Dieu contredit-il les lois de la nature ?

Posted on: septembre 18, 2009
4 Commentaire(s)

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Nous percevons habituellement le rapport le plus fort entre Dieu et la nature dans les miracles. Qu’est-ce qu’un miracle ?

Alexis : « Habituellement, on définit le miracle comme une intervention divine qui contrevient aux lois de la nature. Il y a quelque chose de malsain dans cette définition aussi bien pour un philosophe qu’un théologien. On oppose résolument Dieu d’une part et la nature d’autre part. Dieu n’est plus quelque chose de surnaturel, mais de contre-nature. C’est étrange, parce que Dieu est quand même le créateur de la nature ! Cette définition pose beaucoup de problèmes, parce qu’elle est profondément anthropocentrique et qu’elle implique beaucoup d’absurdité. Premièrement, comment Dieu pourrait-il intervenir alors qu’il est immuable ? Dieu est créateur du temps, le temps ne peut pas l’envelopper, Dieu est intemporel, il ne change pas. Or une intervention, c’est toujours temporelle, c’est une action inscrite dans le temps. Deuxièmement, comment Dieu pourrait-il contrevenir à des lois naturelles que sa propre sagesse a établies ? Dieu est-il insuffisamment sage pour admettre qu’il a commis des erreurs lors de la création, qu’il lui faut rectifier un cours imprévu (alors qu’il est omniscient). Dans la Bible, le Psaume 148, il est dit à propos de la nature : « Dieu a donné des lois et il ne les violera point » (verset 6). L’idée d’inviolabilité des lois naturelles est une idée présente dans la Bible. La notion de miracle comme contradiction contre les lois de la nature est donc non seulement absurde, parce qu’elle s’oppose à l’éternité divine et à sa sagesse, mais en plus elle contredit la Bible. En faite, comme le disait Spinoza, s’il y avait réellement des miracles en ce sens, ce serait une preuve de l’inexistence de Dieu. »

Si un miracle n’est pas une contradiction aux lois de la nature, alors qu’est-il ? Doit-on penser que Dieu n’est pas souverain, incapable d’agir sur sa création ? On voit pourtant dans la Bible régulièrement des miracles, lorsque Dieu ouvre la Mer Rouge devant Moïse…

Alexis : « Le problème ne vient pas des miracles mais de la définition qui est mauvaise. Le récit biblique nous fait bien part de miracles et certainement beaucoup d’entre nous peuvent en témoigner dans leur vécu. La question c’est : qu’est-ce que réellement un miracle ? Comment Dieu peut-il produire un miracle, sachant qu’il est éternel. La réponse la plus simple, consiste à dire qu’il l’avait prévu depuis la Création. Nous savons que Dieu est omniscient et éternel, et que les lois de la nature sont intransgressibles. Si Dieu a établi l’univers avec ce miracle contenu en lui éternellement et déterminé naturellement, il n’y a plus de difficulté. Le problème, c’est que l’on veut trop souvent s’imaginer Dieu comme un superman qui vient agir en contredisant les lois de la nature. Or, lorsqu’il ouvre la Mer Rouge, c’est par un vent très violent, c’est un événement tout à fait naturel : « Moïse étendit sa main sur la mer. Et l’Eternel refoula la mer par un vent d’orient, qui souffla avec impétuosité toute la nuit ; il mit la mer à sec, et les eaux se fendirent » (Exode 14.21). Quand les scientifiques découvrent que la nature est elle-même capable de produire un tel prodige, ils en déduisent que ce n’est pas Dieu qui a agit parce que cela ne contredit pas les lois de la nature ! Mais Dieu pouvait déterminer dès la création cet événement, sans contrevenir à aucune loi, justement parce qu’il est le Créateur et suprêmement sage. »

Si un miracle est un événement naturel, prévu par Dieu dès la Création, comment pourrions-nous donc distinguer un miracle d’un événement ordinaire ?

Alexis : « Le miracle est un événement étonnant qui arrive à point nommé. Il a eu un miracle devant Moïse, parce que c’était le moment même où une telle circonstance naturelle était nécessaire pour l’accomplissement de la volonté de Dieu. Cet événement était de plus étonnant, parce qu’il est rare : une mer qui s’ouvre, même si c’est possible géologiquement parlant, c’est tout de même très rare. Un miracle ce n’est donc pas une contradiction contre les lois de la nature, mais un événement rare à un moment crucial, qui nous fait reconnaître que Dieu est modelé les circonstances en notre faveur. »

Dans ce cas, il ne peut pas y avoir d’opposition entre la théologie et la science…

Alexis : « En effet, la science ne fait que confirmer en tant que possibilité ce que la Bible. Il n’y a pas de contradiction entre la théologie et la science. C’est pourquoi il est tout à fait possible d’être athée, agnostique ou chrétien en tant que scientifique. La science ne fait que tenter d’expliquer comment Dieu agit, tandis que Dieu permet de répondre à la question du pourquoi ? Dieu ne peut servir à expliquer le mécanisme d’aucun phénomène. Lorsqu’on veut répondre au comment en invoquant Dieu, c’est le plus souvent en l’utilisant comme synonyme de l’ignorance, ce qui ne lui rend pas vraiment gloire. On ne peut pas dire « Dieu » pour signifier « j’en sais rien ». Un jour où l’autre, la science finit par comprendre ce que l’on attribuait faussement à Dieu, et cela ne fait que de réjouir les athées. »

Quelle est l’utilité de la prière alors ?

Alexis : « La prière consiste à demander quelque chose à Dieu. Ce n’est pas parce qu’il est éternel qu’il ne l’entend pas. Dieu dans son omniscience savait que nous allions prier à tel ou tel moment, et il a éternellement décidé de configurer de telle ou telle manière des événements naturels qui sont pour nous à venir. La prière n’est pas agissante par elle-même, cela va de soi, sinon elle sera toujours efficace. Mais elle est nécessaire car c’est un acte de politesse, de la même manière qu’un enfant demande à ses parents à boire, tout en sachant que ses parents ne le lui refuseraient pas. »

4 Réponses pour “Dieu contredit-il les lois de la nature ?”

  1. M. Dubois dit:

    Les miracles dont vous parlez sont plutôt des prodiges, je pense. Mais la résurrection de Lazare, ou du Christ(vrais miracles), la science (matérialiste) pourra-t-elle l’expliquer ?

  2. admin dit:

    Vous soutenez une distinction entre les « prodiges » et les « miracles ». Si je vous ai bien compris, les « prodiges » sont des phénomènes rares mais explicables ; tandis que les « miracles » sont des phénomènes inexplicables. Précisons qu’une explication est produite lorsque nous établissons une corrélation entre des causes et des effets, de sorte que si nous retrouvions les mêmes causes, les mêmes effets se produiraient (par là nous établissons des « lois »). Un « miracle » est donc un événement dans lequel les effets ne correspondent pas aux causes, c’est-à-dire une contradiction contre les lois.

    Un tel événement est directement en contradiction avec le théisme chrétien, notamment vis-à-vis de la conception que l’on se fait de Dieu. Premièrement, si un événement est réellement inexplicable (et non pas simplement en apparence), il l’est aussi bien pour nous que pour Dieu. Si ce n’était pas le cas, l’événement ne serait pas réellement inexplicable, mais seulement en apparence pour nous sans l’être pour Dieu. Si tel est le cas, un tel événement détruit l’omniscience divine, car celle-ci suppose que Dieu puisse tout expliquer. Deuxièmement, un tel événement contredirait la Sagesse créatrice de Dieu. En effet, dans la mesure où il a établi des lois selon sa Sagesse, y déroger revient à contester, au moins temporairement, sa propre Sagesse. Ainsi, s’il existe des miracles au sens d’une contradiction contre les lois de l’univers, Dieu n’existe pas (d’après Spinoza), ou du moins, il n’est pas Sage (d’après Leibniz). Ainsi, au moins pour ces deux raisons, un « miracle » au sens auquel vous l’entendez n’est pas possible.

    Néanmoins vous ajoutez une précision. Vous parlez de science « matérialiste ». Vous ne parlez pas de la science véritable ou absolue (celle qui aurait une connaissance adéquate de l’univers), mais de la science humaine (connaissance imparfaite qu’a l’homme de l’univers), et plus exactement de la science « matérialiste » (d’après laquelle il n’existe que des entités matérielles). Ecartons de suite la science « matérialiste », dans la mesure où celle n’a jamais été défendue par qui que ce soit de crédible. En effet, il n’existe pas seulement des entités matérielles, il existe aussi des forces et des ondes qui ne se réduisent pas aux entités matérielles (mêmes les atomistes grecs faisaient appellent au clinamen, car les atomes ne leur suffisaient pas). Ensuite, la physique contemporaine, en particulier la théorie des cordes, a plutôt même tendance à nier l’existence élémentaire de la matière pour lui préférer une physique ondulatoire. Si donc nous écartons la science matérialiste, pour lui préférer « la science des scientifiques », qui n’a plus rien de matérialiste, celle-ci peut-elle expliquer la résurrection ? A priori, oui, à condition que nous nous placions bien au niveau physique et non pas biologique de l’explication. Dans un tel cadre, il n’y a aucune contradiction dans un tel phénomène. Certainement, un tel phénomène apparaîtrait comme une coïncidence dépendant de circonstances particulières, peu probables, mais certainement pas contradictoires. Rien n’empêche Dieu de rendre ces circonstances particulières fortement présentes, lorsqu’adviendra le moment voulu.

    Néanmoins, par précaution, je dois rappeler que la physique contemporaine n’est pas absolue, elle reste encore incapable d’expliquer toutes choses, ce qu’une science absolue devrait être capable de faire, il ne faut donc pas attendre d’elle des « miracles ». Mais considérons bien une chose : si un corps a pu être vivant une fois, il peut l’être deux fois, sinon il n’aurait jamais dû l’être. Il suffit simplement que l’état causal soit plus ou moins reproduit de manière semblable à la première fois. Avant même la Création, Dieu a pu prévoir et agencer les conditions nécessaires à ce qu’un état causal se reproduise. Nous ne devons pas croire que nos conceptions fondées sur l’habitude soient exclusives, dans la mesure où, en réalité, elles n’ont rien de plus extraordinaires que ces prétendus « miracles ». Comme le soulignait Justin le Martyr dans son Apologie (IIe siècle) : pourquoi s’étonner de la résurrection, alors qu’une simple goutte de semence humaine peut produire un être humain de taille adulte ?

  3. frogthefrog dit:

    Cependant, on lit dans l’apocalypse (16.14), « Car ce sont des esprits de démons, qui font des prodiges ». Il y a donc bien une différence entre miracles et prodiges.
    La différence se situe t-elle au niveau de la source ?
    En toute logique, Dieu aurait donc aussi prévu l’action des mauvais esprits.

  4. Masson Alexis dit:

    Il y a probablement une différence dans les Bibles françaises, mais c’est une différence que font les traducteurs, non le texte original. Car en grec, le mot utilisé est « semeion« , que l’on peut traduire au plus juste par « signe ». C’est un mot neutre, il peut aussi bien désigner un signe venant de Dieu qu’un signe venant de démons. C’est le cas par exemple en Marc 16.17 : « Voici les miracles (en grec : semeion) qui accompagneront ceux qui auront cru ». Dans tous les cas, Dieu est omniscient, il connait éternellement toute chose, y compris les actions commises par des esprits mauvais.

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