3 Réponses pour “Jésus : Fils de Dieu, mort et ressuscité ?”

  1. Justin dit:

    Bonjour Alexis,
    et merci pour cette nouvelle bande audio fort instructive.

    J’aurais néanmoins quelques questions à vous poser, quant à vos raisonnements. Malheureusement il me serait impossible d’exposer toutes mes objections, mais je tenais à vous en soumettre deux que je trouve centrales.

    Tout d’abord, vous parlez beaucoup d’historicité et même, parfois, de « cohérence scientifique ». J’ajouterais même qu’à certains moments, vous vous laissez aller à la lecture « fondamentaliste » de nos écrits, en fondant vos arguments sur ce qui est écrit mots pour mots. Là-dessus, j’aurais trois remarques à faire:

    (1) D’abord, concernant l’historicité (j’entends par là, les arguments fondés sur les sources historiques), avez-vous tenu compte du caractère très politique de la religion chrétienne ? Comme toutes les religions, le Christianisme possède un rôle politique. Alors, sans trop tenter de détruire l’une ou l’autre source, je vous pose la simple question suivante: prenez-vous cet aspect en compte lors de votre raisonnement, ou est-ce encore un point sur lequel vous n’avez pas réfléchi ? (Aucune honte à cela, évidemment)

    (2) Concernant vos arguments comme quoi « le Christ est sans doute mort, car regardez le calvaire qu’il a enduré; qui est médicalement insoutenable ». J’ai l’impression qu’ici, on joue à l’autruche qui se cache les yeux. Car si votre argument me parait tout à fait plausible (et c’est vrai que médicalement, c’est hautement improbable qu’un homme survive au calvaire qu’a subi le Christ), que faites-vous de l’argument *encore plus plausible* comme quoi toute résurrection, au sens strict du terme (donc pas question de pseudo-morts imminentes; bref) est biologiquement impossible. Je pense d’ailleurs que, médicalement, un arrêt cérébral de plus de trois minutes entraine des séquelles irrémédiables. Que faites-vous de cet argument ? Tombe-t-il par « historicité », par foi ? Car réellement, vos arguments historiques concernant l’absence de cadavre, ne sont pas aussi puissants, me semble-t-il, que cet argument biologique d’impossibilité de la résurrection. Du coup, si vous acceptez tout de même la résurrection, est-ce que votre argument précédent concernant le calvaire ne vous semble pas « sans plus de fondement » et, donc, quel nouvel argument trouvez-vous pour la mort du Christ ? (et on revient alors au point de départ: si l’on veut argumenter correctement la résurrection, comment argumenter tout aussi correction la mort ?)

    (3) Concernant vos lectures « radicales » des Ecrits, je pense aux nombreuses citations que vous utilisez pour étayer votre discours. Mais vous qui vous basez également sur l’Histoire, avez-vous pris en compte le fait que les textes que nous lisons *ne sont pas* les originaux ? Mieux encore, prenez-vous en compte cette agitation politique que connu les chrétiens de Rome, au début de l’ère chrétienne ? Sans lancer la pierre à qui que ce soit, qui dit politique dit très souvent tromperie et, malheureusement, falsification. Quelles preuves historiques (puisque vous les aimez tant) avez-vous quant à la véracité des mots de l’Ecriture ? Et s’il n’y en a pas, pourquoi faire des citations et jouer sur les mots (je pense surtout au prologue de Jean ici) alors que ces mots sont peut-être faux ?

    Finalement, un autre point que je voulais relever est, encore et toujours, cette fascination face à la doctrine de la trinité. Et pour faire au plus simple, je vais procéder comme suit: Qu’entendez-vous exactement par le terme « personne » ? Car si je ne me trompe pas, les dictionnaires français définissent ce mot comme caractérisant un être humain. Alors, quelle est votre définition qui s’applique à l’essence divine, au juste ?

    Dans le même ordre d’idée, pensez-vous que la chaire et l’esprit (âme; mais n’entrons pas dans ces termes savants superflus) sont deux choses dissociables ? Pensez-vous que l’une s’envole au paradis, tandis que l’autre pourri sous terre ? Si non, alors comment intégrer le concept de personne sans parler de la nature ? Si oui, est-ce que vous ne pensez pas que cette manière de penser est typiquement grecque, et non juive ? Une preuve ? Hé bien, j’aimerais savoir où dans la Bible les deux notions sont clairement dissociées (non pas distinguée, nuance ici ! Car l’esprit n’est pas la même chose que le corps. Mais cela ne signifie pas que l’on puisse les dissocier). Lorsque Paul parle de la résurrection, il dit que nous reviendrons avec un corps céleste. Mais ici, il ne présuppose pas que ce corps céleste soit notre esprit, que du contraire même ! Le corps céleste semble clairement la matière nécessaire à l’émergence de l’esprit, tout comme le corps charnel l’est. En quelque sorte, Paul dit qu’au lieu de revenir sous forme charnelle, nous reviendrons identiques, mais sous forme céleste.

    Mais si aucune dissociation claire n’est faite entre corps (charnel ou non) et esprit, comment Christ peut-il posséder deux natures ? Non pas « sur papier », mathématiquement, métaphysiquement; mais comment, concrètement, cela est-il possible ? En fait, au-delà des mots abstraits qui n’existe que dans un monde des Idées typiquement grec, quelle enclave réelle/ concrète/réaliste/réalisée, donnez-vous à la doctrine de la Trinité ?

    Je m’excuse pour la longue tartine, mais j’espère que, comme cela, mes propos sont clairs et non ambigus ! Encore merci pour votre émission car, malgré ces critiques fort négatives à première vue, j’ai beaucoup appris et beaucoup réfléchis.

    Amicalement,
    Justin

  2. Xavier dit:

    Bonjour Justin,

    J’aimerais répondre rapidement à vos questions.

    (1) Si le christianisme possède un rôle politique, on n peut pas dire que l’Église naissante soit le fruit d’un programme politique ou qu’elle en ait eu un à proposer. Le message primitif de l’Église est clair et ne pose aucune difficulté aux historiens : Jésus est mort et ressuscité pour notre Salut. C’est le kérygme.

    (2) Votre objection est tenable si vous évacuez la possibilité du miracle. Mais si vous considérez les choses objectivement, alors le miracle est possible et l’impossibilité d’un résurrection biologique n’est pas un obstacle. Ainsi, la critique historique ne peut se prononcer que sur le fait que Jésus soit vraiment mort, et sur le fait que ses disciples l’ont vu vivant. Sur ces deux points, les arguments historiques en faveur de l’authenticité de ces faits sont très solides. Reste alors à expliquer comment cela se peut, mais ce n’est pas du domaine de l’Histoire. C’est soit du domaine des sciences de la vie si un tel phénomène est possible, soit du domaine de la théologie s’il s’agit d’un miracle.

    (3) La question de la fiabilité des Évangiles est une excellente question. Là encore, aucune certitude absolue (mais de toute façon, notre savoir n’est que très rarement composé de certitude absolue, on peut douter de tout si on le veut vraiment), mais de très forts indices d’authenticité. Ainsi, la critique historique peut vérifier la cohérence des récits avec des sources exogènes (autres écrits, archéologie, etc.). C’est ainsi qu’on s’est rendu compte que l’Évangile selon saint Jean était sans aucun doute l’oeuvre d’un témoin direct, compte tenu de la connaissance qu’a l’auteur des lieux, des relations géopolitiques, etc. Ensuite, la crédibilité du message chrétien s’appuie aussi sur le témoignage des Apôtres : ceux-ci ont donné leur vie pour ce qu’ils croyaient être la vérité. S’ils avaient forgé une belle histoire et un pieux mensonge, auraient-ils été prêts à mourir bien souvent torturés pour cela ?

    Enfin, concernant la Trinité, le terme de Personne, popularisé par saint Augustin est un « pis aller ». En gros, saint Augustin le disait déjà, on emploie le terme de personne pour désigner le Père, le Verbe et l’Esprit-Saint, mais ce n’est pas idéal. Ce mot a été choisi pour éviter le terme d’hypostase (substance), qui faisait un peu trop trithéiste. Si vous voulez la définition philosophique et théologique la plus propre, la voici : les 3 « personnes » divines sont des relations subsistantes. En gros, le Père, le Verbe et l’Esprit sont semblables en toute chose (éternité, toute-puissance, etc.), sauf en ce qui concerne la relation qui les oppose. Ainsi, le Père se distingue du Verbe parce qu’il engendre son Verbe. Et le Verbe se distingue du Père parce qu’il est engendré. Et ces relations ne détruisent pas la simplicité divine car étant transcendantales, elles n’ajoutent rien à leur fondement qui est l’essence divine.

    J’ajoute que demander une image « réalisée » de la Trinité comporte une contradiction car Dieu est par définition le Tout-Autre, bien au-delà de nos représentations. Il est possible de montrer que le dogme de trinitaire n’a rien de contradictoire ni d’absurde. Mais ensuite, il faut accepter le fait que nous parlons de Dieu, et que nos pauvres mots et concepts désignent une réalité qui nous dépasse et que nous ne pouvons espérer saisir entièrement.

    Pour les deux natures du Christ, c’est effectivement mystérieux. Le Christ est vrai Dieu et vrai homme sans confusion ni séparation. Nous disons que la personne du Verbe s’est uni à la nature humaine. Saint Thomas d’Aquin a écrit sur la façon dont les deux natures s’articulent, et notamment comment les opérations de la nature divine éclairent et transfigurent les opérations de la nature humaine. Mais bon, il faut rester humble devant ce mystère. Dieu est venu nous sauver, et nous éclaire sur ce qui est utile à notre Salut, mais certaines choses restent dans l’ombre.

    Cordialement,

  3. Justin dit:

    Bonjour,
    et merci pour ces précisions, surtout celles qui concernent la Trinité.

    Vos contre-objections sont claires. Sauf peut-être pour ma seconde objection (quoiqu’en fait votre réponse soit claire; je pense que la mienne ne l’était pas).

    Je voulais simplement signaler que si la phrase « Les blessures qu’a subies le Christ sont si grandes qu’aucun homme ne pourrait les supporter comme il l’a fait » entraine « Le Christ est mort », (et on est bien d’accord qu’ici, un argument biologique est avancé pour appuyer la mort du Christ), le fait biologique d’une mort physique de trois jours entraine presque jamais le retour à la vie.

    Tout comme l’argument d’Alexis est « appuyer » biologiquement, le mien l’est également.

    Ce que je voulais dire, c’était qu’Alexis utilise à la fois des arguments historiques (qui, si j’ai bien suivi vos contre-objections mêmes, s’appuient plus sur l’observation objective) à des arguments biologiques (qui eux, reposent aussi sur des observations, mais plutôt sur des expérimentations).

    C’est en ce sens que je parlais d’une « autruche qui se cache la tête », car le discours naturel d’Alexis semblait préféré les preuves scientifiques aux preuves historiques (il me semble que c’est cet argument biologique qui a été préféré, cité comme un appui, à l’argument historique des témoins qui ont vu le christ mourir). Or, s’il semble préférer ici l’argumentation biologique, il ne la préfère plus lorsque l’on parle d’une résurrection.

    Je tenais simplement à insister sur cette argumentation. Les arguments, en eux-mêmes, je n’ai rien contre.. Je trouvais juste dommage, en écoutant la vidéo, d’avoir l’impression d’une prise de parti forte dans le sens chrétien plutôt que dans les autres sens possibles (je pense à nos amis musulmans qui iront plutôt contre la mort du Christ, ou à nos amis athées qui iront contre sa résurrection).

    Justin

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Qu’est-ce que la philosophie analytique de la religion ? La philosophie est l’étude des questions fondamentales. La philosophie analytique est une méthode en philosophie qui insiste sur l’analyse logique des thèses et des arguments. La philosophie analytique de la religion est une branche de la philosophie analytique. Elle traite de l’existence de Dieu, du problème du mal, de la valeur de l’expérience religieuse, et même des doctrines chrétiennes spécifiques telles que la Trinité, l’Incarnation et l’Expiation. Qu’est-ce que l’apologétique ? L’apologétique est la défense rationnelle de la foi. Elle traite de l’existence de Dieu, du problème du mal, de la crédibilité de la révélation, de l’existence et de la résurrection du Christ. L’apologétique peut être négative ou positive. L’apologétique négative consiste à réfuter les objections contre le christianisme. L’apologétique positive consiste à apporter des arguments en faveur du christianisme.