Y a-t-il des preuves de la Trinité ?

Posted on: juillet 29, 2010
7 Commentaire(s)

C.K. – « Pourquoi Dieu devrait-il être trinitaire ? »

A.M. – « La doctrine de la Trinité est la seule réponse satisfaisante aux problèmes posés par le monothéisme et le polythéisme. La Trinité désigne le fait que Dieu est un être tripersonnel. Dans la mesure où il n’y a qu’un seul être, la Trinité est un type de monothéisme. Mais ce n’est pas le même type de monothéisme que celui proposé par le Judaïsme et l’Islam : Dieu n’est pas qu’une seule personne, mais trois personnes. En cela, la Trinité se rapproche du polythéisme, parce que la Trinité admet, comme le polythéisme, une pluralité.  Mais la Trinité reste, au sens strict, un monothéisme : Dieu est un être unique tripersonnel. Cette ambivalence lui permet de répondre de manière satisfaisante aux problèmes posés par le monothéisme et le polythéisme.

C.K. – « Quels sont les problèmes du monothéisme et du polythéisme ? »

A.M. – « Le monothéisme et le polythéisme ont chacun leurs avantages et leurs désavantages. En admettant qu’il n’y a qu’un seul Dieu, le monothéisme conserve des qualités essentielles à l’être suprêmement parfait : sa nécessité absolue, son inconditionnalité, qui permettent d’expliquer son existence, et son omnipotence. Si Dieu est unique, il ne dépend de rien d’autre que lui-même, il contient en lui-même toutes les raisons de son être, sa puissance ne peut-être contredite par aucune altérité. S’il y avait plusieurs dieux, comme l’admet le polythéisme, chaque dieu dépendrait dans ses manières d’être et d’agir des autres dieux, il devrait composer avec ses semblables. Aucun ne serait absolument tout-puissant. L’avantage du monothéisme, c’est qu’il propose une conception omnipotente du divin. Mais son désavantage, à la différence du polythéisme, c’est que Dieu ne peut avoir en lui-même aucune qualité qui implique une relation, puisqu’il est unique. Dieu ne peut être ni amour, ni bonté, ni justice, ni souveraineté, ni providence, etc. parce que toutes ces qualités impliquent une relation. Or Dieu étant autosuffisant, contenant en lui-même toutes les raisons de son être, il ne peut avoir aucune de ces qualités qui impliquent une dépendance à l’existence d’une autre réalité. Il est donc contradictoire d’affirmer que le Dieu unique, absolument inconditionné, autosuffisant et omnipotent du monothéisme soit aussi un Dieu d’amour, de bonté, de justice, de souveraineté, etc. Evidemment, de son côté, le polythéisme ne connaît pas se problème, puisqu’il y a plusieurs dieux, mais aucun ne peut prétendre à la toute-puissance et à l’absolue inconditionnalité, ce sont des dieux contingents dont l’existence reste inexpliquée. »

C.K. – « En quoi la Trinité résout-elle ces difficultés ? »

A.M. – « La Trinité est une forme de monothéisme, elle permet donc de penser un Dieu dont la nécessité est absolue, inconditionnel, omnipotent. Mais à la différence des autres monothéismes, c’est un être en plusieurs personnes. La Trinité permet de donc penser un Dieu unique qui peut entretenir des relations d’altérité, sans qu’il ne dépende pour autant d’une autre réalité que lui-même. Les trois personnes de la Trinité peuvent, entre elles, s’aimer, être bonnes, justes, souveraines, etc., sans que Dieu ne dépende d’une autre réalité que lui-même. La doctrine chrétienne de la Trinité permet donc de se dégager des contradictions internes que connaissent les autres monothéismes, tels que le Judaïsme et l’Islam, sans amoindrir la puissance divine, comme le font les polythéismes. »

C.K. – « Pourquoi devrait-il y avoir trois personnes précisément ? »

A.M. – « Au moyen âge, Richard saint Victor, et aujourd’hui, R. Swinburne, expliquent que s’il n’y avait pas au moins trois personnes, l’amour ne serait pas pleinement accomplit en Dieu. L’amour n’est pas seulement la relation d’une personne envers une autre, comme c’est le cas entre un homme et une femme. L’amour est aussi la relation partagée d’au moins deux personnes envers au moins une tierce, comme c’est le cas entre les parents et un enfant. S’il n’y a pas au moins trois personnes, on ne peut pas concevoir l’idée qu’il y ait un amour partagé en Dieu. Pour que l’amour soit pleinement accomplit dans la nature même Dieu, il faut qu’il y ait en Dieu trois personnes. Et dans la mesure où trois personnes suffisent, il n’y en a pas d’autre, car s’il y en avait plus leur existence serait contingente, sans raison, ce qui est contraire à la nature de Dieu. »

C.K. – « Y a-t-il d’autres preuves de la Trinité ? »

A.M. – « Oui, toute qualité qui implique une relation et qui se trouve en Dieu peut constituer un élément de preuve. L’amour en est un exemple assez explicite. Mais il y a d’autres exemples qui sont un peu plus implicite, où une qualité n’implique qu’indirectement une relation. C’est le cas par exemple de la conscience de soi. Pour qu’il y ait conscience de soi, il faut qu’il y ait eu différenciation entre le moi et le non-moi, autrement dit : l’autre. La différenciation est un élément essentiel dans la conscience de soi. J’ai conscience de moi lorsque je sais ce qui moi et ce qui n’est pas moi. Ma propre conscience n’est pas celle d’autrui. Mais avec quelle conscience Dieu pourrait-il se différencier, s’il n’est qu’une seule personne ? Si Dieu devait se différencier d’autre chose que lui-même, il serait dépendant de cette chose pour acquérir la conscience de lui-même ! Cela ne convient pas à Dieu qui est autosuffisant. Il faut donc que la différenciation s’effectue en Dieu lui-même, autrement dit qu’il y ait plusieurs personnes en Dieu. Plus précisément, il faudrait trois personnes, pour que Dieu connaisse quelles caractéristiques appartiennent en propre à chaque personne et celles qui sont communes à l’être divin en général. Dans la mesure où on différencie ce qui est commun et ce qui est propre par la comparaison, il faut donc qu’il y ait trois personnes, afin que chacune puisse comparer les deux autres et s’informer mutuellement. Des penseurs tels que Martensen et Barlett ont emprunté cette voie, mais il y en a d’autres. »

C.K. – « D’autres preuves qui s’appuient sur la conscience de soi ? »

A.M. – « Oui. Nous trouvons des traces d’un autre argument chez des philosophes tels que saint Augustin et Leibniz, bien qu’il doive sa formulation définitive à Keckermann et Shedd. Là aussi, il commence par une analyse de ce qu’est la conscience. La conscience est toujours conscience de quelque chose, il n’y a pas de conscience vide. Il y a donc un sujet pensant et un objet pensé. Si Dieu se pense lui-même, il y a Dieu en tant que sujet pensant, celui qui pense, et Dieu en tant qu’objet pensé, l’idée qu’il se fait de lui-même. Mais à la différence de la pensée humaine, il n’y a pas, en Dieu, de différence  entre la pensée et la réalité. Ce que Dieu pense, existe. Si Dieu pense la lumière comme existante, alors elle existe. « Que la lumière soit ! Et la lumière fut ». Sinon il la penserait simplement comme possible. Si donc Dieu en tant que sujet pense sa représentation et se pense comme existant, puisque effectivement il existe, alors le sujet existe doublement. Il y a, en un unique Dieu, deux sujets pensants, deux consciences, deux personnes. Et de la même façon que précédemment, il doit y avoir trois personnes. Si Dieu est deux consciences, elles doivent être identifiées l’une à l’autre, comme étant le même Dieu. Et pour être identifiées, elles doivent être comparées, c’est-à-dire toutes les deux prises pour objet. Autrement dit, il faut une troisième conscience qui en tant que sujet pensant prenne les deux autres pour objet, afin de les identifier. Ainsi, si Dieu se pense et se contemple lui-même, il est nécessairement trinitaire. »

7 Réponses pour “Y a-t-il des preuves de la Trinité ?”

  1. Gérald Sinclair dit:

    Salut,

    La Trinité comprise comme argument qui soutient la cohérence du concept de Dieu malgré le fait que ce dernier doive comprendre des qualités relationnelles infinies, problématiques pour un Dieu « à un seul feuillet personnel », c’est ingénieux ; mais est-ce que je peux encore dire après que Dieu a créé l’humanité pour cette relation, qu’il trouve précisément (et parfaitement) en Lui-même ?

    Sur l’idée que la conscience intentionnelle de Dieu est créatrice, j’aimerais demander, de manière ouverte, si ce n’est pas précisément l’injonction parlée « Que la lumière soit ! » qui importe, étant donné (surtout) que le Verbe est la deuxième personne de la Trinité en question ?

  2. Masson Alexis dit:

    Bonjour Gérald,

    Votre question semble supposer que Dieu avait besoin de la création pour qu’il y ait relation. Si tel était le cas, il ne serait plus Dieu, puisque Dieu est justement un être inconditionné et auto-suffisant, il n’a besoin de rien. La création ne s’explique pas par une motivation divine d’entretenir une relation avec l’humanité, c’est-à-dire en vue d’atteindre un certain amour, mais au contraire, c’est parce qu’il est préalablement amour que Dieu a librement voulu la création (sans donc en avoir besoin). Autrement dit, il faut inverser le rapport de cause et de finalité entre l’amour et la création.

    Concernant la deuxième remarque, la Parole existe éternellement et « préalablement » à son action. Dieu existe, qu’il créé ou non. De la même manière, la Parole, en tant que personne, existe, qu’elle parole ou non. Je donnerais l’exemple suivant : un porte-parole existe préalablement au fait que l’institution qu’il représente ait un message à rendre public. Et c’est parce qu’il est le porte-parole, qu’il parle, lui, plutôt qu’un autre : ce n’est pas le fait de parler qui fait de lui le porte-parole, mais c’est parce qu’il est le porte-parole qu’il parle.

    Bonne continuation dans vos réflexions.

  3. khaled dit:

    bjr
    dans le chrestiannisme il n y a pas que le DIEU trinitaire ,il y a aussi d’autres etres comme les ANGES . QU’en est il de votre definition
    etes vous d’accord sur la presentation faite par le docteur angelique saint thomas d’aquin
    merci d’avance de votre reponse !

  4. Masson Alexis dit:

    Bonjour Khaled,

    Vous avez raison lorsque vous dîtes que dans le Christianisme, il n’y a pas que le Dieu trinitaire, mais aussi des anges. Toutefois, que sont les anges ? Vous faîtes référence à Thomas d’Aquin. J’avoue que je ne suis pas un spécialiste de l’angélologie thomiste. Pour Thomas d’Aquin, comme pour presque tout chrétien, l’ange est une réalité intermédiaire entre Dieu et les créatures matérielles. C’est une substance formelle, immatérielle, et personnelle (comme Dieu), mais contingente, locale, finie, etc. (comme les créatures matérielles). L’ange est très semblable à Dieu, car Dieu étant bon, il doit vouloir créer quelque chose de semblable à lui-même (cf. S.T. Ia, Q.50, a.1), toutefois, l’ange n’est qu’une créature. J’avoue que je n’y vois pas d’objection a priori, mais, encore une fois, je ne connais qu’insuffisamment l’angélologie thomiste pour me prononcer définitivement. D’une manière plus générale, il faut avouer que la philosophie contemporaine (même analytique) est muette sur ces questions, et je manque encore de connaissances et de recule sur ces questions. Je précise toutefois, afin qu’il n’y ait pas de mauvaise interprétation de votre question, que très clairement, pour les chrétiens comme pour Thomas d’Aquin, le Père, le Fils et le Saint-Esprit ne sont pas des anges, mais différentes personnes en Dieu lui-même.

  5. Gérald Sinclair dit:

    Ça fait un moment que je n’étais pas venu, mais merci pour les deux réponses très claires et éclairantes !

    Peut-on alors parler de pure gratuité de l’humanité dans la création relationnelle, d’une pure inutilité relationnelle de l’humanité pour Dieu ? (sans parler de la pleine inutilité relative aux autres attributs de Dieu comme l’omnipotence et la souveraineté)

    Je concevais la relation entre Dieu et l’homme comme une relation d’altérité, non une relation de redoublement ou d’image, réduction de ce que Dieu connaît déjà plus parfaitement en lui-même (selon votre explication), d’où mon idée d’une certaine nécessité de la création humaine. En fait, pour qu’il y ait relation d’amour, la nécessité concerne *l’image* s’il y a création relationnelle, et non la *création* elle-même

    D’après toi, ou plutôt vous (est-on « plusieurs » en soi, en tant qu’image d’une trinité ? ;), peut-on dire que la relation avec l’humanité n’apporte rien de nouveau, qu’une version dégradée des relations internes à Dieu pour Dieu ? Ou bien peut-on accorder une singularité relationnelle à la relation entre l’homme et Dieu, du moment que l’on se tient à la pure contingence de celle-ci (création par amour et non pour l’amour) ?

  6. Gérald Sinclair dit:

    Merci par avance, pour la réponse et surtout pour l’engagement apologétique

  7. Masson Alexis dit:

    Bonsoir Gérald,

    On peut en effet dire que l’humanité est inutile à Dieu (Dieu n’a pas besoin de nous). Son amour pour nous est donc totalement gratuit. En revanche, on ne peut pas en dire de même en ce qui concerne l’humanité envers lui. Nous avons besoin de Dieu. Mais notre besoin ne doit pas être la raison de notre amour, sans quoi ce serait un amour égoïsme. On pourrait comparer un tel amour à celui d’une femme épousant un homme riche pour son argent. Même si je n’ai pas fini de creuser la question, je tends à penser que cet amour véritable vient d’une transformation que Dieu fait en nous, car par nous-mêmes il est difficile de nous départir de la prise en compte de nos intérêts, dans la mesure ou nous sommes des êtres finis, ayant à « lutter » et à « penser » à leur survie. Evidemment, nous consentons à cette transformation, sinon ce serait un viol. Je trouve ton expression « créer par amour plutôt que pour l’amour » bien trouvée.

    La Trinité permet déjà une relation d’altérité, les trois personnes sont réellement trois personnes distinctes. L’une des preuves de la Trinité considère l’origine logique (et non chronologique) de la triplicité des personnes dans une sorte de redoublement, c’est vrai, mais une fois redoublée chaque personne devient une personne distincte (qui entretient un rapport différencié avec les autres personnes). S’il y a trois personnes A, B, C, alors A est en relation avec B et C, B est en relation avec A et C, C est en relation avec A et B. Nous n’avons donc pas affaire à un simple décalque. Chaque personne est une véritable personne distincte.

    Je pense que nous sommes à l’image de Dieu en ce que nous sommes appelés à être souverains sur l’univers. C’est dans ce sens que je comprends le verset de la Genèse 1.26-27 : « Dieu dit : faisons l’homme à notre image et à notre ressemblance, et qu’il domine sur les poissons de la mer, sur les oiseaux du ciel, sur le bétail, sur toute la terre, et sur tous les reptiles qui rampent sur toute la terre. »

    Sois béni,
    Alexis.

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