Comment sait-on ce qu’est Dieu ? (Saison 3)

Posted on: mars 20, 2012
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C. KESSLER – « Comment sait-on ce qu’est Dieu ? C’est la question que nous allons étudier dans cette émission Epistheo, avec le philosophe Alexis Masson. Quelle méthode permet de définir Dieu ? »

A. MASSON – « Beaucoup de croyants adoptent les descriptions de Dieu telles qu’elles figurent dans les textes bibliques. Mais cette méthode pose un double problème. Tout d’abord, la Bible offre deux descriptions contradictoires de Dieu. D’une part, nous avons une description anthropomorphique. C’est un être immortel, semblable à un homme, dont le trône est dans le ciel. De temps en temps, il se souvient des hommes et intervient dans leurs affaires, ce qui lui arrive de regretter. On pourrait presque l’identifier à Zeus dans la mythologie grecque. D’autre part, la Bible le décrit comme un être radicalement transcendant. C’est un être purement spirituel, hors du temps et de l’espace, mais en qui toute chose subsiste. Là, il s’identifie davantage au Brahman rêvant le monde, dans l’hindouisme. La question est : les deux descriptions étant contradictoires, laquelle doit-on choisir ? Le critère ne s’opère-t-il pas grâce à une idée extra-biblique de la nature divine ? Enfin, pourquoi adopterait-on une description biblique plutôt que celle d’une autre tradition religieuse ? »

C. KESSLER – « Peut-on donc s’appuyer sur une méthode philosophique ? »

A. MASSON – « Effectivement. L’une des méthodes philosophiques pour définir Dieu consiste à concevoir l’être le plus parfait qui puisse exister. En général, on attribue cette méthode à Anselme de Cantorbéry. Si Dieu est un être absolument parfait, il doit avoir toutes les qualités positives. On en déduit qu’il doit être éternel, omniprésent, omnipotent, omniscient, parfaitement bon, etc. Toute la difficulté, c’est qu’il n’est pas certain que cette idée soit objective. Si Dieu n’était pas absolument parfait ? Si, par exemple, il n’était pas absolument omnipotent, comme le pensait Hans Jonas, aurait-on encore le droit de parler de « Dieu » ? Pourquoi nous l’interdirait-on ? Ainsi dit, la perfection de Dieu semble être un postulat dogmatique. »

C. KESSLER – « Qu’est-ce qui pourrait apporter de l’objectivité à l’idée de Dieu ? »

A. MASSON – « La méthode philosophique inductive est plus objective pour définir Dieu. Cette méthode était préférée par Thomas d’Aquin. Au lieu de poser dogmatiquement une définition et d’en déduire les attributs qu’elle implique, on observe empiriquement l’univers et on induit quelles doivent être ses conditions d’existence. L’univers existe, mais il aurait pu ne pas exister. L’univers est ordonné, mais il aurait pu être ordonné différemment, voir même être chaotique. De plus, l’univers a eu un commencement. A partir de là, dans la mesure où l’univers ne suffit pas à sa propre explication, on induit qu’il existe un être inconditionnel, qui ne dépend de rien mais dont tout dépend : éternel, omniprésent, omnipotent, omniscient, parfaitement bon, etc. »

C. KESSLER – « Finalement, n’en revient-on pas à une description biblique de Dieu ? »

A. MASSON – « Si, bien sûr. La distinction entre le Dieu des philosophes et le Dieu des croyants est une absurdité. En réalité, ce que voulait dire Pascal, ce qu’il ne faudrait pas réduire Dieu à une hypothèse métaphysique, il faut également avoir foi en lui, l’aimer. Sur ce point, il n’a pas tord. Mais fonder philosophiquement l’idée de Dieu n’empêche pas d’être croyant. Saint Augustin d’Hippone et saint Thomas d’Aquin en sont la preuve : tous deux étaient philosophes et croyants. »

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