Le désir de Dieu "pour tous" ?

Posted on: février 7, 2013
2 Commentaire(s)
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Selon Pascal, le désir est insatiable tant qu'il n'a pas trouvé Dieu.

Lorsque j’étais athée, j’étais particulièrement gêné par cette idée que tout homme désirerait naturellement Dieu. Je n’avais pas l’impression de ressentir le moindre désir de Dieu. Certains chrétiens me répondait que j’en n’avais peut-être pas conscience. Mais enfin ! Comment pourrions-nous désirer quelque chose sans le savoir ? Je sais quand même mieux que quiconque ce que je désire ! Ces personnes oseraient-elles prétendre mieux me connaître que moi-même ?

En fait, cette idée vient de la philosophie grecque. Du moins, c’est en faculté de philosophie que je l’ai découverte, alors que j’étais étudiant. On la trouve chez Platon, Aristote ou encore Plotin. Les philosophes chrétiens l’ont reprise par la suite, que ce soit Augustin, Thomas d’Aquin ou Pascal. Cette idée repose sur un argument dont le point de départ est la finitude humaine. Tout homme est un être fini. Tout homme est contingent, il est dépendant d’autres réalités que lui-même. Par conséquent, l’homme est un être qui a des besoins et des désirs. Or toutes les réalités immédiatement accessibles sont elles-mêmes finies. Je peux boire un verre d’eau, cela ne supprimera pas définitivement ma soif. Ces choses finies ne font donc qu’apaiser temporairement mes besoins et mes désirs sans jamais complètement les satisfaire. Le véritable objet de notre désir est donc quelque chose qui nous comblerait définitivement, quelque chose d’infini, à savoir Dieu. Celui-ci, à notre différence, n’a ni besoin ni désir, puisqu’en vertu de sa perfection il n’a aucun manque. Ce que l’homme recherche réellement, c’est donc Dieu, qui seul peut nous apporter sa plénitude.

La première objection, c’est que tout le monde n’a pas forcément l’idée de Dieu. Moi-même, j’étais athée. Comment pourrais-je désirer quelque chose que je pense ne pas exister ? C’est vrai, répondrait Augustin, on peut ignorer que l’on désire Dieu, parce que l’on s’en fait une idée fausse. Mais en réalité, derrière ce désir de plénitude (ou de béatitude) se cache Dieu. Nous désirons cette plénitude, mais nous ignorons qu’il s’agit de Dieu. Donc, en réalité, c’est bien que Dieu que nous désirons sans le savoir.

La seconde objection, c’est que tout le monde ne désire pas forcément cette plénitude. Personnellement, je pensais me satisfaire de ma propre vie. C’est vrai, répondrait Pascal, mais seulement en apparence. L’homme pense se satisfaire en multipliant les activités. Il « remplit » sa vie. Mais en réalité, notre vie est totalement vaine. L’homme n’est presque rien. Il est minuscule face à l’immensité de l’univers. Nous sommes là, semble-t-il, sans aucun but apparent. Et notre vie est finie, délimitée entre notre naissance et notre mort. En réalité, notre vie ne compte pas, elle n’a pas de sens en tant que tel. Si nous y réfléchissions un instant, nous sombrerions dans le désespoir. C’est pour éviter d’y penser que l’homme « remplit » sa vie en multipliant les activités. En réalité, nous ne cherchons pas ces activités pour elles-mêmes, mais pour fuir la conscience de la vanité de notre existence. « Nous ne cherchons jamais les choses, mais la recherche des choses ». De plus, ces choses sont incapables de nous combler, et nous plongeons alors dans une fuite en avant. En réalité, la véritable alternative est celle-ci: le désespoir ou la conversion à Dieu.

La troisième objection, c’est que l’on peut tout à fait assumer la vanité de notre existence. Je me proclamait moi-même « nihiliste » (de nihilo en latin, « rien »). Évidemment que la vie n’a pas de sens. Sans Dieu, la vie est apparue dans l’univers sous l’effet de coïncidences, c’est en quelque sorte un accident. Et elle disparaitra de la même façon. Personne alors ne se souciera de sa disparition. En attendant, tout ce que nous faisons est vain, rien ne perdurera. On pourrait, bien entendu, s’inventer du sens, à l’image de Nietzsche ou de Sartre. Mais cela reviendrait à se mentir à soi-même. Plutôt, il vaut mieux se satisfaire du moment présent, même s’il est dépourvu de sens. Et pour cela, il faut assumer l’inexistence de Dieu. Désirer Dieu reviendrait à désirer un mensonge. Il vaut accepter cet « état de fait ». Pourquoi désirer quelque chose d’irréel? Quel enfantillage !

L’argument de la « maturité » semble assez fort contre l’universalité du désir de Dieu. Mais que vaut-il réellement ? Son problème, c’est que l’existence de Dieu est objectivement préférable à son inexistence. Est-il préférable que Dieu existe ou non? Est-il préférable qu’il y ait un être attentif à notre vie ou non? Est-il préférable que la vie ait un sens ou non? Évidemment, nous désirons ce qu’il y a de mieux. Mais alors comment peut-on dire que Dieu n’est pas désirable s’il est objectivement désirable?

En réalité, en disant que je ne désirais pas Dieu, j’invoquais un « principe de réalité ». Mais en l’invoquant, j’admettais implicitement ce désir. Admettons que l’on me propose une voiture haut de gamme, disons une Audi TT. Immédiatement, j’invoquerais un principe de réalité: « Le prix est au-dessus de mes moyens et de toute façon j’ai déjà une voiture ». Mais si l’on me répondait: « Non, c’est un cadeau! », alors je changerai immédiatement d’avis. Cette voiture m’est réellement désirable: si on me la donnait, je la prendrais, je ne la rejetterais pas (sans qu’elle soit suffisante, elle est incapable de remplacer son désir de recevoir le dernier iMac). Cela signifie que le désir est bien existant. L’invocation du principe de réalité le prouve, puisque sa fonction est de refroidir ou de rendre muet ce désir. Mais ce n’est pas parce qu’il est devenu met que le désir n’est plus là.

Ainsi, comme tout homme, je désirais Dieu, même si je n’entendais pas ce désir ou que je n’en avais pas une idée exacte. D’ailleurs, ce désir c’est révélé lorsque j’ai fait l’expérience de Dieu. La joie qui est née de cette expérience prouve que celle-ci à répondu à un désir. Évidemment, ce n’est pas parce que tout homme désire Dieu qu’il existe. Pour prouver son existence, il faut se reporter aux preuves ontologique (il est nécessaire qu’un Être nécessaire existe), cosmologique (l’existence contingente de l’univers implique une cause) et téléologique (l’ordre contingent de l’univers implique une intelligence créatrice). Mais dans tous les cas, nous devons reconnaître que l’homme désire Dieu, qu’il se dise théiste, agnostique ou athée.

Alexis MASSON

2 Réponses pour “Le désir de Dieu "pour tous" ?”

  1. Romain dit:

    Sans vouloir initier une disputatio théologique, il me semble que l’article ci-dessus ne se confronte pas aux problèmes les plus épineux concernant le désir. En effet, à aucun moment il n’est question de psychanalyse freudienne, qui pourtant, sur la question du désir à dominante théologique, s’avère des plus problématiques pour l’apologiste chrétien. En développant une mécanique psychique du désir qui fonctionne en roue libre une fois qu’elle est initiée par les fonctions vitales, Freud met sérieusement des bâtons dans les roues à une théorie des désirs telle que tu la défends: le fait qu’un désir soit « bien existant » n’empêche pas qu’il puisse s’agir d’un désir qui se reconduit sans cesse mécaniquement, et que les objets qu’il choisit comme « but » soient seulement des prétextes à sa reconduction machinale. Ce désir de Dieu, conscient ou non, que tu postules en fin de texte ne nécessite-t-il pas que tu te confrontes justement avec la psychanalyse ? Et le fait qu’un désir inconscient pourrait bien être un désir premièrement sans objet, ou dont l’objet n’est finalement qu’un substitut à un autre ? ( non pas au sens où je serais en désaccord avec le désir que chacun aurait de Dieu, puisque je suis aussi croyant, mais dans l’optique où il s’agirait de parer à toute éventualité apologétique … Personnellement, j’ose timidement croire avec Pascal qu’  » il y a de l’évidence et de l’obscurité, pour éclairer les uns et obscurcir les autres ». Les coeurs endurcis ont suffisamment de faussetés solides pour s’arrimer à leur refus de Dieu, les croyant, eux, ont sur le même point des vérités qui sont non seulement vraisemblables mais garanties par Dieu …)

  2. Masson Alexis dit:

    Bonsoir Romain,

    Cette problématique du désir chez Freud existe déjà chez Spinoza. La psychanalyse n’a rien inventé sur ce point. Il me semble même qu’elle tend à en réduire la portée face à la philosophie classique. Le problème qu’aborde Freud n’est pas le désir « ontologique », lié à un manque d’être ou à une capacité à accroître son être, mais il est plutôt lié à un questionnement sur la conscience et l’inconscient. Le désir nait chez l’enfant qui veut retrouver l’expérience originaire de la satisfaction (notamment maternelle). (Il y a donc bien un but). On le voit, la conception freudienne du désir est beaucoup plus restreinte que le problème ontologique qui préoccupe Spinoza. L’enfant nait avec un désir ontologique, tandis que Freud ne se préoccupe que de la conscience et de l’inconscient, le désir est postérieur au lien entre la tension du besoin et sa première satisfaction. Spinoza s’intéresse à l’être, Freud à la pensée (notamment inconsciente) seulement. Pascal lui-même, me semble-t-il, se situe sur le même plan que Spinoza. Il reconnaît également ce caractère infini du désir, mais qui en réalité manifeste un désir de Dieu. Le fait de passer d’un objet à l’autre manifeste surtout une forme d’insatisfaction ou d’insuffisance, que seul Dieu peut combler. Bien entendu, l’homme ne recherche pas nécessairement consciemment Dieu, mais seul Dieu peut combler le désir de l’homme.

    Cordialement.

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