Que signifie le mot « Dieu » ?

Posted on: septembre 18, 2009
9 Commentaire(s)

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Comment définir le mot « Dieu » ?

Alexis : « Pour définir ce qu’est Dieu, nous ne devons pas nous précipiter sur une conception trop précise de Dieu. En prenant par exemple la conception chrétienne de Dieu, qui comprend une description très détaillée, nous ne verrions plus quelles qualités irréductibles font qu’il est Dieu. En définissant complètement Dieu à partir de la théologie chrétienne, nous rejetterions les théologies juive et musulman comme athées, parce qu’elles n’admettent pas l’existence d’un être trinitaire. Nous devons chercher en Dieu ce que fait qu’il est un dieu. De même, pour définir l’humanité je ne vais pas me prendre comme seul exemple, quand bien même je serais seul, car l’humanité n’est pas par définition homme (plutôt que femme), mais plutôt chercher ce qui en moi est commun à tous les hommes. Nous devons donc chercher les points communs de toutes les conceptions des dieux, afin de comprendre sur quel critère nous disons que Dieu est un dieu. »

Les trois religions ne définissent-elles pas communément Dieu comme un être unique, parfait et infini ?

Alexis : « Si nous définissons la divinité à partir des monothéismes, nous revenons au même problème : en quoi les polythéismes ne sont-il pas des athéismes ? Nous ne pouvons pas dire qu’un être divin est par définition unique, parfait et infini, sans quoi les dieux des polythéismes ne seraient plus des dieux justement. Il aurait quelque chose de contradictoire à dire qu’un être divin est par définition unique, parfait ou infini et de décrire en même temps les dieux des polythéismes comme pluriels, imparfaits ou finis. D’une certaine manière, Dieu (avec une majuscule) est le plus parfait des dieux concevables, mais en quoi Dieu est-il un dieu ? Ni le nombre (unique), ni la qualité (parfait), ni le degré (infini) n’y répondent. »

Alors que devons-nous encore exclure pour parvenir à l’élément commun de toutes les conceptions d’un dieu ? Une intelligence ? Quelque chose de surnaturelle ? Quelque chose auquel on voue un culte ?

Alexis : « Nous devons encore exclure qu’il soit une personnalité, car on peut concevoir un être divin impersonnel, comme c’est le cas de certains mouvements contemporains qui désignent par ce mot une sorte d’énergie. Ce n’est pas non plus quelque chose de surnaturel, puisque des Empereurs ou des sportifs ont été considérés comme des dieux, mais aussi la nature, la matière… Pour définir ce qui fait d’un être est divin, nous devons trouver dans toute cette diversité de conceptions, l’élément qui est commun. Beaucoup se trompent en pensant qu’un dieu est une entité qui fait l’objet d’un culte ou d’une adoration. Les Chrétiens disent que Dieu étant déjà un dieu avant même que l’homme ne lui voue un culte. Un dieu n’est donc pas nécessairement l’objet d’une adoration. De plus, nous constatons l’existence d’idoles. Or si un dieu était un simple objet d’adoration, alors les dieux existent réellement, puisque nous trouvons des idoles dans chaque culture, l’athéisme deviendrait impossible avec une pareille définition. Les chrétiens appellent ces idoles des « faux dieux », justement parce que les hommes considèrent ces idoles comme des dieux bien qu’en réalités, selon les Chrétiens, ils se trompent. Les hommes attribuent une qualité aux idoles qu’ils n’ont pas. »

Quelle est alors cette qualité qui fait d’un être qu’il est un dieu ?

Alexis : « Une réponse chrétienne peut être apportée par l’exégèse biblique. Dans la Bible, ce qui fait la divinité d’un être, c’est sa puissance. Non pas la toute-puissance, mais simplement sa puissance. C’est ce qui fait entre YHWH le « véritable Dieu » les idoles qui sont de « faux dieux ». Les hommes se font des idoles et leur suppose de la puissance, alors qu’elles sont impuissantes en réalité (1 Roi 18.27 ; Es 41.23 ; 45.20 ; Jr 16.20-21…). En revanche, il existe bien d’autres dieux que YHWH. Paul le dit : « il existe réellement plusieurs dieux » (1 Co 8.5), tous se prosternent devant YHWH car il est élevé au-dessus de tous les dieux (Ps 97). Le principal dieu, après YHWH qui est la puissance de la lumière, c’est la puissance des ténèbres c’est-à-dire Satan, il est « le dieu de ce siècle » (1 Co 4.4). Si les fils de Dieu sont aussi des dieux, comme le laissent supposer plusieurs passages bibliques (Ps 82 et Jn 10.29-38), les anges sont également des dieux puisqu’ils sont appelés fils de Dieu (Ge 6.2 ; Job 1.6). L’esprit de Samuel invoqué pour Saül est qualifié de dieu (1 Sa 28.13). Nous pouvons encore compter parmi les dieux, les chefs d’états qui exercent une puissance terrestre. YHWH les qualifie de dieux bien qu’ils soient ne soient que des hommes : « Vous êtes des dieux, vous êtes tous des fils du Très-Haut » (Ps 82). YHWH, Satan, les anges, les chefs d’états sont donc des dieux. »

Mais si l’on définit la divinité par la puissance, n’est-ce pas faire du christianisme un polythéisme, car nous y trouvons dans la liste non plus seulement Dieu, mais aussi le diable, les anges, les rois, etc. ?

Alexis : « La théologie chrétienne est très claire là-dessus : il n’y a qu’un seul véritable dieu, c’est Dieu. « S’il est des être qui sont appelés dieux, soit dans le ciel, soit sur la terre, comme il existe réellement plusieurs dieux et plusieurs seigneurs, néanmoins pour nous il n’y a qu’un seul Dieu, le Père de qui viennent toutes choses et pour qui nous sommes, et un seul seigneur, Jésus-Christ, par qui sont toutes choses et par qui nous sommes. » (1 Co 8.5-6). S’il n’y a qu’un seul véritable Dieu, c’est parce que tous les autres êtres doivent leur existence et leur puissance à Dieu lui-même, que ce soit Satan, les anges ou les chefs d’états. Celui qui est réellement puissant, parce qu’il ne doit sa puissance qu’à lui-même, c’est Dieu. Les autres « dieux » doivent leur puissance à Dieu, ils ne sont pas puissants par eux-mêmes. C’est pourquoi le Christianisme est un monothéisme. »

Peut-on appliquer ce critère de la puissance à toutes les conceptions du divin ?

Alexis : « Il semble en effet que ce critère de divinité, la puissance, se retrouve dans toutes les conceptions du divin. Lorsque un sportif est conçu comme un dieu, c’est parce qu’il est plus puissant que ses adversaires. Lorsque dieu est dit être énergie, cela signifie que l’énergie est une (ou plusieurs) puissance(s) qui gouverne(nt) le monde. Ce qui donc fait la divinité, ce n’est pas la bonté, l’amour, la justice ou l’éternité, c’est la puissance. Un dieu n’est pas nécessairement tout-puissant, comme c’est le cas du Dieu d’Hans Jonas, néanmoins il a une certaine puissance et c’est cela qui fait de lui un dieu. »

Avec cette définition de la divinité, comment concevoir l’athéisme ?

Alexis : « Pour un athée, il n’y a pas de puissance qui en dépasse une autre : tout est aplani au même niveau physique et moral, un empereur aussi bien qu’un pauvre, le vent aussi bien qu’une pierre, il n’y a pas de transcendance. L’empereur ne transcende pas son sujet, il lui est tout autant humain et ne bénéficie pas d’un droit divin, son semblant de puissance est en réalité le fait de l’organisation étatique, sociétal, qui elle-même n’est que la somme des individus. Le vent est tout autant déterminé par les lois de la physique que la pierre, que l’animal ou l’homme. L’athéisme nivelle tout type de réalité et supprime donc toute puissance transcendante. »

9 Réponses pour “Que signifie le mot « Dieu » ?”

  1. Guy dit:

    Alexis, bravo pour tout ceci.
    Quelques pistes pour discuter, éventuellement.
    Puissance : est-ce que ce mot ne signifie pas tout autre chose pour Jésus de Nazareth ?
    Amour : ne dit-on pas que Dieu n’est qu’amour ? et que tout homme qui aime connaît Dieu ?
    Dieu : serait-il possible que cet être que tu as rencontré ait choisi cette notion toute humaine pour se révéler petit à petit à l’homme ?

  2. Sam dit:

    Dieu ? S112
    Dis : « Il est Dieu, Unique. Dieu, Le Seul à être imploré pour ce que nous désirons. Il n’a jamais engendré, n’a pas été engendré non plus.Et nul n’est égal à Lui ».

    S2 V255
    2.255. Dieu ! Point de divinité à part Lui, le Vivant, Celui qui subsiste par lui-même. Ni somnolence ni sommeil ne Le saisissent. A lui appartient tout ce qui est dans les cieux et sur la terre. Qui peut intercéder auprès de Lui sans Sa permission ? Il connaît leur passé et leur futur. Et, de Sa science, ils n’embrassent que ce qu’Il veut. Son Trône déborde les cieux et la terre, dont la garde ne Lui coûte aucune peine. Et Il est le Très Haut, le Très Grand..

  3. Masson Alexis dit:

    Les Chrétiens et les Musulmans s’accordent tous pour affirmer que Dieu est le seul dieu. Mais qu’est-ce qu’un dieu ? Pour le déterminer, il faut se demander: qu’appelle-t-on dieu ? Mais si Dieu est l’unique dieu, on ne peut pas comprendre en quoi Dieu est dieu sans s’interroger sur ce qui fait que les dieux sont des dieux. Je vais prendre un exemple : Adam est un homme. D’après les récits religieux, il était, au commencement, le premier et le seul. Adam était le seul homme, il était l’humanité (il était l’ensemble de tous les individus humains coexistants, puisqu’il était le seul). Mais qu’est-ce qu’un homme ? On ne peut pas le savoir en étudiant Adam seul. Imaginons qu’Adam était brun, l’humanité est-elle brune par nature ? La notion d’humanité ne se réduit pas à Adam, même s’il n’avais jamais été que le seul homme. De la même manière, la notion de divinité ne se réduit pas à Dieu, même si Dieu est le seul dieu. Le fait que d’autres êtres soient appelés dieux, biens qu’ils ne soient pas Dieu, permet de comprendre en quoi Dieu est le réel dieu. Je rappelle encore une fois que les chrétiens et les monothéistes sont monothéistes.

  4. khaled dit:

    bjr
    L’ÊTRE DE DIEU NE CHANGE PAS, IL EST TOUJOURS LUI MÊME. SA CONNAISSANCE, SA PUISSANCE SONT IMMUABLE; SON AMOUR, SA VOLONTÉ AUSSI. NE DÉCRITONS PAS QUELQUE PART UN DIEU SANS VIE ; UN DIEU STATIQUE ET IMMOBILE?

  5. Masson Alexis dit:

    Bonjour Khaled,

    Votre question soulève un point intéressant. La vie est-ce le changement et le mouvement ? Pour nous, créatures vivantes, la vie est changement et adaptation à notre environnement. Nous sommes des systèmes biologiques dépendants de notre environnement (nous devons par exemple manger, respirer, etc.) et nous vivons de la consommation de notre environnement. Nous changeons et notre environnement duquel nous dépendons change aussi, c’est pourquoi nous devons migrer, ou adapter notre environnement à nos besoins (culture). Dans la création, toute chose est plus ou moins dépendante d’autre chose, toute chose doit s’adapter, c’est pourquoi il y a du changement. Mais en ce qui concerne Dieu, celui-ci est absolu, indépendant, pleinement autosuffisant. Dieu n’a pas besoin de manger, de boire, etc. De plus, Dieu n’est dépendant d’aucune dimension, puisqu’il les a créé, il est donc atemporel et aspatial. En tout cela, Dieu est radicalement différent de nous. Il y a une véritable différence ontologique entre le créateur et les créatures. Cependant, il y a tout de même quelque chose de commun entre nous et Dieu. Dieu est conscient, c’est un être pensant, personnel. N’est-ce pas à cause de cela que nous disons que Dieu est vivant ? Il y a une véritable différence entre un Dieu personnel, et une idole, une statue de bois ou de pierre, pour reprendre l’expression biblique, qui est impersonnelle. Il va de soi que Dieu n’est pas vivant au sens de la vie biologique, qui est propre aux créatures, on ne peut pas penser Dieu comme une créature. Cependant, ne peut-on pas dire que Dieu est vivant, au sens ou il est un être personnel ? C’est un être personnel très différent de nous, mais c’est un être personnel tout de même. Et il serait difficile de considérer un être personnel comme étant un non-vivant. C’est pourquoi nous devons peut-être reconsidérer notre concept de « vie », que nous réduisons à la biologie. Remarquez d’ailleurs que les plantes ne sont jamais qualifiées de « vivantes » dans la Bible, preuve que celle-ci emploie un concept différent du concept biologique que nous connaissons.

  6. David MAHOUNGOU dit:

    Les penseurs philosophes, qui étaient dans la contemplation des astres et de la terre, ont pu dégoter que la terre tourne; ce qui laisse à penser que les points cardinaux sont en mouvement perpétuel. De même qu’il y a des variations climatiques, de même la vérité sur le sens du mot « Dieu » est malléable.

    En effet, le concept de Dieu a été forgé par l’Occident pour désigner l’être suprême, dont la nature n’est pas celle de l’homme, car ce dernier est faillible; donc incapable d’atteindre l’infini.

    De bien des manières, le concept de Dieu peut, selon la piste de la sémantique lexicale, être défini comme suit:

    1°) La signification de la lettre D: Dieu est juste, cela évoque bien l’idée de droit;
    2°) La signification de la lettre I: Dieu est le Tout-puissant, il est donc indépendant;
    3°) La signification de la lettre E: Dieu règne aux siècles des siècles, il est donc éternel;
    4°) La signification de la lettre U: il n’y a qu’un seul Dieu, il est donc universel.

    Il n’y a donc à remarquer que le discours biblique véhicule l’idée selon laquelle le mot « Dieu » est vraisemblablement un sigle qui mérite d’être disséqué.

  7. Charles dit:

    Est-il plus facile de dire:  » Qu’est-ce QUE Dieu ?  » ou  » Qu’est-ce QUI Dieu ? « 

  8. HENRI dit:

    CROIRE A UN ETRE PUISSANT / DIEU/ EST UNE INEPCIE;
    personne ne la jamais vu et ne le verra jamais .
    SEUL LA SCIENCE EST EXACTE, ET NOUS EXPLIQUE LA CREATION DE LA TERRE.
    HENRI NALINNE

  9. Alexis MASSON dit:

    Bonjour Henri,

    Nous croyons en beaucoup de choses dont il n’y a pas de preuve empirique. Par exemple, je crois que ce monde est bien réel. Mais je n’ai aucune preuve empirique, car toute preuve empirique succombe devant l’argument du rêve de Descartes (ou du « cerveau dans une cuve » Putnam, ou plus récemment encore l’argument Matrix). Je n’ai aucune preuve empirique que ce monde est bien réel, ce sont des arguments philosophiques qui me permettent de le soutenir. En cela, Descartes l’avait déjà montré, la science empirique repose toujours sur une certaine métaphysique philosophique. Il n’y a pas de science sans philosophie.

    Cordialement,
    Alexis MASSON

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Qu’est-ce que la philosophie analytique de la religion ? La philosophie est l’étude des questions fondamentales. La philosophie analytique est une méthode en philosophie qui insiste sur l’analyse logique des thèses et des arguments. La philosophie analytique de la religion est une branche de la philosophie analytique. Elle traite de l’existence de Dieu, du problème du mal, de la valeur de l’expérience religieuse, et même des doctrines chrétiennes spécifiques telles que la Trinité, l’Incarnation et l’Expiation. Qu’est-ce que l’apologétique ? L’apologétique est la défense rationnelle de la foi. Elle traite de l’existence de Dieu, du problème du mal, de la crédibilité de la révélation, de l’existence et de la résurrection du Christ. L’apologétique peut être négative ou positive. L’apologétique négative consiste à réfuter les objections contre le christianisme. L’apologétique positive consiste à apporter des arguments en faveur du christianisme.