La preuve de l'existence de Dieu

La preuve de l'existence de Dieu

Abordons la question de l’existence de Dieu. Cette question est davantage philosophique que théologique, dans la mesure où le théologien admet l’existence de Dieu dogmatiquement. Pour le philosophe, la question fait problème. Mais lorsque nous regardons la philosophie contemporaine, nous avons l’impression que cette question est un peu dépassée. Cela veut-il dire que la philosophie est parvenue à « l’âge de raison » en acceptant l’athéisme, ou du moins l’agnosticisme ?

Au contraire ! L’histoire de la philosophie a vécu un infléchissement contre la raison depuis la publication de la Critique de la raison pure par Kant. L’âge d’or de la raison, que l’on peut estimer s’étendre que Descartes et Wolff, est aussi une époque où l’existence de Dieu est l’objet central de la philosophie. Seule son existence peut accomplir la raison : Dieu est considéré comme une pièce indispensable au rationalisme intégral. A partir de Kant, la raison est remise en question, et par là l’existence de Dieu est aussi remise en question. En d’autres termes, il y a une véritable division en philosophie, entre le courant rationalisme qui admet l’existence de Dieu, et les autres courants critiques envers la raison qui mettent également en doute l’existence de Dieu. Et aujourd’hui, beaucoup de philosophes sont prêts à admettre l’absurde, le mystère ou le hasard. Nous vivons dans une époque qui dévalorise profondément la raison.

C’est assez étonnant d’entendre une telle remarque. Si les philosophes contemporains ne se prononcent plus en faveur de l’existence de Dieu, ce serait tout simplement parce qu’ils ont renoncé au rationalisme… Mais en quoi précisément le rationalisme conduirait-il à penser que Dieu existe ?

Les philosophes rationalistes considèrent que la réalité est cohérente, ce qui signifie qu’elle a une raison d’être, et seul Dieu peut expliquer cette raison d’être. Pour un rationaliste, toute réalité a une raison qui explique son existence et sa manière d’être. La réalité, dans sa globalité, doit pouvoir recevoir une explication intégrale, sans faire appel à l’absurde, à aucun mystère, ni à aucun hasard. Si la réalité est rationnelle, nous devrions pouvoir répondre à la question suivante : « Pourquoi existe-t-il quelque chose et non pas plutôt rien ? ». Or de tout ce que nous observons, rien n’a en soi-même la raison de sa propre existence, ni de sa manière d’être. La raison est insatisfaite, parce qu’il y a du mystère, il faut continuer à chercher ailleurs. Par exemple, si j’observe une plante, je vois qu’elle n’existe qu’à la condition qu’il y ait de la terre, de l’eau et du soleil, et que tous ces éléments influencent même sa manière de croître, sa couleur, etc. La plante en elle-même ne suffit pas à sa propre explication. Si je m’arrête à la plante, la raison est insatisfaite, parce qu’elle veut pouvoir complètement l’expliquer. Et partout, nous constatons que les choses existent en raison de conditions extérieures. Ce sont des choses « conditionnées ». Et nous avons beau démultipliées les choses conditionnées, la somme est toujours une réalité conditionné, car la somme est dépendante de chacune de ses parties. L’Univers ne peut donc pas exister par lui-même. La nature ne suffit pas à sa propre explication, parce qu’elle est conditionnée. La raison de son existence doit donc se trouver dans un être inconditionné, qui soit la condition de toute chose. C’est un être qui possède la raison de son existence en lui-même, plutôt que dans un autre, sans quoi nous subsisterions toujours dans le même problème. C’est cela que nous appelons Dieu : un être tout-puissant, qui ne dépend de rien mais dont tout dépend. Et cet être doit être unique, sinon il serait lui-même conditionné par un autre qui le limiterait. Cette preuve, c’est ce que la tradition philosophique appelle la « preuve cosmologique ».

L’existence d’un être inconditionné, c’est-à-dire « qui ne dépend de rien mais dont tout dépend » est  donc, d’après le rationalisme, la seule explication de l’existence de l’univers qui soit rationnelle, parce que c’est la seule réponse satisfaisant à la question : « Pourquoi existe-il quelque chose ? ». Mais est-ce que cela veut dire que l’athéisme est par définition obligé de postuler l’absurdité de l’univers ?

La critique de la preuve cosmologique repose sur la critique de l’intelligibilité de la réalité en elle-même. Nous ne savons pas si la réalité est en elle-même rationnelle, peut-être est-elle absurde. L’absurdité de l’univers, ou du moins la remise en question de sa cohérence interne, c’est le fondement même de l’athéisme. Le refus de reconnaître l’existence de Dieu est la conséquence d’un refus d’admettre les conclusions naturelles de la raison. L’athéisme moderne s’appuie sur Kant, or l’on oublie souvent, Kant est l’auteur de la Critique de la raison pure. Kant refuse l’affirmation rationaliste selon laquelle la réalité est en elle-même rationnelle. Nous oublions cela trop souvent : l’athéisme se fonde sur le refus de la rationalité du réel. J’aimerais citer André Comte-Sponville : « Des trois preuves classiques de l’existence de Dieu, c’est la seule qui me paraisse forte, la seule qui, parfois, me fasse hésiter ou vaciller. […] Le nerf de la preuve cosmologique, c’est le principe de raison suffisante, qui veut que tout fait ait une raison d’être, qui l’explique. […] Mais […] pourquoi n’y aurait-il pas de l’absolument inexplicable ? […] Serait-ce absurde ? Et alors ? Pourquoi la vérité ne le serait-elle pas ? » (Comte-Sponville A., L’esprit de l’athéisme, 2006, p.93-94). Pourquoi la vérité ne serait-elle pas absurde ? L’athéisme n’a pas d’autre refuge que l’absurdité et le mystère. L’athéisme est un négationnisme de la raison. L’athée n’a pas d’autre choix de relativiser sa raison, c’est pourquoi la Bible dit que l’athée est un insensé.

12 Réponses pour “La preuve de l'existence de Dieu”

  1. Bruno LEMAIRE dit:

    Billet très intéressant, et d’une logique implacable.
    A rattacher, je pense, aux œuvres de Tresmontant.

    Bravo et merci.

    B.L.

  2. Jacques dit:

    C’est tellement plus simple de dire que Dieu est Amour et que chaque fois qu’on s’en éloigne, on commence à mourir un peu.

  3. admin dit:

    C’est tout à fait vrai « que Dieu est amour et que chaque fois qu’on s’en éloigne, on commence à mourir un peu ». Mais ces mots n’ont pas beaucoup de sens si l’on ne vit pas dans un milieu chrétien. En réalité, cette phrase est d’une incroyable complexité pour un non-chrétien. Dieu, qu’est-ce que c’est ? Il en existe tant de conceptions différentes… L’amour, qu’est-ce que c’est ? Un sentiment, un engagement, la passion, le désir, l’érotisme, etc. ? Le christianisme parle d’une conception bien spécifique de l’amour. S’éloigner de Dieu ? Qu’est-ce que cela veut dire ? Dieu est sensé être omniprésent, comment pourrions-nous nous éloigner de lui ? Et mourir enfin, qu’est-ce que cela veut dire, je vais faire une crise cardiaque si je fais un pas de plus ? En réalité, cette phrase est beaucoup trop complexe, elle ne communique pas grand chose à quelqu’un qui n’est pas chrétien. Le problème est : veut-on ou non communiquer quelque chose aux non-chrétiens ? Veut-on expliquer et discuter ce que l’on pense, ou utiliser des formules obscures qui ne veulent rien dire pour lui, qui lui rappellerons plus les phrases répétés dans les sectes, et dépourvues de sens ? Va-t-on parler en français à un chinois, sous prétexte que nous avons l’habitude de parler en français, sans nous intéresser et tenter de communiquer au chinois. Pour moi l’amour commence la : communiquer avec mon prochain plutôt que de rabâcher des mots qui ne parlent pas à la majorité.

  4. Peters dit:

    Bonjour Mr Masson.

    J’ai fait ce que vous m’avez conseillé il y a de cela quelques jours. Vous m’avez dit de lire les somme théologique pour comprendre pourquoi Saint Thomas d’Aquin attribuait au Dieu chrétien les attribus du dieu du philosophe Aristote. Je l’ai lu et j’ai trouvé cela fort interessant.Cependant , il y a quelque chose que je n’arrive pas à saisir. Et personne dans mon entourage n’arrive à l’expliquer. C’est pourquoi je me tourne vers vous avec l’espérence d’une réponse claire et précise comme à l’habitude.
    En abordant la question du mal Q48-49, j’ai remarqué que Thomas d’Aquin ne considérait pas le mal comme une entité réel mais plutôt comme une privation de bien ( il y est dit que le mal n’est n’y un bien n’y un existant ( Saint Augustain )). Il part de l’idée que tout être à de l’acte en lui de par son existance même.Or, satan ( souverain mal ) est , semble t’il , un être ( éxistant) possédant de l’acte. Par conséquent il aurait une forme de perfection ( ce qui est inacceptable car il est l’opposé du Bien , à savoir , la perfection). De plus il démontre que tout être tend vers le bien ( Dieu ). Donc , il me semble qu’il n’y ai pas beaucoup de place pour satan la dedant ? La bible dit également en Esaie ( 45 : 6 ) et dans Amos ( 3:6)que c’est Dieu qui crée le malheur , et , comme il est , à juste titre , la cause première de tout être , il normal quand remontant les causes on tombe sur Dieu.

    Seulement voilà , cela me semble bien contradictoire avec l’idée des catholiques sur satan ( Enfer , diable rouge avec des cornes).

    Ma question est la suivante : Peut-on accepter, comme les Thomiste, que le mal est une privation de bien donc un accident du bien. Qui n’existe qu’a condition que le bien est posé , qui n’a que comme suppôt la bien lui même ? ou alors comme les gens « normaux » qui y vois un être ?

    PS : Je n’ai pas enummrer toute la pensée du Docteur de la vérité par soucis de temps, mais le tout est très complet dans ses somme théologiques.

    Cordialement
    Peters Thomas.

  5. Masson Alexis dit:

    Bonjour Peters,

    Les questions que vous poser méritent un long traitement, d’autant que je ne les ai pas encore abordé au cours d’une émission, ou d’une vidéo. Je vais essayer d’être à la fois le plus exhaustif et le plus bref possible.

    Il est très difficile de discuter du Diable d’un point de vue purement philosophique, dans la mesure où il ne semble pas jouer un rôle absolument nécessaire. La preuve en est que peu de philosophes, parmi ceux qui ont traité des fondamentaux du christianisme, n’ont attaché une importance au diable. On pourrait très bien expliquer philosophiquement le Christianisme sans aborder cette question. Cela ne veut pas dire que Satan n’existe pas, mais que nous ne pouvons en connaître son existence qu’au moyen d’une expérience ou d’une révélation.

    En revanche, la question du mal est incontournable. Les philosophes anciens ont souvent considéré le « Bien » comme étant une chose : ils ont fait de l’« ontologisme ». Cela, nous le constatons chez Platon, dans le Stoïcisme, chez Augustin, etc. Par conséquent, si le « Bien » est une chose, le mal est : (1) ou bien lui aussi une chose, mais s’il est une chose de même que le « Bien », il est différent du « Bien » et existe en lui-même. Le mal devient quelque chose en soi, d’une nature qui le différencie du bien. Or Dieu étant au summum de l’être, il devrait également posséder la qualité du mal, sinon une qualité lui ferait défaut, et dans ce cas il ne serait pas parfait… Les philosophes n’ont évidement pas admis cette hypothèse, mais plutôt la seconde : (2) Seul le « Bien » est une chose, dont le « mal » est le plus bas de degré, sinon son défaut, son absence. Voilà comment les philosophes anciens en sont arrivés à cette conclusion. Si le « Bien » est quelque chose, le mal en est son absence, sinon Dieu serait également mauvais.

    Mais pourquoi ont-ils pensé que le « bien » est quelque chose ? Platon pensait que la nature était faite de deux éléments : pour faire très simple, disons les « Formes » (ou les Idées) et la « Matière ». La matière en elle-même n’a aucune qualité, elle est chaotique (cf. le Timée). Dieu ordonne donc la matière par les Idées qui sont des choses existante par elles-mêmes, qui sont toutes les qualités que nous retrouvons ensuite mélangée et ordonnant la matière. Si le Bien n’est pas de la matière, il est nécessairement une Idée, une chose existence par soi, d’après le système platonicien. En ne pensant que l’alternative matière/forme, le bien devient inévitablement une « forme » réelle structurant la matière. Si vous regardez la quatrième voie thomasienne en faveur de l’existence de Dieu, vous verrez que c’est exactement cette métaphysique qui est en jeu. Le Bien (de même que le « Beau », le « Vrai », le « Noble », etc.) sont des Formes, nous les voyons particulières dans la nature, elles doivent exister en essence même, dont tous les exemplaires particuliers ne sont que des degrés. Dieu est souverainement ces qualités, au plus haut degré.

    Pour ma part, ni le Bien, ni le Beau, ni le Vrai, etc. ne sont des réalités en elles-mêmes, car elles n’expriment pas une chose mais une relation. Ce sont plus exactement des « valeurs ». Par exemple, quelque chose n’est bien que relativement à un système législatif, une normal morale, etc. ; une chose n’est belle que par rapport aux valeurs esthétiques d’une personne qui la regarde ; une idée n’est vrai que relativement à la réalité qui permet d’en juger… Par conséquent, le Bien et le Mal ne sont que des valeurs qui expriment la relation d’une chose à une autre.

    Certains philosophes anciens n’auraient pas aimé cette conclusion, car elle conduit à penser que Dieu n’est ni « Bien », ni « Vrai », ni « Beau » en lui-même. (Je rappelle au passage que Jésus est la Vérité, parce qu’il est l’image du Père, comme l’idée doit être correspondante à la réalité). Il y a pourtant un argument en faveur de l’idée que le Bien n’est justement qu’une valeur, et non une chose, une qualité que Dieu posséderait par essence. Cet argument nous vient d’Aristote, dans l’Ethique à Nicomaque : un être n’est bon qu’aucun qu’il choisi de faire quelque chose de bien ; un être contraint à faire quelque chose (par exemple, par sa nature même), ne peut ni être tenu pour responsable, ni en retirer aucun mérite. Par conséquent, ce n’est que parce que Dieu choisit d’être bon qu’il est bon, mais il n’est pas bon par nature.

    Je sais que certains risquent de croire que j’introduis là une contingence en Dieu. Qu’ils se rassurent, ce n’est pas le cas. Je m’expliquerais en distinguant deux types de nécessités : les nécessités naturelles (nécessité qui est par nature, par soi) et les nécessités impliquées (nécessité qui est le résultat d’une implication). Par exemple, un triangle a nécessairement par nature trois angles, car c’est sa définition, son essence même. Néanmoins, le fait que la somme des angles du triangle fasse 180 degré n’est qu’une nécessité impliqué (du fait qu’il a trois angles). La preuve en est que les triangles sont toujours des triangles même dans les géométries non-euclidiennes où ils peuvent faire ou bien plus ou bien de 180°. Ici, je dirais que Dieu est bon d’une nécessité impliquée, en résultat de d’autres propriétés qui forgent son choix, afin qu’il ne soit pas contraint, mais que cela soit bien l’opération de sa liberté.

    On pourrait penser que Dieu étant intelligent par nature, sait qu’il est possible d’être bon, sait ce qu’il faut penser et faire pour être bon, et juge cela préférable au fait de penser et de faire le mal. L’hypothèse de base est alors que, dans l’absolu, le bien est préférable au mal. Ainsi librement, sans être bon par nature, choisi librement d’être bon par l’implication de son intelligence qu’il possède par nature.

    On pourrait également penser que le bien est ce qui est conforme à la volonté divine, tandis que le mal est ce qui est distinct de sa volonté. Dans ce cas, Dieu le bien ne concerne que la créature vis-à-vis de Dieu, mais Dieu étant lui-même l’étalon du bien n’est pas soumis à cette valeur, au contraire, c’est cette valeur qui lui est soumise. C’est le cas par exemple chez Leibniz. Ainsi il est le « Bien » non par nature, mais de manière impliquée, parce qu’il est l’étalon du bien. Il serait également librement « bien », en ce sens où il aurait pu ne rien vouloir, ayant voulu quelque chose, cela est le bien et il est la source du bien.

    Ajoutons quelques considérations :

    1. Concernant le Diable, le Christianisme enseigne que c’est un ange qui s’est rebellé contre Dieu. Il n’est donc pas mauvais par nature, mais par décision. Le Diable est bien un être, mais on ne peut pas dire qu’il soit mauvais par nature.

    2. Tout être peut tendre vers le bien, en ce sens où il désire ce qui est bien. Mais il peut aussi se tromper sur la nature du bien, et donc tendre vers le mal plutôt que le bien en pensant tendre vers le bien. Par exemple, dans une optique platonicienne (cf. le Gorgias), le tyran peut penser que le bien est dans l’accomplissement de son propre désir (le bien, dit Calliclès, c’est que le plus fort domine), se trompant ainsi sur la nature du bien. Aristote répond que les voleurs savent ce qu’est le bien, pour preuve, ils se partagent équitablement leur butin. On pourrait lui répondre que s’ils partagent équitablement leur butin, ce n’est pas pour accomplir la justice, mais parce que chacun veut sa part, et qui plus ait la part la plus importante (estimant que c’est là le bien) et que de cela résulte un compromis de toutes les forces en présence qui tendent vers l’équilibre entre chacune des parties. Les voleurs n’ont pas davantage le cœur de l’Abbé Pierre envers les autres voleurs qu’envers ceux qui sont volés, mais agissent ainsi par contrainte.

    3. Le mal peut être un bien dans certain cas. Là encore, Platon l’explique : si une punition me permet de réviser mon comportement, alors c’est un bien. Dieu peut donc être responsable de certains maux, qui sont en réalité des moyens du bien. En réalité, ces maux ne sont qu’apparents et subjectifs. L’enfant qui a reçu une gifle pense que c’est un mal, mais c’est là un jugement subjectif, car la douleur est pour lui objectivement un bien qui le conduira à ne plus mal se comporter.

    J’espère avoir répondu à tes questions.

    Cordialement.

    Masson Alexis.

  6. Peters. Thomas. dit:

    Bonsoir

    je te remercie beaucoup pour cette explication très instructive. Je suis d’accord avec plus ou moin tout. La question du mal est résolue. Et je t’en remercie.Cependant, j’ai une autre question qui découle de ton explication. Si j’ai bien compris , selon toi,Dieu n’est pas bon par essence sous peine de le contraindre à lui même.Certes , cette question du pouvoir et du vouloir de Dieu est souvent alléguée par les athés. Mais pourtant , il semble tout à faire incorrecte de penser cela , En lisant somme théologique je suis tombé sur cette question

     » Dieu seul est-il bon par essence ? »

    Et il se trouve qu’en effet Thomas d’Aquin ai raison. Je suis tout à fait conscient que mes connaissances en philosophie et en théologie sont fort peu avancées. Cepedant quand je ne suis pas d’accord je fait part de mes idées et je pense que celle-ci est défendable.
    Voiçi l’argument :

    Dieu seul est bon par son essence. En effet, tout étant est dit bon dans la mesure où il est parfait. Or, la perfection de chaque chose a trois niveaux. Au premier, elle est constituée dans son être. Au second, elle a, en plus de sa forme constitutive, des accidents qui sont nécessaires à la perfection de son opération. Au troisième, enfin, c’est la perfection d’un être qui atteint quelque chose d’autre, comme une fin pour lui. Par exemple, la première perfection du feu est l’existence même qu’il possède par sa forme substantielle ; la seconde consiste dans sa chaleur, sa légèreté, sa sécheresse, etc., et sa troisième perfection consiste en ce qu’il a trouvé son lieu, où il se repose.

    Or, cette triple perfection ne convient à nul être créé en vertu de son essence, mais à Dieu seul. Car il est le seul dont l’essence est son être ; parce que à cette essence aucun accident ne s’ajoute, mais tout ce qui est attribué aux créatures accidentellement être puissant, sage, etc. Lui est essentiel ainsi qu’on l’a vu. Et à rien d’autre que lui-même il n’est ordonné comme à sa fin ; c’est lui-même qui est la fin ultime de toutes les choses. Il est manifeste par là que Dieu seul a en son essence même la perfection totale, et c’est pourquoi lui seul est bon par essence.

    Cette manière de voir la perfection est surement source de controverce. mais n’en connaissant ancune autre je la trouve pertinante.

    Cordialement.

    Peters Thomas.

  7. Masson Alexis dit:

    Bonjour Peters,

    Comme je l’ai dis, la question est délicate. J’espère réussir à préciser ce que j’ai dit précédemment relativement à ta nouvelle question.

    Thomas d’Aquin entend le « bien » au sens ancien, qui est un peu particulier. A la suite d’Aristote, il définit le « bien » comme étant « ce à quoi toutes les choses tendent » (S.T., I, q.5. a.1 r.). Il précise : « une chose est attirante dans la mesure où elle est parfaite ; car tous les étants aspirent à se parfaire ». Autrement dit, le « bien » au sens au Thomas d’Aquin l’entend n’est guère éloigné de ce que Leibniz appelait le « bien » au sens « métaphysique », c’est-à-dire la complétude, le fait d’être complet. Spinoza irait dans le même sens, en affirmant que le bien est ce qui accroît ma puissance d’être. Si l’on revient à Dieu, il est « parfait », c’est-à-dire pleinement acte, accomplit, il est donc bon par essence, et dans la mesure où il est la finalité de tous les êtres parce qu’il les accomplit, il est également bon pour eux, et aucun d’entre eux ne peut être bon par soi.

    Mais ce n’est là qu’un sens du « bien », le sens « métaphysique ». Ce sens résulte d’une confusion chez les anciens entre le « bien » et le « bon ». Dans le vocabulaire contemporain, il semblerait plus juste de distinguer le « bien » (moral) et le « bon » (métaphysique). Le « bien » est la conformité de l’être au devoir-être. Le « bon » est ce qui accroît ou parfait mon être. Il est possible que le « bien » contredise le « bon », c’est par exemple le cas du sacrifice, où l’on meurt pour accomplir le devoir. Evidemment, dans le Christianisme le problème est plus complexe, car « celui qui s’abaisse sera élevé », Dieu étant juste, il « bonifie » celui qui accomplit le bien sans considérer ce qui est bon pour lui. Du même coup, c’est lorsque on méprise ce qui est immédiatement bon pour nous (tuer son ennemi) au profit du bien (bénir son ennemi) que Dieu nous béni (c’est-à-dire est bon pour nous : il nous renforce, par Dieu nous devenons plus fort que si nous avions tué notre ennemi). On comprend pourquoi les premiers philosophes chrétiens ont pu confondre le « bien » et le « bon », au-delà de l’héritage grec. Les deux notions, même si dans la réalité peuvent se rejoindre grâce à Dieu, sont néanmoins formellement distinctes, sans quoi l’injonction de Christ : « bénissez vos ennemis » n’aurait aucun sens.

    Dieu est-il « bon » par essence (car nous ne pouvons pas parler, au fond, du « bien » chez Thomas d’Aquin) ? Concernant Thomas d’Aquin, il répond par l’affirmative, car il ne conçoit que trois distinctions dans l’existence, comme le résumé l’article que vous avez cité : l’essence (être, forme, nécessité), l’accident (contingence), l’acte (la finalité, l’accomplissement). Si l’on accepte ces distinctions, Dieu est à la fois « bien » et « bon » par essence. Mais pour ma part, j’y ajoute une précision à l’intérieur même de ce que Thomas d’Aquin appelle l’essence, c’est pourquoi ma réponse peut sembler contraire à la sienne, alors qu’elle le rejoint. Il y a, au sein de la nécessité d’un seul et même être, comme je l’ai déjà dit, deux types de nécessité : celle de son essence fondamentale, celle qui est impliquée par son essence fondamentale. On peut ou bien distinguer « nécessité par nature » / « nécessité impliqué par la nature » comme je l’ai déjà fait ; ou bien distinguer « le noyau de l’essence même » / « essence périphérique » : il s’agit toujours de l’essence au sens de Thomas d’Aquin. Mais le sens qu’il emploi est large, tandis que celui que j’utilise est restreint. Pour lui, un triangle serait à la fois une figure à 3 angles et une figure ayant des angles dont la somme fait 180°. Il en va ainsi car pour Thomas d’Aquin, l’essence est définie par la nécessité globale au sein de l’être ; par opposition à la contingence. Pour ma part, il faut pourtant distinguer deux types de nécessités, fondamentale (noyau de l’essence) et périphérique (implication de l’essence), qui toutes deux sont opposées à la contingence. Ainsi, pour moi le triangle a 3 angles, c’est cela le fondement de son essence ; mais le fait que la somme de ses angles fassent 180° est seulement dérivée (tout en étant nécessaire) du fait qu’il a 3 angles. Et s’il avait une surface de 10 cm2, c’est quelque de contingent relativement à l’essence du triangle. Là où Thomas d’Aquin distingue deux choses (essence, accident), j’en distingue deux dans la première ce qui fait trois (essence pure, essence impliquée, accident). Nous sommes donc globalement d’accord. Si j’insiste sur ce point, ce n’est pas pure frivolité, c’est pour expliquer la liberté de Dieu, bien que son être soit totalement nécessaire. Je suis bien d’accord avec Thomas d’Aquin, Dieu est pur acte. Mais tandis qu’il dit que Dieu « est » bon par nature, je dis qu’il « est » « bon » parce que cela est impliqué par sa nature, sans se confondre formellement avec elle.

    Il serait intéressant d’examiner ce que dit Thomas d’Aquin sur le libre-arbitre : « Nous avons le libre arbitre à l’égard des choses que nous ne voulons ni nécessairement, ni par un instinct de nature. Car il n’appartient pas au libre arbitre, mais à l’instinct naturel, que nous voulions être heureux. Aussi ne dit-on pas des autres animaux, qui sont mus vers quelque objet que ce soit par instinct naturel, qu’ils agissent par libre arbitre. Donc, comme Dieu veut nécessaire sa propre bonté, mais non les autres choses, comme l’on a montré, il possède le libre arbitre de tout ce qu’il ne veut pas nécessairement » (q. 19, a. 10). Thomas d’Aquin oppose donc, au sein de la volonté divine, d’une part la nécessité et d’autre part la liberté. Dieu est libre dans la mesure où ce qu’il veut il ne le veut pas nécessairement, car il y a des choses que Dieu ne veut pas absolument nécessairement… mais qui sont quand même nécessaires conditionnellement (q. 19, a.3). Thomas d’Aquin semble en difficulté, parce qu’il veut introduire une troisième distinction entre la nécessité et la contingence, afin que la volonté de Dieu reste nécessaire sans contingence, mais tout de même libre. Je suis d’accord avec lui, seulement je le dis autrement. Son vocabulaire est un peu fluctuant, risquant de parler de contingence dans la volonté divine dans l’article sur le libre arbitre, la nécessité conditionnelle est plus appropriée… pourtant elle n’appartient pas à sa nature fondamentale, mais en même tant la volonté divine est immuable… Les distinctions que j’opère me semblent plus claires, Dieu est libre, ce qu’il veut il le veut nécessairement en raison de sa nature et dans la mesure où il le veut, c’est cela sa liberté, sans contredire sa nécessité, et sans que ce soit dans sa nature même, mais comme conséquence de sa nature. Thomas d’Aquin aurait eu quelques difficultés à s’expliquer sur le « bien » en Dieu, s’il avait eu à en parler.

    J’espère que tu saisis mieux pourquoi je défend ce mode d’explication plutôt qu’un autre, au-delà de toutes les difficultés catégorielles auxquelles nous sommes confrontés lorsque nous parlons d’un auteur appartenant à une autre époque.

    Cordialement.
    Masson Alexis.

  8. Peters. Thomas. dit:

    Je pense avoir bien compris et oui ce que tu dis se tient parfaitement bien cela me semble correcte. Et oui je pense que le bon et le bien sont confondus comme tu le remarques.De nouveau merci pour ce petit cours sur la metaphysique.
    Bonne continuation Mr Masson.

    Codialement
    Thomas Peters.

  9. fred dit:

    Bonjour,
    Je débarque sur la religion depuis pas lontemps, car je suis dans le stress d’une veritable enquette sur le nouvel ordre mondial. Je ne sais pas si ce concept est dans vos préocupations, mais pour vous dire que ce sale projet d’un pouvoir mondial, concentré sur une seul personne qui va finir par s’assoir sur le « trône » du monde est biblique! j’aimerai votre avis sur ce phénomène, et savoir si vous êtes d’une église en particulier : catolique, évangéliste, etc.
    sur mon site il y a une page qui parle de l’arche de Noé retrouvée : http://fredpohl.free.fr/41.html
    et comment ils vont essayer de fondre toutes les religions en une seule :
    http://fredpohl.free.fr/39.html
    justement pour ce même mec, dont certains disent qu’il sera l’antéchrist.
    en espérant une réponse, si je ne vous semble pas fou furieux!
    fred

  10. Masson Alexis dit:

    Bonsoir,

    J’avoue que ce n’est pas mon domaine de compétence, j’en suis désolé.
    Ma vision de l’Église est celle de Jean 17 : une Église une, plutôt que divisée en confessions, qui manifeste l’amour entre les chrétiens.

    Cordialement.

  11. Ludovic dit:

    Salut Alexis Masson, je vois que tu es très calé dans le domaine de la métaphysique. Toutefois je voulais avoir ton avis une notion qui me questionne depuis ma conversion.

    Tout d’abord, je me questionne énormément sur la notion de justice. Qui je pense peut être intégrée dans celle de l’Amour. D’ailleurs, je me questionne au niveau du salut en terme d’équité. Je trouve assez injuste que des personnes naissent dans des familles chrétiennes où la vérité leur sera inculquée très tôt avec une légitimité. Alors que d’autres individus naitront dans des familles athées ou bien d’autres religions. Ceux-ci en terme d’équité auront une plus grande difficultés à faire cette rencontre personnelle avec Dieu que les précédents.
    La question de base serait: est-ce que tous les hommes sont égaux dans ce fameux « libre arbitre ». ?

    Pour faire encore une petite parenthèse, si je prends une personne née dans une famille musulmane, elle aura intégré des connaissances,(son habitus= terme sociologique de P.Bourdieu) différents que une personne née sur un sol judéo-chrétien.
    Allé parler au musulman de Jésus sauveur, vous verrez tout de suite sa résistance liée d’une part à sa culture.

    Je me demande si on peut imaginer une réponse philosophique concernant l’inégalité de traitement au salut.

  12. Masson Alexis dit:

    Bonsoir Ludovic. Je comprends très bien le problème. Tout d’abord, rappelons que Dieu est rationnellement connaissable (Romains 1.18-21). Nul ne peut être excusé de ne pas le connaître et de ne pas lui rendre l’honneur qui lui est dû. Ensuite, on peut défendre un principe de proportionnalité. Celui qui naît dans une culture chrétienne est plus responsable que celui qui naît dans une culture non-chrétienne. Jésus semble défendre ce type de principe, lorsqu’il affirme que les villes dans lesquels sa parole est annoncée seront plus sévèrement jugées que Sodome et Gomorrhe, car à leur place ces deux villes se seraient repenties (cf. Matthieu 10 et 11). C’est toujours selon ce même principe que Jésus affirme que la pauvre veuve donne plus que les riches, car elle a donnée non ce qui est superflu, mais ce qui est nécessaire (Marc 12.41-44). On peut donc penser que celui qui naît dans une culture chrétienne est favorisé, il est donc aussi plus sévèrement jugé, tandis que celui qui naît dans une culture non-chrétienne est moins favorisée, il est donc jugé avec plus de clémence. Il y a ainsi un certain équilibre proportionnel.

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Qu’est-ce que la philosophie analytique de la religion ? La philosophie est l’étude des questions fondamentales. La philosophie analytique est une méthode en philosophie qui insiste sur l’analyse logique des thèses et des arguments. La philosophie analytique de la religion est une branche de la philosophie analytique. Elle traite de l’existence de Dieu, du problème du mal, de la valeur de l’expérience religieuse, et même des doctrines chrétiennes spécifiques telles que la Trinité, l’Incarnation et l’Expiation. Qu’est-ce que l’apologétique ? L’apologétique est la défense rationnelle de la foi. Elle traite de l’existence de Dieu, du problème du mal, de la crédibilité de la révélation, de l’existence et de la résurrection du Christ. L’apologétique peut être négative ou positive. L’apologétique négative consiste à réfuter les objections contre le christianisme. L’apologétique positive consiste à apporter des arguments en faveur du christianisme.