Un corps et une âme ? (Saison 3)

Un corps et une âme ? (Saison 3)

C. KESSLER – « Que sommes-nous ? Ne sommes-nous qu’un corps ou plutôt une âme ? C’est la question que nous allons étudier dans cette émission Epistheo, avec le philosophe Alexis Masson. Pour commencer, la pensée contemporaine ne penche-t-elle pas en faveur du matérialisme ? »

A. MASSON – « On doit plutôt parler de « physicalisme », car il existe des entités physiques qui ne sont pas matérielles : les forces, les champs, les ondes, l’énergie, etc. L’anthropologie physicaliste affirme que l’homme n’est ultimement qu’une entité physique. L’homme n’est pas constitué d’une composante non-physique, que l’on pourrait appeler l’âme. Le physicalisme a de sérieux arguments en sa faveur. Le premier concerne l’interaction causale : si deux entités (le corps et l’esprit) sont radicalement distinctes, alors comment peuvent-elles interagir entre elles ? Pour qu’il y ait une relation entre deux entités, il faut qu’elles aient au moins une nature fondamentale commune. Or le dualisme, tel qu’on le trouve chez Descartes, affirme que le corps et l’âme sont deux substances absolument distinctes. Le deuxième argument concerne la complétude causale de l’univers physique. Si l’âme interagissait avec le corps, alors il devrait y avoir des « trous » dans l’explication causale au niveau physique, puisque quelque chose d’étranger interviendrait. Or on ne constate aucun manquement de ce type au niveau de l’explication physique. Enfin, le dernier argument constate, en s’appuyant sur la neurologie, qu’à certains états cérébraux correspondent certains états mentaux. On peut raisonnablement penser qu’il y a identité entre les états cérébraux et états mentaux. C’est-à-dire que pour un même état cérébral, il ne peut pas correspondre deux états mentaux différents. À partir de ces arguments, on conclu que le psychisme est une propriété émergeante du cerveau. »

C. KESSLER – « Cela ne contredit-il pas la théologie chrétienne qui affirme que l’homme à une âme ? »

A. MASSON – « Ce que dit la théologie chrétienne est plus complexe, d’autant que tous les théologiens ne soutiennent pas la même chose. Certains sont dualistes (l’homme est composé d’un corps et d’une âme), d’autres trichotomistes (corps, âme, esprit). Mais ces éléments sont-ils réellement d’une nature fondamentalement distincte ? Certains théologiens sont monistes : ils affirment que, dans la conception des hébreux contrairement à celle des grecs, l’homme est une unité. On peut faire des distinctions : l’homme a un corps et une âme, mais comme il a une bouche et une parole, tout cela reste physique. On peut être physicaliste et chrétien. Cela ne veut pas dire que l’on nie que l’homme ait une âme, ou que Dieu n’existe pas : plutôt, l’âme dépend du corps et Dieu se situe à un niveau plus fondamental et transcendant par rapport aux entités physiques. »

C. KESSLER – « Mais la Bible n’oppose-t-elle pas le corps et l’âme ? Et que devient-on après la mort ? »

A. MASSON – « On cite souvent Matthieu 10.28 : « Ne craignez pas ceux qui tuent le corps et qui ne peuvent tuer l’âme; craignez plutôt celui qui peut faire périr l’âme et le corps dans la géhenne. » Cela ne veut pas dire que le corps et l’âme sont de natures distinctes. On peut craindre davantage ce qui détruire un disque dur et son contenu plutôt que le disque dur seul. Mais l’information n’est pas moins physique que le matériel. Le disque dur offre d’ailleurs une bonne image de la résurrection selon le Christianisme. Les chrétiens n’espèrent pas une vie désincarnée, comme les grecs l’espéraient, mais au contraire un nouveau corps, comme si l’information était transférer dans un nouveau disque dur non-défectueux. Le Christianisme et le physicalisme ne s’opposent donc pas. »

6 Réponses pour “Un corps et une âme ? (Saison 3)”

  1. Thomas dit:

    Ps : Concernant le 3em argument de la première question, vous parlez d’identité entre le cerveau et les état mentaux. Il est vrai que l’excitation de la fibre C (EFC) à pour effet de provoquer la douleur. Cela dit soutenir qu’il y a identité ontologique entre les 2 est un pas que je n’oserais pas franchir. Ce genre de behaviorisme ne répond pas à l’idée de réalisation multiple. En effet, si EFC = Douleur, alors tout ce qui ne possède pas de fibre C ne peux pas éprouver de la douleur (comme un poulpe ou un martien fait de matière inorganique) ? C’est une thèse qui à mon sens ne tient plus ajd. Il suffit pour s’en convaincre de lire Davidson ou encore tout les fonctionnalistes et cognitivistes. Je pense donc que c’est un argument de moins en leur faveur =). Les 2 autre arguments sont fort et ce débat n’entre pas dans le cadre de ce site.

  2. Masson Alexis dit:

    Bonsoir Thomas,

    En fait, la question de fond est celle-ci : l’homme est-il un corps ET une âme, donc séparable et pouvant vivre indépendamment de son corps ? Ou l’homme est-il un corps dont « l’âme » ou la conscience dépend ? Quelle que soit la théorie de l’esprit que l’on adopte, la question de fond concerne le débat entre le monisme et le dualisme des substances. Dans un cas, l’homme a besoin d’une résurrection. Dans le second cas, une vie dématérialisée lui suffit. Le cadre des émissions n’offre malheureusement pas la possibilité d’approfondir intensément les théories de l’esprit si celles-ci n’ont pas de lien direct avec la philosophie de la religion.

    Cordialement.

  3. Masson Alexis dit:

    Bonsoir Thomas,

    Vous ne m’avez pas compris, ou je ne me suis mal exprimé. Je parlais de l’identité token à token.

    Cordialement.

  4. Gregoire dit:

    Bonsoir,

    Qe pensez-vous du phénomène EMI/NDE ?

    Il y a un moment que je vous suis,j’aurais aimé votre avis sur la question,que ce soit à la lumière des Evangiles ou de la physique,car elles sont une réalité,en tout cas,ces expériences paraissent réelles du point du vue de ceux qui les vivent.

    Par exemple,lorsqu’on fait un rêve et que l’on se réveille,on sais que l’on à rêvé,ou lorsque qu’on prend une substance psychoactive comme une drogue telle que le LSD,on sait que que tout était faux.

    Or là,précisément,dans ce phénomène,la personne pense réellement l’avoir vécu.Cela m’intrigue.De plus,ce sont à peu de chose près le même scénario lors de l’expérience,qui au passage peut aussi être une nde dite  » négative « ,donc désagréable,ce qui contredit la thèse psychologique selon laquelle le cerveau produirait un mécanisme de défense pour rendre la mort plus agréable.Comment autant de gens puissent faire la même expérience au quatre coin du monde ?

    Je me demande si Dieu ne nous fait pas un cadeau,un signe,à une époque ou la foi se perd.

    A plaisir de vous lire,merci de faire partager votre foi.

    Dieu vous bénisse.

  5. Masson Alexis dit:

    Bonjour Grégoire,

    J’avoue être plutôt sceptique vis-à-vis des EMI. Elles ne sont pas tout à fait identiques dans le monde entier. En Orient, les hindous s’en servent pour justifier le cycle des réincarnations. Il arriverait que des personnes se souviennent de leurs vies antérieures. En Occident, on s’en sert pour justifier la croyance au paradis ou à l’enfer. Ces interprétations ne sont pas vraiment compatibles : ou bien il y a un jugement définitif après la mort, ou bien une nouvelle chance s’ouvre à nous. Comme ces expériences ne sont pas compatibles, je tends à penser qu’il y a probablement du vrai et du faux dans ces récits. Je considère les expériences de mort imminente comme les expériences religieuses : elles ont besoin d’une justification rationnelle antérieure, sans quoi nous sommes limités à la subjectivité de chacun.

    Le fait que les personnes soient absolument convaincues de la véracité de leur expérience ne me semble pas être un argument décisif. On peut, grâce à des procédés neurologiques, en stimulant le lobe temporal, provoquer des expériences « mystiques » chez certains patients. Ils sont alors convaincus qu’une présence bienveillante les enveloppe. On peut penser que l’expérience est fausse, ou que les procédés neurologiques activent une faculté endormie. Et la folie n’est-elle pas un bon exemple de cas de conviction forte erronée ?

    Quant à l’argument de l’expérience de mort imminente négative, c’est-à-dire l’impression d’aller en enfer, ce type d’expérience n’est pas improbable si la personne se sent moralement coupable d’une faute.

    Je ne crois pas que l’on puisse se servir des EMI pour justifier l’existence de Dieu. Je pense au contraire qu’il faut d’abord établir l’existence de Dieu pour ensuite crédibiliser ces expériences. Si Dieu existe, il est très probable qu’il utilise ce type d’expériences pour nous envoyer des signes qu’il faut, par exemple, mener une vie droite.

    Je crois aussi que l’on tire des conclusions spéculatives à partir des EMI, notamment des conclusions métaphysiques. On s’en sert pour affirmer que l’âme est une entité ou une substance différente du corps. Mais même si les EMI sont authentiques, elles pourraient être expliquées différemment. On pourrait penser que Dieu, ou une autre entité spirituelle, nous infuse des informations, dont nous prenons conscience à notre réveil. On pourrait penser que la conscience est produite par notre cerveau, dépend de celui-ci, et que pourtant nous ayons l’impression que celle-ci s’en détache, tout simplement parce qu’une entité spirituelle nous donnerait un certain nombre de souvenirs à notre réveil.

    Je pense donc qu’il faut rester prudent avec les EMI, ce qui ne veut pas dire qu’elles sont fausses ou qu’il ne faut pas s’y intéresser, mais il ne faut pas tirer des conclusions hâtives de ces témoignages.

    Que Dieu vous bénisse,
    Alexis.

  6. Jean dit:

    A ce sujet, voir cette analyse critique des EMI d’un point de vue chrétien :

    http://reflexionsjesus.wordpress.com/2013/01/02/les-experiences-de-mort-imminente-emi/

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Qu’est-ce que la philosophie analytique de la religion ? La philosophie est l’étude des questions fondamentales. La philosophie analytique est une méthode en philosophie qui insiste sur l’analyse logique des thèses et des arguments. La philosophie analytique de la religion est une branche de la philosophie analytique. Elle traite de l’existence de Dieu, du problème du mal, de la valeur de l’expérience religieuse, et même des doctrines chrétiennes spécifiques telles que la Trinité, l’Incarnation et l’Expiation. Qu’est-ce que l’apologétique ? L’apologétique est la défense rationnelle de la foi. Elle traite de l’existence de Dieu, du problème du mal, de la crédibilité de la révélation, de l’existence et de la résurrection du Christ. L’apologétique peut être négative ou positive. L’apologétique négative consiste à réfuter les objections contre le christianisme. L’apologétique positive consiste à apporter des arguments en faveur du christianisme.