pour les péchés du monde ; et l’initiation d’un processus de rachat pour l’humanité d’une nature en rapport à la fois physique et spirituelle » (Swinburne, 2003, 1).

L’argument de Swinburne est inhabituel relativement à la haute importance qu’il attache à l’enseignement de Jésus et à sa manière de vivre. Il reproche aux spécialistes du Nouveau Testament de ne pas respecter ces éléments de preuve dans leur examen de la documentation relative à la résurrection de Jésus d’entre les morts (Ibid., 3). Le livre est divisé en quatre parties. La première partie examine le genre de preuve auquel on devrait s’attendre si Dieu s’était bien incarné. La deuxième partie examine la vie et l’enseignement de Jésus. La troisième partie examine la preuve réelle de la résurrection comme étant un événement, tel que les apparitions du Jésus ressuscité et le tombeau vide. Swinburne examine les explications alternatives sur ce qui s’est passé et conclut par une réflexion sur le sens de la résurrection. Enfin, Swinburne résume la prépondérance des probabilités en faveur de la thèse selon laquelle Jésus étant Dieu incarné a été effectivement ressuscité d’entre les morts.

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