Les Sacrifices (& Le Bouc-Émissaire)

Posted on: mars 17, 2011
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01. Les sacrifices étaient-ils des « pots de vin » ?

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On pourrait voir les sacrifices comme étant des moyens d’influencer Dieu. C’est ainsi que l’anthropologue Edward Burnett Tylor interprète les sacrifices, dans Primitive Culture (1871). D’après lui, les religions primitives étaient animistes. Les hommes croyaient en l’existence d’esprits, dont la puissance était limitée, et qui étaient indifférents aux considérations morales. Les sacrifices permettaient d’accroître la puissance de ces esprits. En échange, les hommes espéraient un profit. C’est une conception commerciale des sacrifices. Les hommes soudoient les dieux afin d’en tirer un profit. C’est une transaction reposant sur le principe du do ut des (« Je te donne pour que tu me donne en retour »). Il est possible que cette interprétation soit valide dans un certain nombre de religions. Néanmoins, ce n’est pas le cas dans le Judaïsme. Dieu, tel qu’il est décrit par le Judaïsme, est infini et bon. Dans la mesure où il est infini, les sacrifices ne représentent aucun profit pour lui. En effet, l’infini est indifférent à l’addition ou à la soustraction. Les sacrifices ne peuvent donc pas accroître sa puissance. Ensuite, Dieu est bon. C’est un Dieu qui s’occupe gratuitement de ses créatures. Il n’agit pas dans une logique du « donnant-donnant ». Dans la mesure où Dieu est infini et bon, il n’est donc pas possible d’interpréter les sacrifices comme étant des « pots de vin ». Dans la prochaine émission, nous étudierons une autre interprétation.

02. Les sacrifices étaient-ils un hommage rendu à Dieu ?

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Plutôt que d’interpréter les sacrifices en termes d’échange « donnant-donnant » entre les hommes et Dieu, on pourrait plutôt les interpréter comme étant un hommage rendu à Dieu. C’est ainsi que l’anthropologue Wilhelm Schmidt interprète les sacrifices, notamment dans un article de 1922. Celui-ci attire l’attention sur les sacrifices des premiers-nés du bétail et des prémisses agricoles. Dans ce type de sacrifice, il s’agirait de reconnaître sa dépendance et de remercier Dieu pour ses bénédictions, celui-ci étant à l’origine de la fertilité de la terre et du bétail. Cet hommage est essentiellement symbolique. Il ne s’agit pas de rendre à Dieu ce qu’il a donné ; car, d’une part, Dieu est l’être suprême, tout lui appartient déjà ; et, d’autre part, les quantités concernées par les sacrifices sont relativement réduites par rapport à la totalité des récoltes. Cette interprétation des sacrifices est intéressante, notamment pour le judaïsme, puisque les hébreux pratiquaient effectivement le sacrifice des premiers-nés et des prémisses agricoles. On pourrait y ajouter d’autres types de sacrifices : les holocaustes (où l’offrande était intégralement consumée par le feu) et les sacrifices d’action de grâce. Mais cette interprétation n’explique pas pourquoi, dans la majeure partie des cas, les hommes devaient manger les sacrifices. Elle n’explique pas non plus la présence de l’idée de sanctification dans le sacrifice. Cette interprétation des sacrifices est donc intéressante mais incomplète. Dans la prochaine émission, nous en étudierons une autre.

03. Les sacrifices étaient-ils des repas de communion ?

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On pourrait interpréter les sacrifices comme étant des repas de communion. C’est notamment ce qu’a fait l’anthropologue W. Robertson Smith, dans Lecture on the Religion of the Semites (1889). D’après lui, les dieux primitifs étaient thériomorphiques, c’est-à-dire qu’ils avaient une forme animal. Chaque tribut avait son propre animal totem, avec lequel elle entretenait des liens de sang. Lors du sacrifice rituel, l’animal était tué et mangé, afin de renouveler la communauté. L’animal et les hommes étaient de même nature, en mangeant le totem, les hommes entraient en communion avec celui-ci. Cette interprétation des sacrifices est à la fois proche et éloignée du Judaïsme. Elle en est éloignée, parce que les hébreux ont toujours considérées les divinités animales comme étant des idoles. Cette interprétation est également éloignée du Judaïsme, parce qu’elle ne laisse aucune place pour les sacrifices de végétaux. En revanche, elle s’en rapproche dans la mesure où, aussi bien dans le Judaïsme que dans le Christianisme, les sacrifices sont des repas, dans lesquels les hommes, lorsqu’ils y prennent part, entrent en communion entre eux et avec Dieu. Même si les sacrifices ne se réduisent pas à la communion, c’est l’une de leur fonction. Pour comprendre les écrits bibliques, on peut garder de cette interprétation l’idée du repas et de la communion, tout en écartant l’idée du totem. Dans la prochaine émission, nous étudierons une autre interprétation qui se dispense du totem.

04. Les sacrifices produisaient-ils un lien entre le profane et le sacré ?

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Dans la précédente émission, nous avons examiné l’interprétation des sacrifices par W. Robertson Smith. D’après lui, il s’agissait de manger un animal totem, donc sacré par nature, afin de communier avec lui. Le problème est que, même si le judaïsme interprète le sacrifice comme étant un repas, l’idée qu’un animal soit divin est exclue comme étant une idolâtrie. Henri Hubert et Marcel Mauss, dans leur Essai sur la nature et la fonction du sacrifice (1899), proposent une autre approche, beaucoup plus proche du judaïsme. Ils conservent l’idée que le sacrifice est un repas, mais en insistant sur la destruction de l’aliment, dont s’approprie le destinataire, qu’il s’agisse de Dieu qui en apprécie l’odeur, ou des hommes qui le consomment. L’aliment du sacrifice n’est pas une réalité sacrée par nature, mais c’est le rituel qui lui confère sa sainteté. En ce sens, les deux anthropologues interprètent le sacrifice conformément à son étymologie latine : « faire sacré ». Le sacrifice rend l’aliment sacré. Il devient alors l’intermédiaire qui permet le lien entre les hommes et Dieu. Normalement, les hommes et Dieu sont séparés : c’est la distinction durkheimienne entre le profane et le sacré, qui fonde la religion. Ici, le sacrifice devient l’intermédiaire qui permet de lier ce qui est normalement séparé. En consommant le sacrifice, les hommes communient avec Dieu. Dans les prochaines émissions, nous étudierons d’autres interprétations alternatives à celle-ci.

05. Les sacrifices étaient-ils des rituels magiques ?

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Dans les précédentes émissions, nous avons élaboré une interprétation des sacrifices, très inspirée de W. Robertson Smith, Henri Hubert et Marcel Mauss. D’après cette interprétation, les hommes et Dieu sont séparés, en offrant un aliment à Dieu, celui-ci devient sacré, et en le consommant, les hommes communient avec Dieu. Le sacrifice est ainsi un moyen de communier avec Dieu. Mais d’autres anthropologues proposent une autre interprétation des sacrifices, comme étant un rituel magique. C’est notamment le cas de Georges Gusdorf. D’après lui, le sacré et le profane ne sont pas séparés ; mais au contraire, le sacré est diffus partout. Il consiste en une force cosmique impersonnelle. Dans ce cas de figure, le sacrifice n’est pas offert à un être divin, il n’a plus nécessairement de destinataire. Le but du sacrifice est plutôt de concentrer en lui cette énergie, afin de pouvoir la manipuler. Le sacrifice n’est plus un rituel religieux, mais un rituel magique. Les analyses de Gusdorf ne sont pas évidemment pas compatibles avec le judaïsme, dans lequel la magie est formellement prohibée. Elles ont néanmoins le mérite de montrer ce qu’impliquerait la suppression de la distinction entre le sacré et le profane, et nous permet ainsi d’insister sur ce fait. La Bible n’insiste probablement pas en vain sur le caractère saint de Dieu et de ses lieux de cultes. Dans la prochaine émission, nous étudierons une autre interprétation des sacrifices.

06. Les victimes des sacrifices étaient-elles des « boucs émissaires » ?

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C’est notamment l’interprétation de René Girard, dans La Violence et le Sacré (1977) et Des choses cachées depuis la fondation du monde (1978). D’après lui, les sacrifices sont un moyen de focaliser ses pulsions violentes sur un objet de substitution, un bouc émissaire. Les hommes connaissent des désirs similaires, ce qui entraîne de la concurrence, et donc des tensions. Le but du sacrifice est de détourner cette violence sur un autre objet, le bouc émissaire. Cet objet est à la fois maudit, puisque la violence s’abat sur lui, mais il est en même temps sacré, puisqu’il permet le retour de la paix sociale. Bien que l’interprétation de René Girard puisse être utile pour comprendre le sens moderne du bouc émissaire, celui-ci est très différent du rite biblique. Le bouc émissaire, dans le livre du Lévitique (chap. 16), est distinct du bouc ayant un rapport au sacré. Le bouc sacrifié est offert à Dieu, son sang est porté dans la tente de la rencontre. Au contraire, le bouc émissaire est chassé vivant dans le désert, « pour » Azazel, ou plutôt « à cause de » celui-ci. Le bouc émissaire n’est pas offert à une quelconque divinité, il n’est pas non plus en lui-même l’objet d’un quelconque châtiment. Il sert plutôt à véhiculer le mal, que l’on peut identifier à Azazel, hors d’Israël. Nous étudierons le bouc émissaire plus en détail dans la prochaine émission.

07. Quelle est la signification du « bouc émissaire » ?

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Avant de devenir une expression bien connue, le « bouc émissaire » était un rite pratiqué par les Juifs durant le Jour des Expiations, une fête annuelle durant laquelle Dieu pardonnait tous les péchés. Le sacrificateur recevait du peuple deux boucs, l’un était tiré au sort pour Dieu, et l’autre pour Azazel. Le premier bouc était sacrifié. Le second, au contraire, restait en vie. Le sacrificateur confessait sur lui toutes les fautes du peuple, puis il était ensuite chassé dans le désert, pour Azazel, emportant sur lui toutes les fautes. L’interprétation de ce rite est discutée. Le Talmud interprète « Azazel » comme étant le nom d’une montagne, depuis laquelle le bouc était jeté (Mishna Yoma, 67b). Cette interprétation est peu crédible, le bouc étant abandonné vivant. La Septante, puis la Vulgate, ont traduit « bouc pour Azazel » par « bouc émissaire ». Mais cette traduction néglige la grammaire et le parallèle entre le bouc « pour » Dieu et celui « pour » Azazel. Azazel semble être une entité personnelle. C’est ainsi que l’interprète le Livre d’Hénoch, cité dans l’Epître de Jude, en l’identifiant à un démon (chap. 8-10). Azazel n’est probablement pas le destinataire mais plutôt la raison de ce rite. En effet, le lamed en hébreu peut signifier « pour » et « à cause de ». Ainsi, le bouc émissaire est le véhicule du péché, permettant de le chasser et d’écarter Azazel. Dans la prochaine émission, nous reviendront sur les sacrifices.

08. Que dit la Bible des sacrifices ?

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D’après la Bible, les sacrifices étaient des repas offerts à Dieu. Ils étaient qualifiés d’« aliments » (Lévitique 3 et 21). Ces aliments pouvaient être de la viande, des légumes, des céréales, des gâteaux, des galettes, ou du pain, à quoi l’on pouvait ajouter de l’huile et du sel (Lévitique 1 à 5). Ces aliments devaient être rôtis au feu, plutôt que bouillis dans l’eau (Exode 12.9), afin qu’il s’en dégage une « odeur agréable à Dieu ». Il portait ainsi un regard favorable sur la création (cf. Genèse 8.20-22). Les aliments offerts en sacrifices devenaient saints. A l’exception de certains cas précis, où les sacrifices étaient offerts intégralement à Dieu, les hommes devaient en manger afin de devenir eux-mêmes saints (Lévitique 6 et 7). Dieu se réservait alors au moins le sang, qui représente la vie (Genèse 9.4-6 ; Lévitique 17.11) et la graisse (Lévitique 3.16-17). Les sacrifices avaient plusieurs objectifs : ils servaient à rendre hommage à Dieu, à le remercier de ses bénédictions, à entrer en communion avec lui, ou à lui demander pardon. Les premiers-nés du bétail et les prémisses des cultures devaient lui être offerts. Toute viande devait être également offerte en sacrifice de communion, sans quoi l’homme était considéré comme un meurtrier (Lévitique 17). Le sacrifice était un rituel saint que l’on ne peut pas identifié à un châtiment, comme nous le verrons dans la prochaine émission.

09. Peut-on comprendre les sacrifices en termes de châtiment ?

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La Bible considère plutôt les deux catégories du sacrifice et du châtiment comme étant contradictoires. En effet, le sacrifice était un rituel saint. L’objet des sacrifices était une nourriture offerte à Dieu, ainsi l’aliment devenait saint, et ceux qui en mangeaient devenaient eux-mêmes saints (Lévitique, 1 à 7). Au contraire, un châtiment produit un état d’impureté. Tel était le cas, par exemple, si un animal tuait un homme, il devait subir la peine de mort par lapidation, contrairement aux sacrifices qui devaient être égorgés, et sa chair était interdite à la consommation (cf. Genèse 9.5 ; Exode 21.28). Le sacrifice et le châtiment sont donc deux catégories distinctes : l’un peut être mangé, l’autre ne le peut pas. Par ailleurs, il était possible d’expier ses péchés en offrant simplement de la farine en sacrifice (Lévitique 5.11). On peut se demander comment il pourrait être possible de châtier de la farine… La réalité est que les sacrifices n’avaient que peu de rapport avec le péché. Ils servaient aussi à rendre hommage à Dieu, à le remercier, ou à communier avec lui. Les sacrifices étaient des aliments offerts à Dieu, un repas. D’ailleurs, toute viande devait être sacrifiée, même si elle n’était destinée qu’à sa consommation personnelle, car la vie est sacrée (Lévitique 17.3-4). Les catégories du sacrifice et du châtiment sont donc clairement différentes. Dans la prochaine émission, nous étudierons le sacrifice du Christ.

10. Peut-on comprendre la mort du Christ comme un sacrifice ?

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D’après la Bible, le mort du Christ peut en effet être interprétée comme étant un sacrifice, et plus précisément comme étant le sacrifice de la Pâque (Ephésiens 5.2 ; 1 Corinthiens 5.7). Un sacrifice est un repas offert à Dieu, qui permet notamment d’entrer en communion avec lui. C’est ainsi que le peuple juif échappa, lors de la Pâque, à la condamnation qui s’abattait sur l’Egypte (Exode 12). De même, Jésus enseigna qu’il était le pain de vie (Jean 6). Et il institua ce repas la veille de sa mort (Matthieu 26). Cependant, le sacrifice ne suffit pas pour comprendre sa mort, car un sacrifice est saint, c’est un repas offert à Dieu, tandis que le Christ a porté nos péchés et sa mort est une condamnation. C’est un autre rituel qui permet de résoudre cette contradiction : le bouc émissaire (Lévitique 16). C’était un bouc innocent qui servait à éloigner les péchés du peuple, en les véhiculant hors d’Israël, il était chassé dans le désert pour Azazel. De la même manière, le Christ a porté nos péchés, afin de chasser le diable, par sa propre mort (1 Pierre 2.14 ; Jean 12.31 ; Hébreux 2.14). A la croix, ce n’est pas le Christ qui a été condamné, mais le péché qu’il véhiculait. Etant lui-même sans péché, il pouvait ensuite s’offrir en sacrifice dans les Cieux (Hébreu 9.24). Dans la prochaine émission, nous étudierons un autre thème.

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