Qu'est-ce que l'Incarnation ?

Qu'est-ce que l'Incarnation ?

« Avec la Trinité, l’Incarnation est une doctrine spécifiquement chrétienne. L’Incarnation est parfois un peu considérée comme mystérieuse, en quoi consiste-t-elle ? Comment pourrions-nous la définir ? »

Alexis : « Nous avions vu, dans une précédente émission sur la Trinité, qu’il y a en Dieu trois personnes : le Père, le Fils et le Saint-Esprit. La doctrine de l’Incarnation concerne spécifiquement la deuxième personne de la Trinité, c’est-à-dire Dieu-le-Fils. Elle affirme de lui, qu’il est éternellement Dieu, qu’avant de devenir humain il préexistait  déjà en étant Dieu, et qu’il s’est incarné en homme tout en continuant d’être divin. Ainsi Jésus-Christ avait une double nature : il était à la fois véritablement divin et humain, les deux natures étant unies en lui, sans qu’il n’y ait confusion entre elles, l’une restant distincte de l’autre. »

« Quelles sont les origines de cette doctrine ? Quelles sont les bases bibliques de la doctrine de l’Incarnation ? »

Alexis : « Le prologue de l’Evangile de Jean est le texte le plus clair que nous puissions trouver dans la Bible, concernant l’Incarnation. Il affirme la préexistence de Jésus-Christ, étant véritablement Dieu, et son incarnation, devenant véritablement humain. Evangile de Jean 1.1-18 : « 1Au commencement était la Parole, et la Parole était avec Dieu, et la Parole était Dieu. […] 14Et la Parole a été faite chair, et elle a habité parmi nous, pleine de grâce et de vérité ; nous avons contemplé sa gloire, une gloire comme celle du Fils unique venu du Père. […] 17 La grâce et la vérité sont venues par Jésus-Christ. 18Personne n’a jamais vu Dieu ; Dieu le Fils unique, qui est dans le sein du Père, est celui qui l’a fait connaître. » Ce texte, il faut vraiment le lire en entier pour le constater, affirme sans détour la préexistence divine et l’incarnation humaine, beaucoup plus clairement que tout autre passage biblique, dont en particulier l’Epître aux Philippiens 2.5-11. Cependant, il manque une chose à ce passage pour que l’on puisse dire qu’il exprime pleinement la doctrine de l’Incarnation : Jésus est-il encore Dieu, une fois incarné et devenu pleinement homme, avait-il la double nature humaine et divine, ou l’une a-t-elle remplacée l’autre ? Concernant cette question, nous ne trouvons aucun passage biblique qui soit suffisamment explicite, tandis que d’autres laissent même à penser le contraire, je pense encore à l’Epître aux Philippiens 2.5-11, où il l’on peut se demander si en se « vidant » (d’après le texte grec) de lui-même, pour devenir semblable aux hommes, il n’a pas cessé d’être Dieu. »

« Dire que Jésus-Christ était pleinement Dieu et pleinement homme, cela peut apparaître un peu contradictoire. D’une manière générale, quelles objections ont été formulées contre la doctrine de l’Incarnation ? »

Alexis : « En effet, dire qu’un être est à la fois divin et humain apparaît contradictoire. La nature divine et la nature humaine sont radicalement incompatibles. Dieu est infini, intemporel, incorporel, autosuffisant, omniscient, bon etc. Au contraire, l’homme Jésus a été limité dans l’espace et dans le temps. Il avait un corps, il est né et il a connu la mort. Il  a eu des besoins : il a connu la soif (Jean 19.28) et il a mangé. Il n’était pas omniscient : au contraire, il a grandi en sagesse (Luc 2.52), ce qui signifie qu’il est passé d’une connaissance moindre à une connaissance plus grande, il a notamment appris l’obéissance dans la souffrance (Hébreux 5.8), mais il n’a jamais atteint l’omniscience, la connaissance de toutes choses, puisqu’il ne connaissait pas la date du Jour du Jugement (Marc 13.32). Jésus-Christ était tellement humain, qu’à première vue, dire qu’il est Dieu semble être une véritable ineptie, comme si l’on disait qu’un cercle peut être carré. »

« Y a-t-il une solution à ces problèmes apparents ? »

Alexis : « Comme on le dit souvent en philosophie, un problème insoluble est un problème mal posé. Le cas de l’Incarnation est à mon avis un parfait exemple de problème mal posé. Les objections contre l’Incarnation ne considèrent que deux éléments : la nature divine et la nature humaine. Mais on oublie quelque chose : la notion de personne. Or les facultés d’une personne dépendent de la nature de son support. Je vais donner une image, afin que cela soit clair : si nous considérons deux ordinateurs de puissances très différentes, et, pourquoi pas, ayant une différence de système d’exploitation (Windows, Mac ou Linux). Les deux ordinateurs sont, comme tels, incompatibles. Pourtant, un même programme peut être installé sur les deux ordinateurs, et qui plus ait un programme qui réalise une interaction entre les deux ordinateurs, par exemple un logiciel de messagerie instantanée, ou mieux encore : internet lui-même. Nous pouvons avoir exactement les mêmes informations sur l’un et l’autre ordinateurs, mais adaptés aux performances de celui-ci. Il en va de même avec la personne du Fils. Le Fils, en tant que personne, est à la fois divin et humain. En tant qu’il est une personne dans une nature divine, il est infini, éternel, suffisant, omniscient, etc. ; en tant qu’il est une personne dans une nature humaine, il est fini et temporel, il est né et il a un corps, il a des besoins et il ne connait pas tout. Jésus-Christ n’est pas mort à la Croix en tant que Dieu (Dieu est immortel), mais en tant qu’homme. C’est très important de distinguer Dieu en tant qu’être, en tant que nature, et une personne qui est en Dieu ; c’est ce que nous faisons lorsque nous parlons de la Trinité, afin de distinguer le Père, le Fils et le Saint-Esprit ; c’est encore ce que nous devons faire pour parler de l’Incarnation, lorsque la même personne du Christ a possède deux natures incompatibles entre elles. »

« Cela veut-il dire que, même si bibliquement il est difficile d’affirmer que Jésus était, durant le temps de son incarnation, à la fois humain et divin, philosophiquement nous pouvons l’affirmer ? »

Alexis : « En effet : Dieu est intemporel, il est immuable. Dieu ne change pas. Si donc le Fils est une personne divine, alors en tant que personne divine il l’est éternellement. Le changement ne vaut que pour sa dimension humaine. Ce qui veut dire que, même lorsqu’il est devenu humain, Jésus était toujours Dieu. Le Fils n’a pas abandonné sa divinité en devenant homme, même s’il est vrai que vivre en même temps une vie humaine consistait pour lui un véritable « dépouillement ». Ainsi, même si la Bible ne l’affirme pas indubitablement, philosophiquement nous pouvons le déduire. »

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