La foi est-elle irrationnelle ? (Saison 3)

La foi est-elle irrationnelle ? (Saison 3)

C. KESSLER – « La foi est-elle irrationnelle ? C’est la question que nous allons étudier dans cette émission Epistheo, avec le philosophe Alexis Masson. Alors, croire en Dieu est-ce admettre son existence sans preuve ? »

A. MASSON – « On pense souvent que croire en Dieu, c’est croire que Dieu existe. Or ce sont deux choses différentes. On pourrait croire que Dieu existe, sans croire en Dieu. Dans le contexte religieux, ces deux choses sont souvent confondues, mais dans d’autres contextes la différence est plus évidente. Par exemple, on peut croire qu’un homme politique existe, sans croire en lui. Le fait de penser que quelqu’un existe, ce n’est pas la même chose que le fait de considérer que cette personne est digne de confiance. Or c’est bien de cela dont il est question dans la foi en Dieu. Le mot « foi » en français traduit l’hébreu emunah, qui désigne la confiance, l’engagement et la fidélité. La foi en Dieu ne consiste pas à croire qu’il existe, mais à croire en lui, c’est-à-dire à lui faire confiance. »

C. KESSLER – « Mais pour croire en Dieu ne faut-il pas préalablement croire qu’il existe ? Et l’existence de Dieu n’est-elle pas qu’une simple croyance ? Alors la foi ne repose-t-elle pas sur une croyance ? »

A. MASSON – « Il serait évidemment absurde de penser qu’une personne est digne de confiance, sans penser qu’elle existe. Cependant, « faire confiance en quelqu’un » implique quelques exigences supplémentaires. Qu’est-ce que faire confiance en quelqu’un ? C’est penser que sa parole est vraie. J’insiste sur le fait qu’il s’agisse de sa parole, plutôt que de celle d’un autre. Supposons que vous receviez un courriel, au nom de votre banquier, qui vous informe de l’état de votre compte. Si vous vous fiez à ce courriel, mais qu’il n’a pas été envoyé par votre banquier, alors ce n’est pas à votre banquier que vous faîtes confiance, puisqu’il n’est pas l’auteur de ce courriel. En réalité, vous ne savez pas à qui vous faîtes confiance. C’est pourquoi il est essentiel d’être sûr de l’identité de l’auteur du courriel. Il en va de même en ce qui concerne la foi en Dieu. Avoir foi en Dieu, c’est penser que sa parole est vraie. Si l’on n’authentifie pas Dieu comme étant l’auteur d’une parole, alors ce n’est pas en lui que nous avons confiance. Nous faisons confiance à un livre, à un prophète, à une tradition, ou à une révélation personnelle, mais pas à Dieu. La preuve en est que l’on peut en venir à douter de la véracité d’un livre, et si à cause de cela nous doutons de Dieu, cela veut dire que ce n’était pas à Dieu mais à ce livre que nous faisions confiance. Avoir foi en Dieu, cela implique donc d’être certain qu’il est l’auteur de la parole à laquelle nous nous fions, et par conséquent, d’être certain de son existence. La foi en Dieu exclu donc la simple croyance en son existence. »

C. KESSLER – « Mais il est généralement admis que l’on ne peut pas prouver l’existence de Dieu… »

A. MASSON – « L’opinion commune n’est pas nécessairement vraie. Des philosophes tels que Platon, Aristote, Thomas d’Aquin, Leibniz, etc. ont pensé que l’existence de Dieu était démontrable. Même aujourd’hui encore, des philosophes tels que Richard Swinburne continuent d’affirmer que l’existence de Dieu est démontrable. Les chrétiens eux-mêmes l’ont affirmé. L’Apôtre Paul, par exemple, disait que  Dieu est rationnellement connaissable à travers la création (Romains 1.20). Mais face aux arguments rationnels qui leur sont présentés, les athées, tels que André Comte-Sponville, ne trouvent parfois rien de mieux à dire que ces preuves sont peut-être un peu trop rationnelles, que la vérité est peut-être absurde (L’esprit de l’athéisme, 2006, p.93-94). Alors, qui est le plus rationnel ? »

7 Réponses pour “La foi est-elle irrationnelle ? (Saison 3)”

  1. Mathieu dit:

    En reproduisant le big bang a petite échelle avec l’­­ »accélérateur de particules » ne pouvons nous pas crée un univers en tout point semblable à celui où nous vivons où l’espace étant minuscule le temps serait éphemère?! Et pourquoi pas créer NOTRE univers exactement précisément l’espace temps présent.. Les commanditaires de ces expériences où les scientifiques qui les mènent seraient alors « dieu ». Mon point: Ces personnes n’auraient (À condition que ça fonctionne) absolument aucun véto sur le sort des être qui habîteraient (habîteront) ce « monde ». Si dieu n’était pas moin bête qu’un homme qui crée un big bang sous la croûte de sa poussière atomique respective donnant ainsi naissance à un univers où la vie pourrait s’établir.. L’amour n’étant qu’un désir parce qu’un besoin fondamental… Je me vois forcé de pensé comme Épicure! Mon bonheur est certainement influencé par la façon que j’ai de subvenir à mes besoins fondamentaux. Pour le bien que je puisse apporter a mon prochain.. il ne m’est réellement profitable que s’il m’est rendu!

  2. Masson Alexis dit:

    Matthieu,

    1. Si on produisait un univers, nous ne serions pas des « dieux » pour autant, car nous sommes nous-mêmes contingents et donc causalement dépendants.
    2. L’amour n’est pas le désir, ni un besoin. L’amour est le don, je l’entends au sens de la « charité ». Il ne faut pas confondre l’amour avec le sentiment.
    3. En pensant l’amour, il faut accepter de cesser de penser le profit, le gain. Celui qui aime totalement est prêt à donner sa vie pour les autres.

    Cordialement.

  3. Justin dit:

    Bonjour,
    J’essaie d’imaginer une personne qui croirait en l’existence de Dieu, sans croire en lui. Je me pose la question suivante: si cette personne croit en l’existence de Dieu, comment y parvient-elle, si ce n’est en invoquant un argument téléologique (l’ordre dans l’univers), archéologique (l’origine l’univers, en général), ou « humain » (admission d’une transcendance sur l’homme pour expliquer l’Amour, la Justice, ou autres…) ?

    Or, de telles qualités ne sont-elles pas déjà une forme de croyance *en* Dieu, dans le sens où l’on se fait à l’avance une idée de ce qui est harmonieux/bon/beau, et de ce qui ne l’est pas ? Ainsi, l’idée que l’univers soit créé est, à nos oreilles, une bonne chose; l’idée que l’univers soit ordonné est une bonne chose; et ainsi de suite. Ne pensez-vous pas que croire en l’existence de Dieu, selon de tels arguments, n’est pas déjà une forme de croyance en Dieu, dans le sens où l’on considère déjà Dieu comme doué de « bonnes/belles/harmonieuses » intentions ?

    Ou encore, il est démontré parfois l’existence de Dieu en partant de quelques postulats ontologiques purs: omniscience, omnipotence, transcendance, … Mais, ce Dieu définit par ces termes là, ET sans faire entrer d’autres qualités « émotionnelles » de bonté/beauté/justice, n’est-il pas aussi existant qu’une définition mathématique ? En mathématique, la notion « d’espace vectoriel », par exemple, se définit, mais ne se rencontre pas dans la nature. En revanche, la physique utilise cette notion pour Modéliser (chose très différente). De même, un tel concept de divinité n’aurait-il pas une existence, non pas « physique », mais « mathématique ». Un tel dieu serait détaché du réel, bien que pouvant servir de canevas pour une conception parallèle de dieu, conception par exemple extraite de la Bible et d’une certaine sensibilité. Dans ce cas, la question de « l’existence de Dieu » ne serait pas réellement résolue, car on ne parle pas de Dieu, comme dépeint dans une quelconque Révélation, mais plutôt comme un archétype abstrait pour « modéliser ». Dans ce cas, est-ce que dans les assertions « savoir l’existence de Dieu », et « croire en Dieu », parle-t-on bien du même Dieu ?

    A moins que vous ne preniez « croyance en Dieu », dans le sens de parole véridique: « Je crois que la Bible est la parole révélée »; auquel cas je suis plutôt d’accord avec vous.

    Bien à vous

  4. Masson Alexis dit:

    Bonjour Justin,

    Votre remarque est tout à fait juste et je la reconnais parfaitement. Objectivement, on peut prouver l’existence d’un Dieu qui est amour (on peut donner de cet amour une définition objective : par exemple, qui donne et s’unit), mais pas d’un Dieu qui est bon. En effet, la valeur de la bonté dépend du locuteur. Le Dieu chrétien, par exemple, ne correspond pas aux critères aristotéliciens de bonté et de justice. Aristote, en effet, désapprouvait le pardon. Le crucifixion du Christ aurait été pour lui une véritable folie, non pas d’un point de vue rationnel mais moral.

    En revanche, l’existence de Dieu est bien démontrée et bien substantielle (je pense en particulier à la preuve par la contingence). Nous avons bien affaire à un être réel, sinon même plus réel que ce que nous connaissons empiriquement. Les attributs objectifs sont préservés. Seuls les attributs subjectifs (dont la bonté) posent cette difficulté.

    Cordialement.

  5. Justin dit:

    Bonjour,
    Oui, il est vrai qu’un tel Dieu, que l’on définirait comme l’être tel qu’il ne peut y en avoir de plus grand, existe réellement; autant pour moi.

    Merci pour ce site et toutes vos vidéos très intéressantes.
    Bien à vous.

  6. Justin dit:

    Néanmoins, je viens de me souvenir d’une pensée de Thomas d’Aquin, dans sa première question je pense, tome I de la somme théologique. Il dit que, si l’on admet la définition courante de Dieu, à savoir « un être tel qu’il n’en existe pas de plus grand », il n’en découle cependant pas l’existence de Dieu soit évidente pour nous. Il dit: « Un tel être est appréhendé dans l’esprit, mais il faut plus que cela pour qu’il existe réellement », et c’est précisément, continue-t-il, sur ce point que ceux qui ne croient pas en l’existence de Dieu,n diffèrent de lui.

    Qu’en pensez-vous ?

  7. Masson Alexis dit:

    Bonjour Justin,

    Thomas d’Aquin a parfaitement raison, on ne peut pas démontrer l’existence de Dieu en postulant une simple définition. Les preuves de l’existence de Dieu doivent être rattachées au réel lui-même. Ce que reproche Thomas d’Aquin à Anselme de Cantorbéry, c’est justement d’en rester au niveau de la subjectivité.

    Mais vous remarquez que Thomas d’Aquin propose cinq voies empiriques prouvant l’existence de quelque chose « que l’on appelle Dieu » (il réserve la démonstration effective qu’il s’agit bien de Dieu dans les questions suivantes, en démontrant ses attributs. Cf. l’analyse de Van Steenberghen.).

    Fraternellement,
    Alexis.

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Qu’est-ce que la philosophie analytique de la religion ? La philosophie est l’étude des questions fondamentales. La philosophie analytique est une méthode en philosophie qui insiste sur l’analyse logique des thèses et des arguments. La philosophie analytique de la religion est une branche de la philosophie analytique. Elle traite de l’existence de Dieu, du problème du mal, de la valeur de l’expérience religieuse, et même des doctrines chrétiennes spécifiques telles que la Trinité, l’Incarnation et l’Expiation. Qu’est-ce que l’apologétique ? L’apologétique est la défense rationnelle de la foi. Elle traite de l’existence de Dieu, du problème du mal, de la crédibilité de la révélation, de l’existence et de la résurrection du Christ. L’apologétique peut être négative ou positive. L’apologétique négative consiste à réfuter les objections contre le christianisme. L’apologétique positive consiste à apporter des arguments en faveur du christianisme.