La Trinité

Posted on: juin 9, 2011
2 Commentaire(s)

01. Qu’est-ce que la Trinité ?

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La Trinité est une doctrine chrétienne qui affirme que Dieu est un être tripersonnel. Le Christianisme est donc un monothéisme puisqu’il n’y a qu’un seul Dieu. Néanmoins ce Dieu unique n’est pas une unique personne, mais trois personnes distinctes : le Père, le Fils et l’Esprit. Ces trois personnes sont le même Dieu, mais elles sont distinctes les unes des autres : le Père n’est pas le Fils, ni l’Esprit, et de même le Fils n’est pas l’Esprit. Il y a donc un seul et unique Dieu qui est trois personnes distinctes, chacune étant Dieu lui-même. Cette doctrine est distinctive du Christianisme, on ne la retrouve dans aucune autre religion. Par exemple, le Trimurti dans l’hindouisme, est semblable à la Trinité chrétienne, sans vraiment l’être. D’après les hindous, le divin possède trois formes, ou modes d’action, pour présider l’univers : Brahmâ pour la création, Vishnou pour la préservation et Shiva pour la destruction. La différence est manifeste avec la Trinité : ce sont trois formes réductibles les unes aux autres de la même divinité. Il ne s’agit pas de trois personnes réellement distinctes, mais plutôt de trois manières d’être ou manifestations d’une même personne, qui sont réductibles ou interchangeables les unes aux autres. D’ailleurs, on peut choisir de n’adorer qu’une seule forme comme étant suprême. La Trinité, l’affirmation du Dieu unique tripersonnel, est donc spécifique au Christianisme. Dans la prochaine émission nous étudierons son origine.

02. Quelle est l’origine de la doctrine de la Trinité ?

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Ce n’est pas dans la Bible, mais dans le Contre Praxéas de Tertullien, au IIIe siècle, que le mot « Trinité » est employé pour la première fois. Par le mot « Trinitas », Tertullien tente d’exprimer le fait que Dieu est à la fois un et trois. « Dieu est seul et pourtant il n’est pas seul » (5,2). Les Chrétiens sont monothéistes, s’ils ne considèrent pas seulement le Père, c’est parce que le Père, le Fils et l’Esprit forment un seul Dieu (31, 1-2). La formulation de la doctrine est progressive, elle s’étend sur trois conciles. Le Concile de Nicée (325) affirme que Dieu est unique. Le Père et le Fils sont consubstantiels (homoousion), un même être. Ensuite, le Concile de Constantinople (381) y ajoute le Saint-Esprit. Enfin, le Concile de Chalcédoine (451) établi la formulation définitive : Dieu est un être (ousia) en trois personnes (hypostasis). La formulation de la doctrine de la Trinité est donc tardive, mais en réalité, elle était déjà contenue implicitement dans la Bible. Jésus distingue lui-même les trois personnes à plusieurs reprises, dans la description de leurs rapports (Jean 5.17-39 ; 14.24-26) et dans la formule du baptême (Matthieu 28.19). Le Prologue de l’Evangile selon Jean reconnaît la divinité du Christ. Pourtant, il n’y a qu’un seul Dieu (Deutéronome 6.4). La Trinité est donc biblique. Dans les prochaines émissions nous étudierons les confusions concernant cette doctrine.

03. La Trinité est-elle un trithéisme ?

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La Trinité est la doctrine chrétienne d’après laquelle Dieu est un être unique en trois personnes : le Père, le Fils et le Saint-Esprit. Les chrétiens adhèrent au monothéisme qu’ils héritent du judaïsme. Il n’y a qu’un seul et unique Dieu. Dans l’Ancien Testament, il est écrit : « YHWH, notre Dieu, YHWH est un » (Deutéronome 6.4). C’est la confession hébraïque du monothéisme. Le contexte est encore plus explicite : « YHWH est Dieu, en haut dans le ciel et en bas sur la terre, il n’y en a point d’autre » (4.35, 39). Lorsque Jésus cite ce verset lors d’une discussion avec un scribe, ce dernier lui répond : « tu as dit avec vérité que Dieu est unique, et qu’il y a en point d’autre que lui » (Marc 12.29, 32). Tout comme les juifs, les chrétiens sont monothéistes. Néanmoins, ils affirment que Dieu n’est pas qu’une seule personne. Dieu est un être unique, mais il a trois personnes. Ce ne sont pas trois dieux différents, mais le même Dieu. C’est une subtilité que l’Apôtre Jean tente de décrire au début de son Evangile : « Au commencement était la Parole, et la Parole était avec Dieu, et la Parole était Dieu ». Dieu est un être unique, mais il y a en lui une pluralité de personnes. Dieu est un être unique tripersonnel. Dans la prochaine émission, nous étudierons une autre question.

04. En quoi l’unitarisme contredit-il le Christianisme ?

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L’unitarisme affirme que Dieu n’est qu’une seule personne, le Père, à l’exclusion du Fils et du Saint-Esprit. Si les Chrétiens admettent que Dieu est un être unique, en revanche ils affirment qu’il n’est pas qu’une seule personne, mais trois personnes : le Père, le Fils et le Saint-Esprit. Dieu est un être unique tripersonnel, c’est la Trinité. Ainsi, chacune de ces personnes est Dieu. On trouve cette idée dans la Bible. Concernant le Fils, le Prologue de l’Evangile selon Jean affirme sa divinité et sa préexistence : il est « Dieu le Fils » ; dès le commencement, il « était Dieu » et « avec Dieu ». Le Christ lui-même enseigne sa préexistence et sa divinité : « Avant qu’Abraham fût, JE SUIS » (Jean 8.58), c’est le nom par lequel Dieu s’est révélé à Moïse (Exode 3.14). L’Epître aux Philippiens nous enseigne qu’il était « existant en forme de Dieu » avant son incarnation (2.6) ; et l’Épitre aux Hébreux, qu’il est supérieur aux anges et appelé « Dieu » par Dieu lui-même (chap.1). Jésus enseigne que l’on ne peut avoir deux Seigneurs (Matthieu 4.24), que Dieu est le seul Seigneur, mais il approuve le fait d’être appelé lui-même ainsi (Jean 13.13), et il en va de même pour le Saint-Esprit (2 Corinthiens 3.18). Ainsi, Dieu est un être unique tripersonnel, plutôt qu’unipersonnel. Dans la prochaine émission nous étudierons la distinction entre les personnes.

05. La Trinité est-elle un modalisme ?

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D’après la doctrine de la Trinité, Dieu est un être tripersonnel. Les chrétiens sont monothéistes, ils affirment que Dieu est unique. Cependant, Dieu n’est pas seulement une personne, mais trois personnes : il est le Père, le Fils et le Saint-Esprit. Ces personnes sont distinctes, différentes, elles ne sont pas interchangeables. Au contraire, le modalisme affirme qu’il n’y a pas réellement trois personnes, mais plutôt trois modes ou manières d’être d’une seule et unique personne. Pourtant la distinction des personnes est explicite dans la Bible. Ces personnes entretiennent des relations qui les différencient. Le Père a engendré éternellement le Fils (Colossiens 1.15) et l’a envoyé dans le monde (Jean 17.18 ; 20.21), et le Père et le Fils ont envoyé l’Esprit (Jean 14.26 ; 15.26). Lors de son baptême, le Père témoigne de Jésus tandis que l’Esprit vient reposer sur lui (Matthieu 3.16-17). Jésus ne témoigne pas de lui-même, mais c’est le Père qui témoigne de lui et il fait ce que le Père lui montre (Jean 5.17-39 ; 6.38). Jésus prie le Père et lui parle à Gethsémani (Jean 17), et à la Croix (Matthieu 27.46). C’est le Père qui ressuscite le Fils (Ephésiens 1.20 ; Actes 2.22-36). Seul le Père connaît la date de la fin de ce monde (Matthieu 24.32-36). Père, Fils et Esprit sont donc bien des personnes différentes, la Trinité n’est pas un modalisme. Dans la prochaine émission, nous étudierons une autre question.

06. Quels sont les principaux modèles explicatifs de la Trinité ?

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Depuis Théodore de Régnon (1831-1893), on classifie les modèles d’explication et de représentation de la Trinité en deux groupes. D’une part, le trinitarisme latin chercherait à comprendre la Trinité en partant de l’unicité de Dieu. Le risque est alors de négliger la triplicité des personnes, en affirmant par exemple que les trois personnes ne sont que différents modes d’une même personne (ce que l’on appelle le modalisme). D’autre part, le trinitarisme grec chercherait à comprendre la Trinité en partant de la triplicité des personnes divines. Le risque est alors de négliger l’unité de Dieu, en affirmant par exemple qu’il y a trois dieux différents (ce que l’on appelle le trithéisme). On peut également, avec Michael Rea, distinguer deux types d’analogie : psychologique et sociale. Dans le premier cas, on partir de l’unité de Dieu ou d’une conscience humaine, afin de penser la triplicité des personnes divines ou un trouble de la personnalité multiple chez l’homme. Mais même en supposant que cela soit une vertu en Dieu, il n’est pas certain de chacune des consciences soit bien distinctes des deux autres. Dans le second cas, on part de la pluralité en Dieu ou de plusieurs personnes, afin de comprendre l’unité de Dieu ou celle d’une famille. On peut craindre alors une forme de trithéisme. Dans tous les cas, la difficulté consiste à trouver l’équilibre entre l’unité et la triplicité de Dieu. Nous poursuivrons dans la prochaine émission.

07. En quoi consiste le modèle trinitaire des « cours de vie » ?

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D’après ce modèle proposé par Brian Leftow, on peut comparer la Trinité à une personne dédoublée deux fois, la même personne vivrait ainsi trois cours de vie différents. Leftow l’illustre à partir de l’hypothèse des voyages dans le temps. Si une personne entre dans une machine à remonter le temps, elle peut ainsi se retrouver deux fois dans la même époque, une première fois de manière naturelle, une seconde fois grâce au voyage temporel. En répétant une fois de plus l’opération, une même personne peut se retrouver trois fois présente. C’est, d’après Leftow, une bonne analogie pour comprendre la Trinité. Dieu serait un être unique qui vivrait simultanément trois vies différentes. Etant éternel, c’est-à-dire hors du temps, il n’aurait pas besoin de se démultiplier, il serait déjà triple de toute éternité. Le modèle proposé par Leftow est intéressant mais pose quelques problèmes. Les trois personnes ne sont pas réellement différentes, nous n’avons pas le Père, le Fils et le Saint-Esprit, mais plutôt trois fois la même personne, par exemple, le Père. Leftow répond que les trois vies étant différentes, les personnes sont différentes, tout en étant le même être, parce que certaines étapes de leur vie sont identiques. Pourtant, bien qu’ils soient issus d’un même être, des triplés deviennent bien trois personnes et trois êtres différents. L’analogie de Leftow ne semble donc pas fonctionner. Dans la prochaine émission, nous étudierons un autre modèle de la Trinité.

08. En quoi consiste le modèle trinitaire de l’« identité relative » ?

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C’est un modèle explicatif de la Trinité proposé par des philosophes tels que Geach, van Inwagen, Rea et Brower. Ils soutiennent que trois choses peuvent être identiques selon un certain aspect, mais distinctes selon un autre. Dans le cas de la Trinité, le Père, le Fils et le Saint-Esprit sont le même Dieu mais des personnes différentes. L’identité concerne la divinité, la différence concerne la personnalité. Si l’analyse est pertinente, l’analogie proposée par Rea est plus délicate. D’après lui, si l’on considère la statue de Rodin, le Penseur, la statue et la masse de bronze sont numériquement une, elles ne forment qu’un seul objet. Pourtant, ce sont deux entités distinctes, puisque la matière peut subsister sans la forme, si elle est coulée par exemple. La matière et la forme sont deux entités distinctes mais réunies en un seul objet. William Lane Craig critique cette analogie. D’abord, Dieu est un être simple, sans partie, il n’y a pas en lui de composition semblable à celle de la matière et de la forme. Ensuite, le Père, le Fils et l’Esprit ont des propriétés distinctes, tandis que dans la statue de Rodin, la matière et la forme sont totalement identifiées. Enfin, il est difficile de voir à quoi se réfère le mot « Dieu » : à l’être ou à l’une des personnes ? Rea le reconnaît, son analogie est délicate. Dans la prochaine émission nous étudierons un autre modèle.

09. En quoi consiste le modèle trinitaire du « monothéisme fonctionnel » ?

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C’est un modèle explicatif de la Trinité développé par Richard Swinburne. Selon lui, les trois personnes de la Trinité (à savoir, le Père, le Fils et le Saint-Esprit) font un parce qu’elles fonctionnent ensemble. Ce qui fait l’unité de la Trinité, c’est qu’elle est une substance collective logiquement indivisible. Chacune des personnes de la Trinité est elle-même une substance. Elle fonctionne harmonieusement avec les autres, en interdépendance. Dans la mesure où le Père, le Fils et le Saint-Esprit sont omnipotents et parfaitement bons, ils coopèrent en toutes choses. Chacun pourrait détruire l’autre, mais ils vivent ensemble en harmonie, ce qui fait qu’il est logiquement impossible que la moindre personne puisse exister ou agir indépendamment des deux autres. En cela, ils ne font qu’un, ils sont un seul et unique Dieu, qui peut être en tant que tel l’objet d’un culte. Le modèle proposé par Richard Swinburne a été fortement critiqué, notamment parce qu’il annule la simplicité de Dieu, l’unité réelle et indivisible de sa nature. Pour Swinburne, la doctrine de la Trinité vise seulement à nier qu’il y ait trois êtres divins indépendants, qui pourraient exister et agir l’un sans l’autre. Mais l’explication de Swinburne n’est pas acceptable, parce qu’elle affirme qu’ils y a trois dieux, même s’ils ne font qu’un, au lieu d’un Dieu unique en trois personnes, comme l’affirme la doctrine de la Trinité. Dans la prochaine émission, nous étudierons un autre modèle.

10.  En quoi consiste le modèle trinitaire de la « conscience collective » ?

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C’est un modèle explicatif de la Trinité d’après lequel l’agrégat de plusieurs consciences peut former une conscience unique. D’après ce modèle, la Trinité est une conscience divine qui est composée par trois consciences personnelles. Brian Leftow, qui n’adhère pas à ce modèle, en propose néanmoins un exemple médical afin d’illustrer un tel phénomène. C’est le cas de la commissurotomie entre les deux hémisphères du cerveau. Une telle opération consiste à couper les nerfs reliant les deux hémisphères, afin de soigner notamment les épilepsies sévères. Certains patients semblent réagir comme si chaque hémisphère était devenu autonome, comme s’ils avaient deux consciences. On peut donc supposer qu’avant l’opération, il n’y avait qu’une seule conscience composée par deux subconsciences. D’après Leftow, ce modèle souffre de deux problèmes. Si deux consciences en forment une troisième, alors les trois personnes de la Trinité devraient en former une quatrième. Et si la Trinité est la véritable conscience, alors les trois autres ne sont que des subconsciences, incapables de relation interpersonnelles. D’après C. J. F. Williams, les trois consciences pourraient se partager un seul ensemble d’états mentaux. Mais dans ce cas, la distinction des personnes n’est plus respectée, puisqu’il deviendrait impossible de distinguer la pensée ou l’action d’une personne précise, comme le fait, par exemple, de s’incarner, ou de mourir sur la croix, qui ne concerne que Dieu le Fils. Ce modèle n’est donc pas satisfaisant. Dans la prochaine émission, nous étudierons un autre modèle.

11.  En quoi consiste le modèle trinitaire du « monothéisme trinitaire » ?

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Il s’agit d’un modèle de compréhension de la Trinité proposé par des philosophes tels que James Porter Moreland et William Lane Craig. D’après eux, il n’y a qu’un seul Dieu parce qu’il n’y a qu’une seule Trinité, ce modèle est donc appelé « monothéisme trinitaire ». Dieu est un esprit trinitaire par nature, la Trinité est Dieu lui-même. Le Père, le Fils et le Saint-Esprit ne sont pas trois dieux, mais ils sont trois consciences, qui sont réellement trois personnes, dans un unique esprit. Dieu n’est donc pas une personne, mais trois personnes. Moreland et Craig propose l’analogie de Cerbère, le chien à trois têtes de la mythologie grecque. De même que Cerbère est un seul chien, parce qu’il n’a qu’un seul corps, de même la Trinité est un seul Dieu, parce qu’elle est trois personnes en un seul esprit. Daniel Howard-Snyder regrette que Dieu ne soit pas une personne dans ce modèle. Mais il confond monothéisme et unitarisme : Dieu est un être unique tripersonnel, il n’est pas une mais trois personnes. D’autre part, il regrette que chacune des personnes ne soit pas Dieu. C’est une question de langage. Il est vrai que la nature divine est trinitaire, or aucune des personnes n’est elle-même trinitaire, et n’est donc pas la nature divine. Mais chaque personne est bien divine, parce qu’elle est une personne de cette nature divine. A partir de la prochaine émission, nous étudierons les preuves de la Trinité.

12. En quoi la réflexion sur la conscience de soi peut-elle conduire à la Trinité ?

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La conscience de soi est une réalité plus complexe qu’elle n’y paraît. Il faut notamment la distinguer de la simple conscience. La conscience désigne le fait de penser à quelque chose. Il y a un sujet pensant et un objet pensé. Cet objet pensé peut être un objet quelconque, par exemple « il y a un arbre », ou la conscience elle-même, par exemple « il y a une pensée d’un arbre ». La conscience de soi consiste non seulement à avoir conscience qu’il y a une conscience, mais à affirmer que cette conscience est la sienne : « je suis la pensée qui pense ». Cette appropriation implique le fait de se distinguer d’autres sujets, sans quoi la pensée en resterait à un niveau général. Il n’y a pas une conscience générale, mais des consciences, parmi lesquelles l’une d’elles est la mienne. La conscience de soi implique donc celle d’autrui. Le psychologue Henri Wallon a montré que c’est un apprentissage progressif. Le nouveau-né vit dans un état de fusion avec son entourage. Ce n’est qu’à partir de trois ans, qu’il commence à devenir capable de se différencier, de ressentir de la gêne au regard d’autrui, de comprendre qu’il n’est pas invisible à ceux qu’il ne voit pas. Et l’anthropologue Lucien Malson a confirmé que hors d’une société, il n’y a pas de conscience de soi. Dans la prochaine émission, nous en étudierons les implications pour la Trinité.

13. En quoi consiste la preuve de la Trinité par les conditions de la conscience de soi ?

[podcast]http://www.radioarcenciel.com/23984622.sam.mp3[/podcast]

C’est un argument en faveur de la Trinité proposé par H. L. Martensen et C. N. Barlett. Il s’appuie sur le concept de conscience de soi, que nous avons précédemment étudié. La relation à autrui étant une condition de possibilité de la conscience de soi, Dieu doit avoir en lui-même de l’altérité afin d’être conscient de lui-même. La conscience de soi consiste à se penser soi-même, en se différenciant des autres consciences qui ne sont pas siennes. Dieu doit donc se différencier d’avec autrui. Mais cette différenciation ne doit pas s’opérer avec un autre que lui-même, sinon il dépendrait de celui-ci. Il faut donc que Dieu trouve cette différence en lui-même. Il faut qu’il y ait en Dieu une pluralité de consciences, chacune étant une personne réellement distincte des autres, tout en participant de la même nature divine. Il doit donc exister au moins deux sujets, ou personnes, en Dieu lui-même. Mais, comme nous le verrons mieux dans la prochaine émission, il reste encore à identifié ces deux personnes comme étant le même Dieu, elles doivent donc être prise comme objet par une troisième conscience. Il faut donc trois consciences, qui peuvent ainsi s’informer mutuellement de leur nature divine commune. Trois consciences suffisent, davantage serait contingent, ce qui est contraire à la nature divine. La Trinité est donc condition de la conscience de soi de Dieu. Dans la prochaine émission, nous étudierons une autre preuve de la Trinité.

14. En quoi consiste la preuve de la Trinité par la conséquence de la conscience de soi ?

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C’est une preuve de la Trinité inspirée par des auteurs tels que B. Keckermann, J. Edwards et W.G.T. Shedd. D’après cette preuve, en se pensant lui-même, Dieu doit avoir trois consciences en lui-même. L’argument repose sur la notion de conscience. La conscience est toujours la conscience de quelque chose, il n’y a pas de conscience vide. Toute conscience implique donc au moins deux éléments : un sujet pensant et un objet pensé. Lorsqu’une conscience se prend elle-même pour objet, il y a toujours deux éléments : la conscience pensante et la représentation de celle-ci. A ces considérations sur la conscience, il faut ajouter que la pensée divine, à la différence de la notre, produit l’existence par le simple fait de la penser. Par conséquent, en ayant conscience de lui-même, et en pensant sa propre représentation comme existante, Dieu dédouble sa conscience. Il y a alors deux consciences en Dieu. Mais il faut alors pouvoir identifier ces deux consciences. Et pour les identifier, il faut qu’elles soient pensées, il faut donc une troisième conscience qui les prenne toutes les deux pour objets. Alors, elles peuvent toutes s’informer mutuellement de leur identité. Plus de trois consciences serait inutile, contingent, et dans la mesure où la nature de Dieu est nécessaire, il ne doit donc avoir que trois consciences. Bien qu’elle soit très intéressante, cette preuve est très complexe. Dans la prochaine émission, nous étudierons une autre preuve de la Trinité.

15. En quoi consiste la preuve de la Trinité par l’amour ?

[podcast]http://www.radioarcenciel.com/12335705.sam.mp3[/podcast]

D’après cet argument, l’amour est une relation, Dieu doit donc avoir en lui-même de l’altérité afin de pouvoir être amour. Richard de Saint-Victor est à l’origine de cet argument, il a depuis été retravaillé par le philosophe Richard Swinburne. L’argument est basé sur l’analyse du concept d’amour. L’amour, à la différence de l’égoïsme, est partage et don. L’amour est une relation entre une personne aimante et une personne aimée, comme c’est le cas entre un homme et une femme. Mais l’amour est également coopération, c’est-à-dire le partage d’au moins deux personnes envers au moins une tiers, comme c’est le cas entre les parents et leur enfant. Il y a donc deux types d’amour, le partage qui implique au moins deux personnes et la coopération qui implique au moins trois personnes. Dieu étant parfait, ou au moins parfaitement bon, il est amour. Il doit donc connaître une relation entre au moins trois personnes. Mais ces trois personnes ne doivent pas être autres que Dieu lui-même, sinon il dépendrait de celle-ci, il ne serait plus autosuffisant. Ainsi, Dieu est lui-même trois personnes. Il n’est que trois personnes, car il n’y aurait pas de raison à ce qu’il y en ait davantage. S’il y en avait davantage, cela introduirait de la contingence et de l’aléatoire dans la nature divine, ce qui n’est pas convenable. La qualité de l’amour implique donc que Dieu soit trois personnes.

Pour en savoir plus:

  • BARLETT C. N., The Triune God, II, (1937).
  • EDWARDS J., Essai inédit sur la Trinité.
  • KECKERMANN B., Systema Theologiæ (1614), p.72.
  • MARTENSEN H. L., Dogmatik, pp. 129, 130.
  • MORELAND J.P. & CRAIG W.L., Philosophical foundations for a Christian Worldview.
  • QUINN P. L. & TALIAFERRO C. (éd.), A Blackwell Companion to Philosophy of Religion, « Trinity »
  • REA M., « Trinity » in Oxford Handbook of Philosophical Theology.
  • RICHARD de SAINT-VICTOR, De Trinitate.
  • SHEDD W. G. T., Dogmatic Theology, I, p. 393s, 251ss, 178ss.
  • SHEDD W. G. T., History of Christian Doctrine, vol. I. p. 366.
  • STANFORD ENCYCLOPEDIA OF PHILOSOPHY, « Trinity »
  • SWINBURNE R., The Christian God.
  • SWINBURNE R., Was Jesus God ?

Voyez également le dossier relatif à la Trinité présent sur ce site.

2 Réponses pour “La Trinité”

  1. Xavier dit:

    Plusieurs choses me dérangent dans cet article et me semblent erronées.

    Premièrement, l’image de Cerbère me semble inadaptée. Déjà, parce que Cerbère est un monstre et que ça me gêne de me dire que la seule analogie de la Trinité soit monstrueuse.

    Ensuite, il ne me semble pas exact de dire qu’il y a 3 consciences dans la Trinité, ou 3 subsances et que Dieu, c’est la Trinité et donc qu’aucune des personnes divines n’est Dieu. La théologie chrétienne a toujours été très claire : chaque personne est pleinement Dieu, chaque personne jouit pleinement de toute la substance divine. Et comme Dieu est simple, cela veut dire qu’il n’y a pas trois consciences mais une seule, pas trois intelligences mais une seule, etc.

    Mais alors, que sont les personnes divines ? Qu’est-ce qui les différencie ? La réponse est donnée par saint Augustin puis approfondie par saint Thomas d’Aquin : la seule chose qui différencie les personnes divines, c’est la relation. Les personnes divines sont des relations subsistantes. Et ces relations ne nuisent pas à la simplicité divine car elles sont transcendantales, c’est-à-dire qu’elles ne changent rien à l’essence divine (comme le fait d’être père ne change rien dans votre humanité).

    Et il faut rappeler que si bien sûr, la Trinité existe de toute éternité, il existe ce que les anciens ont appelé une « monarchie » du Père : Dieu le Père engendre son Verbe en lui communiquant tout ce qu’il est, toute son essence divine. Et l’Esprit procède de cet échange entre le Père et le Fils.

    Bref, je pense qu’à ce sujet, il est bon de lire saint Thomas d’Aquin. Cette question est si compliquée et délicate qu’on a vite fait de tomber dans une hérésie, qu’elle soit modaliste, trithéiste, ou autre.

    Cordialement,

  2. Xavier dit:

    Autre chose : le terme de personne pour désigner le Père, le Verbe et l’Esprit est à prendre avec des pincettes. C’est encore saint Augustin qui l’introduit, mais faute de mieux. L’erreur à éviter est de s’imaginer les personnes de la Trinité comme des individus séparés. A ce titre, certaines représentations picturales n’aident pas à garder les idées claires.

    Le christianisme est un vrai monothéisme.

    Cordialement,

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Qu’est-ce que la philosophie analytique de la religion ? La philosophie est l’étude des questions fondamentales. La philosophie analytique est une méthode en philosophie qui insiste sur l’analyse logique des thèses et des arguments. La philosophie analytique de la religion est une branche de la philosophie analytique. Elle traite de l’existence de Dieu, du problème du mal, de la valeur de l’expérience religieuse, et même des doctrines chrétiennes spécifiques telles que la Trinité, l’Incarnation et l’Expiation. Qu’est-ce que l’apologétique ? L’apologétique est la défense rationnelle de la foi. Elle traite de l’existence de Dieu, du problème du mal, de la crédibilité de la révélation, de l’existence et de la résurrection du Christ. L’apologétique peut être négative ou positive. L’apologétique négative consiste à réfuter les objections contre le christianisme. L’apologétique positive consiste à apporter des arguments en faveur du christianisme.