Xénophane (VIe-Ve s. av. J.-C.)

Xénophane (VIe-Ve s. av. J.-C.)

C.K. : « Comment Xénophane en vient-il à penser Dieu ? »

Alexis Masson : « Xénophane de Colophon est un « présocratique », c’est-à-dire un philosophe qui précède Socrate. Il appartient à ces mouvements de penseurs grecs rationalistes : ils s’écartent des mythes pour étudier la réalité d’une manière rationnelle. Xénophane est un philosophe révolutionnaire, il est le premier à appliquer les principes de la raison au domaine de la théologie. C’est ce que l’on appelle la « théologie naturelle » : étudier le divin à partir de la raison naturelle plutôt qu’à partir d’un mythe ou d’une révélation. Les résultats de son système de théologie rationnelle, dont il ne nous reste que quelques fragments, vont prendre des directions complètement opposées aux religions mythologiques. »

C.K. : « Qu’est-ce que Dieu pour Xénophane ? »

A.M. : « Le point de départ de la réflexion de Xénophane est l’essence même de la divinité. Ce qui fait la divinité, c’est la puissance. A partir de là, il déduit ses attributs. Le divin étant tout-puissant, il est nécessaire unique, car s’il y avait plusieurs dieux, la puissance serait partagée, les uns pourraient même dominer les autres. Xénophane est donc monothéiste. Dieu existe depuis toujours, car s’il était né, il aurait dût naître de quelque chose de semblable, ce qui n’est pas possible puisque Dieu est unique. Dieu est simple, c’est-à-dire sans partie, mais il est omniprésent, c’est-à-dire partout, il n’y a pas de lieu où il n’est pas. Etant partout, il est aussi immobile, il n’a pas de lieu où il puisse aller qu’il n’y soit pas déjà. Sa puissance est telle, qu’il est omniscient, c’est-à-dire connaît tout, et dirige directement  les choses à partir de sa pensée. »

C.K. : « Il propose donc un monothéisme qui va à l’encontre de la mythologie grecque… »

A.M. : « Absolument. A l’époque de Xénophane, la religion grecque se fonde sur les poèmes d’Homer et d’Hésiode, en particulier sur l’Iliade et l’Odyssée. Les Grecs sont polythéistes : il y a une multiplicité de dieux, chacun ayant une fonction particulière. Ils sont anthropomorphiques, c’est-à-dire qu’ils ont une naissance, une forme, des émotions et des vices semblables à ceux des hommes. La différence entre les dieux et les hommes, c’est que les dieux ont des pouvoirs élargis et qu’ils sont immortels. Les dieux séjournent tous ensembles sur le Mont Olympe, dont Zeus est le roi, mais interviennent parfois dans les affaires humaines, de manière intéressée et pas toujours très efficace. Le Dieu de Xénophane est radicalement éloigné du polythéisme grec. Xénophane critique donc violemment les dieux d’Homère et d’Hésiode. Le polythéisme en lui-même est contradictoire ; l’idée que des dieux naissent est aussi impie que celle qu’ils puissent mourir. Surtout, les dieux d’Homère et d’Hésiode sont injustes, coupables de tous les forfaits, le mensonge, l’adultère, le vol, le viol, etc. Au contraire, le Dieu de la raison est d’une perfection morale irréprochable. D’une manière plus général, il critique toute forme d’anthropomorphisme, allant jusqu’à dire que si les animaux se faisaient des dieux ils leur seraient semblables ; et critique également toute forme de superstition. »

C.K. : « La raison grecque, en reniant sa religion d’origine, semble affirmer la véracité du monothéisme des trois religions abrahamique. »

A.M. : « C’est partiellement vrai. D’ailleurs, les trois religions, ou du moins le Christianisme, se posent elle-même comme étant explicitement rationnelles (voir notamment : Romains 1.18-21). En partant de la raison, Xénophane est conduit à penser une forme de divinité très proche des trois monothéismes. Néanmoins, il pose une certaine limite à sa propre recherche, dans la mesure où il pense que l’homme ne possède pas de critère de vérité suffisamment ferme pour atteindre de solides certitudes en théologie. Le problème, qui sera soulevé plus tard par des philosophes tels que Descartes ou Leibniz, c’est que la raison n’est certaine que si elle est fondée sur Dieu, alors que dans le même temps, la raison affirme l’existence de Dieu. Rationalisme et théisme sont intrinsèquement liés. »

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