La preuve de Dieu par le commencement (Saison 3)

La preuve de Dieu par le commencement (Saison 3)

C. KESSLER – « Qu’est-ce que la preuve par le commencement ? C’est la question que nous allons étudier dans cette émission Epistheo, avec le philosophe Alexis Masson. Alors, comment à partir de l’idée du commencement de l’univers peut-on prouver l’existence de Dieu ? »

A. MASSON – « C’est une preuve proposée par William Lane Craig, s’inspirant lui-même de la preuve du kalam, qui repose sur un principe très simple. Tout ce qui a un commencement a une cause. Or l’univers a eu un commencement. Il doit donc avoir une cause, qui se révèle être Dieu. »

C. KESSLER – « Mais qu’est-ce qui prouve que l’univers ait eu un commencement ? »

A. MASSON – « Il existe plusieurs types d’arguments visant à prouver que l’univers a eu un commencement. Certain d’entre eux reposent sur des considérations scientifiques. La seconde loi de la thermodynamique, par exemple, affirme que l’épuisement de l’énergie est irréversible. Si l’univers avait un passé infini, son énergie devrait être totalement épuisée. Il faut donc que son passé ne soit pas infini, afin que l’énergie n’ait pas été épuisé. De même, l’univers est en expansion. De ce fait, il a dût avoir un état initial, son commencement, dans lequel il était un point infimement petit et immensément dense. Ces arguments sont intéressants, mais il est toujours possible de proposer une cosmologie alternative afin d’éviter d’avoir à admettre ces conclusions. Les autres arguments, de types logico-mathématiques, sont plus difficilement contournables. Tout d’abord, si l’univers n’a pas eu de commencement, alors il a un passé infini. Or un infini par addition successives est impossible. Pour bien le comprendre, il faut distinguer plusieurs types d’infinis. L’infini actuel est une totalité complète et illimitée, qui est insensible aux additions et aux soustractions. Si j’ajoute ou retranche quelque chose à l’infini, c’est toujours l’infini. Or ce n’est pas le cas de l’univers dont le passé s’accroît de jours en jours. Il ressemble davantage à un infini potentiel, c’est-à-dire un ensemble fini dont l’accroissement n’est pas limité. Mais cet ensemble restera toujours fini. Si je commence à compter, même sur une immense durée, je n’atteindrai jamais l’infini, le dernier nombre que je citerai sera toujours un nombre fini. Enfin, si le passé était effectivement infini, alors le présent serait une contradiction. Si l’on partait du point le plus lointain dans le temps, il devrait être impossible d’atteindre le présent, puisque la durée étant infini, il y aurait toujours du temps à parcourir avant de l’atteindre. Cet ensemble d’arguments démontre que l’idée d’un passé infini est absurde, l’univers doit avoir eu un commencement. Sadowsky a ajouté qu’il serait totalement illusoire de vouloir expliquer l’univers par une régression à l’infini. La cause serait indéfiniment repoussée, autrement dit, jamais atteinte. Il en irait un peu de même que si tout le monde devait demander la permission à quelqu’un d’autre avant de faire quoi que ce soit, dans ce cas, personne ne ferait jamais rien. »

C. KESSLER – « Mais pourquoi la cause de l’univers serait-elle Dieu ? »

A. MASSON – « Avec l’univers ont été créé le temps, l’espace, la matière, l’énergie, etc. Donc la cause créatrice n’est rien de tout cela, puisque c’est ce qu’elle a créé. Elle doit être immatérielle, éternelle, immuable et puissante (puisqu’elle a créé l’univers !). Pour quelle raison a-t-elle créé l’univers ? Il existe deux types d’explications : physique (par des processus aveugles) ou personnelle (en invoquant des intentions), mais dans la mesure où c’est justement ce qui est physique que l’on cherche à expliquer, elle ne peut l’être. Elle doit donc être personnelle. La cause créatrice est Dieu. »

3 Réponses pour “La preuve de Dieu par le commencement (Saison 3)”

  1. Charles dit:

    Article paru dans un nouveau magazine scientifique: LE MONDES DES SCIENCES n°1- Mars 2012. Titre: LA FIN DU COSMOS ETERNEL – Page 25

     » Le coup Final de Vilenkine  »

     » Alexander Vilenkine et Alan Guth avaient étudié -dès 2003 – ce que l’inflation éternelle signifiait pour la constance de Hubble qui décrit de façon mathématique l’expansion de l’univers. Ils avaient constaté que les équations ne fonctionnaient pas.  » Vous ne pouvez pas construire un espace-temps avec cette propriété », nous explique le cosmologiste. Il s’avère que la constance a une limite inférieure qui empêche que l’inflation se produise dans les deux sens du temps. « Il ne saurait être éternel dans le passé. Il doit y avoir une sorte de frontière « . Le modèle d’univers cyclique propose que le Bing Bang n’est pas le début, mais un un rebond généré par un effondrement d’un précédent5 univers. L’univers passe par des cycles infinis de Bing Bang et de destruction sans début précis. Pourtant, quand Alexander Vilenkine a analysé ce que cela signifierait pour le désordre de l’univers, les chiffres ne concordaient pas non plus. Le chaos augmente avec le temps. Donc, après chaque cycle, l’univers doit devenir plus désordonné. Mais s’il y a déjà eu un nombre infini de cycles, notre univers devrait être dans un état de désordre maximal. Un tel univers serait uniformément tiède et sans relief et certainement pas ces éléments compliqués que sont les étoiles, les planètes et les physiciens… Le coup final de Vilenkine est une attaque contre une tierce proposition moins connue, selon laquelle le cosmos existait éternellement dans un état statique appelé « l’oeuf cosmique » qui a finalement « éclos » pour créer le Bing Bang. L’année dernière le physicien et l’étudiante Audrey Mithani ont montré que l’oeuf ne pouvait pas non plus avoir toujours existé.  » Toutes les preuves dont nous disposons vont dans le sens d’un univers avec un point de départ », conclut le cosmologiste. « 

  2. Pascal dit:

    « Pour quelle raison a-t-elle créé l’univers ? Il existe deux types d’explications : physique (par des processus aveugles) ou personnelle (en invoquant des intentions), mais dans la mesure où c’est justement ce qui est physique que l’on cherche à expliquer, elle ne peut l’être. Elle doit donc être personnelle. La cause créatrice est Dieu. »

    Je ne comprends pas en quoi la raison physique est si facilement rejetée du simple fait que l’on cherche à expliquer ce qui est physique…??

  3. Masson Alexis dit:

    Pascal, c’est le fait même qu’il y ait quelque chose de physique que l’on cherche à expliquer. Or toute explication physique part déjà de l’existence de quelque chose de physique, on ne peut donc pas trouver dans une explication physique la raison de l’existence de choses physiques. Je vais prendre une image : admettons que vous vouliez expliquer l’existence de choses biologiques. En utilisant des lois biologiques, vous n’expliquez que leur cohérence, non le fait même qu’il y ait des lois ou des choses biologiques. Pour cela, vous devez descendre à un autre niveau d’explication : le niveau physique. Et si l’on cherche à expliquer l’existence des choses physique, on doit descendre au niveau métaphysique. L’argument de W. L. Craig consistant à dire qu’une explication est ou bien physique, ou bien personnelle est rapide (elle nie l’alternative d’une explication mathématique, et nie la réduction possible de certaines explication personnelle à une explication physique). Il aurait mieux valu argumenter à partir de la contingence du monde : la cause première avait le choix entre l’existence ou non de l’univers et entre cet univers-ci ou d’autres univers. Ce choix ne dérive ni de sa nature ni de ses besoins (elle est infini, autosuffisante et les autres alternatives étaient réellement possibles). Il doit donc y avoir une personne à l’origine de ce choix.

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