Dieu est-il juste ?

Dieu est-il juste ?

« Aujourd’hui nous allons nous questionner sur la justice de Dieu. Dieu ne serait-il pas injuste ? En effet, lorsque nous considérons la théologie chrétienne, il semble qu’en certains points (l’égalité des chances devant le salut ; la proportion entre la faute et la punition ; le pardon des pêchés ; le sacrifice d’innocent mourant pour la faute des autres) Dieu soit injuste… Alors, pour commencer, sommes-nous égaux devant le salut ? »

Alexis : « Nous sommes sauvés par la foi en Dieu, c’est-à-dire dans le fait de lui faire confiance, de s’engager pour lui et de lui être fidèle. Mais évidemment, pour avoir foi en quelqu’un, il faut savoir qu’il existe, sinon au moins croire qu’il existe, c’est-à-dire au moins en avoir l’idée. Celui qui reçoit une révélation de Dieu sait qu’il existe, tandis que celui qui entend le témoignage ne peut que croire. Mais celui qui n’a rien entendu ? Qu’en est-il pour ceux qui sont mort avant la révélation ? Qu’en est-il pour ceux qui n’étaient pas présents ? Cela introduit, semble-t-il beaucoup d’inégalités dans les chances au salut. En réalité, cet argument est faux parce qu’il présuppose que le seul moyen de connaître Dieu c’est la révélation. Or, la Bible le dit notamment dans l’Epître aux Romains 1.18-21, Dieu est rationnellement connaissable, et c’est parce qu’il est connaissable par la raison que nous sommes tous égaux devant les chances de salut, celui qui refuse ou ignore Dieu le fait volontairement. Dans le détail, évidemment, Dieu juge chacun selon les circonstances spécifiques… »

« La raison universelle peut certainement rendre l’égalité des chances au salut équitable, néanmoins, Dieu ne semble pas juste en ce qui concerne le jugement de ceux qui n’ont pas foi en lui. En effet, il n’ajuste pas proportionnellement la punition à la faute. C’est ou bien le Paradis, ou bien l’Enfer, et cela de manière éternelle ! »

Alexis : « Il y a deux erreurs là. La première consiste à penser qu’il n’y a pas de graduation, or c’est faux. Jésus dit lui-même que les villes qui ont refusé de l’accepter seront plus sévèrement punies que Sodome et Gomorrhe. Il y a donc bien divers degré au sein même de l’Enfer et du Paradis. Ensuite, l’éternité n’est pas, comme on le croit parfois, une durée indéfinie, ce qu’est la sempiternité. L’éternité, c’est l’absence de temps. Il va de soi qu’une petite douleur s’étendant dans un temps infini revient à un véritable torture dans un très court temps. Mais là ce n’est pas le cas, le problème ne se pose pas. A vrai dire, dans la mesure même où la justice est un attribut de Dieu, il établit sûrement la juste peine à la faute qui lui correspond. »

« Peut-être Dieu ajuste-t-il parfois la peine à la faute, mais il arrive que Dieu ne punisse pas la faute, notamment par le pardon. Le pardon est injuste en ce sens… »

Alexis : « Il y a deux conceptions de la justice. La première est celle de la vengeance, rendant le mal pour le mal. C’est la justice de la foule. La seconde est celle de la dissuasion, c’est-à-dire que la punition à pour but dissuader celui qui serait tenté par une mauvaise action. La justice, telle que la conçoivent tous les magistrats est celle-ci : il ne s’agit pas de rendre le mal pour le mal, mais de limiter le mal. A la première faute, le juge a souvent une certaine clémence, espérant que la personne fautive retienne la leçon. Par contre, celui qui à déjà commis plusieurs tord est plus sévèrement puni, malgré qu’il ait commis la même faute que dans le précédent cas. C’est aussi le concept de Justice développé par le prophète Ézéchiel dans la Bible : Dieu menace de punir, mais si la personne renonce à commettre l’injustice Dieu pardonne, car ce qu’il veut ce n’est pas la punition, mais que la personne devienne juste. C’est donc non pas une justice de la vengeance, mais une justice de la dissuasion, qui vise à encourager la justice. Dans ce cadre là, la justice est tout à fait compatible avec le pardon, le pardon est même un instrument de la justice. »

« Il y a quand même un cas dans lequel Dieu semble être injuste : c’est dans le sacrifice de Jésus-Christ. Jésus, qui est innocent, meurt pour tous les pécheurs ! »

Alexis : « Les raisons de la mort du Christ sont un peu plus complexes que cela, notamment parce qu’elles concernent également l’exemplarité de l’obéissance et la création de l’Eglise. Mais si nous passons ces points pour nous concentrer uniquement sur ce que l’on appelle la « substitution », c’est-à-dire que Christ est mort à la place de ceux qui auraient dut être condamnés, en réalité, il n’y a rien de plus juste. La mort de Christ est parfaitement justifiée, bien qu’il soit totalement innocent. Pour le comprendre, il faut saisir le concept de « personne morale », ou de « représentant ». Lorsqu’un groupe commet une faute, c’est son responsable qui en est… responsable. Même si au fond, il n’est pas le coupable. Cela peut être le cas aussi bien pour un chef de parti politique, un chef d’entreprise ou encore un entraîneur d’une équipe de football. Jésus-Christ, rappelons-le est mort en tant que « roi » ou « Seigneur ». Mais de qui est-il le Seigneur ? D’Israël et de l’ensemble des pécheurs. Il est donc mort en tant que « responsable » de l’humanité, à notre place. Dans l’actualité récente, qui a depuis vieilli un peu quand même, nous avons Jospin : il s’est sacrifié en assumant l’échec du parti socialiste, bien qu’il n’en soit pas réellement pour grand-chose. Jospin, au fond, est une post-figuration du Christ. Ce que je ne comprends pas, c’est que dans un cas on loue le courage et la maturité de Jospin, tandis que dans l’autre on n’y trouve rien de plus stupide et injuste qu’un acte qui au fond plus courageux et plus significatif encore… »

3 Réponses pour “Dieu est-il juste ?”

  1. Patrick dit:

    Je suis interpellé par votre commentaire. Dieu, être inconditionné crée l’univers dans un don d’Amour Absolu. Je ne peux que souscrire à cette vision de Dieu.
    Mes questionnements se focalisent davantage sur la Révélation et sur le concept de punition, in fine de jugement divin.
    Vous écrivez que « celui qui reçoit une révélation de Dieu sait qu’il existe, tandis que celui qui entend le témoignage ne peut que croire ». J’ai davantage la conviction que dans son don d’Amour Absolu, Dieu se révèle à chaque être naissant par des voies parfois « impénétrables », voulant installer cette relation privilégiée qui est l’essence même, la « substantifique moëlle » de la création de l’Univers. Libre à l’homme de recevoir la Révélation ou de faire la sourde oreille. Il n’y a, à mon sens, pas d’inégalité dans le Salut puisque tout homme reçoit, dès sa conception, le Souffle de Vie faisant de lui un être spirituel.
    Si l’on accepte les concept de Trinité (le Père, le Fils et le Saint-Esprit ne faisant qu’un seul et même Dieu) et d’Amour Absolu, je ne peux concevoir l’idée d’un père juge ou justicier. Le Pardon Absolu est selon ma conviction intrinsèquement contenue dans le don divin d’Amour Absolu : Père, pardonne-leur, car ils ne savent pas ce qu’ils font (Lc 23,34). Le Salut est acquis, je n’imagine pas Dieu monnayant son Amour contre une quelconque rétribution d’adhésion à la foi ou à des œuvres. Je conçois davantage Dieu comme un Père profondément doux et compréhensif, à l’écoute de chacun de nous et nous ayant transmis sa Parole et livré son Fils dans un but éducatif : un grand mode d’emploi de l’Amour.
    Le mal, la punition et la justice ne sont peut-être que des œuvres humaines. Je vois le retour au Père comme le moment de l’Amour Absolu et de l’Omniscience. Cet instant où réunis dans la Trinité, nous comprendrons enfin ce que nous cherchons ici-bas. Nous aurons enfin cette confrontation avec Dieu dans ce face-à-face singulier nous permettant avec son aide de jauger, et non juger, la qualité de notre relation avec Lui et l’exercice de notre liberté sur notre belle Terre.

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    Je vous souhaite, à vous et à vos lecteurs, une bonne relation avec Dieu, notre ami commun.

  2. freyermuth paul dit:

    Dieu est-il juste ?

    peut-on concevoir le pardon accordé aux criminels nazis?

  3. Masson Alexis dit:

    Bonjour Paul,

    Oui, il possible de concevoir le pardon accordé aux criminels nazis, s’ils se sont repentis. Le Christ a enseigné un pardon illimité. Un tel pardon vous gênerait-il ?

    Cordialement.

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Qu’est-ce que la philosophie analytique de la religion ? La philosophie est l’étude des questions fondamentales. La philosophie analytique est une méthode en philosophie qui insiste sur l’analyse logique des thèses et des arguments. La philosophie analytique de la religion est une branche de la philosophie analytique. Elle traite de l’existence de Dieu, du problème du mal, de la valeur de l’expérience religieuse, et même des doctrines chrétiennes spécifiques telles que la Trinité, l’Incarnation et l’Expiation. Qu’est-ce que l’apologétique ? L’apologétique est la défense rationnelle de la foi. Elle traite de l’existence de Dieu, du problème du mal, de la crédibilité de la révélation, de l’existence et de la résurrection du Christ. L’apologétique peut être négative ou positive. L’apologétique négative consiste à réfuter les objections contre le christianisme. L’apologétique positive consiste à apporter des arguments en faveur du christianisme.